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300 La Naissance d'un Empire

Retour dans le monde de la Grèce antique avec un film épique et guerrier qui renoue avec les effets stylisés de l’original 300 créé par Zack Snyder. Et un univers presque 100% numérique.

Ils sont de retour, les guerriers aux pectoraux saillants et aux abdominaux en « tablette de chocolat ». De retour aussi, leur univers unique en son genre, mélange de réalisme et d’esprit B.D., de stylisation et d’authenticité. Sorti en 2006, le film original a marqué une date dans l’histoire du cinéma. Il s’agit du long-métrage qui a donné ses lettres de noblesse au tournage 100% sur fond vert. Des expériences similaires avaient déjà été tentées avant cette date, comme avec Sin City ou Capitaine Sky et le Monde de Demain, mais le grand public n’avait pas accroché. Par contre, avec 300, le succès avait été considérable, non seulement sur le plan commercial, mais aussi au niveau culturel, avec un look largement repris par le monde de la publicité et du clip, et des répliques devenues culte comme « This – Is – Sparta ! »

À Hollywood, un tel phénomène appelait forcément une suite. Seul problème : tous les personnages principaux meurent à la fin du premier film… La solution est venue de Frank Miller, légendaire auteur de bandes dessinées et créateur de l’œuvre originale dont 300 a été adapté. Connaissant le désir de Warner Bros de prolonger l’expérience de ce film phare, il propose de raconter non pas les événements qui ont suivi, comme dans une suite ordinaire, mais ce qui s’est passé en parallèle avant, pendant et après la bataille décrite dans le film original.
Son idée : raconter l’ascension de Xerxès, dieu-roi de Perse, et son invasion de la Grèce, un fait historique dont la bataille de Sparte a été l’une des étapes. 300 : La Naissance d’un Empire offre ainsi une perspective différente sur les événements du premier volet, tout en embrassant un champ d’action beaucoup plus large.

La réalisation a cette fois été confiée à Noam Murro, cinéaste israélien reconnu pour son travail dans la pub. Le créateur du film original, Zack Snyder (Man Of Steel), fait ici office de producteur. La première tâche de Murro a été de savoir jusqu’où se démarquer par rapport à son illustre modèle : “Je me suis considéré comme un invité dans la maison « 300 », un invité qui devait respecter son hôte. C’était ma responsabilité. Je me souviens de ma réaction lorsque j’ai découvert la bande annonce du film original, je n’en avais pas encore entendu parler, j’ai eu un vrai choc. Je me suis dit : « Bon sang, c’est quoi ce p… de film ! ». Pour ce nouveau volet, nous sommes partis sur les bases établies par Zack Snyder, puis nous les avons développées et prolongées. Ce n’est pas un clone du film original, mais une extension.”

Le Frenchie Patrick Tatopoulos chef décorateur
Pour visualiser ce monde en version 2.0, la production a choisi le chef décorateur français Patrick Tatopoulos (I Robot, Total Recall). Ce dernier a tout de suite été enthousiasmé par le projet : ses origines grecques faisaient de lui le candidat idéal pour cette tâche. “300 a changé la donne en matière d’esthétique au cinéma. Il y a eu beaucoup d’imitations et nous ne voulions pas être un de ces films parmi d’autres. Il fallait rester dans le même esprit, tout en marquant notre différence. Nous étions aidés par le fait que l’action se déroule cette fois dans des environnements très différents de ceux de l’original. Une grande partie du film se déroule en mer, tandis que le reste se situe à Athènes ou à Persépolis. Ces changements nous ont permis de nous démarquer par rapport à l’original, tout en nous inscrivant dans la même esthétique générale.”

Fond vert et postproduction
Comme pour le film de 2006, la décision a été prise de tourner 300 : La Naissance d’un Empire intégralement en studio, y compris les très nombreuses scènes marines. Pour des raisons économiques, la quasi totalité des décors comprenait une partie en fond vert. Autrement dit, chaque plan du film – ou presque – est un effet visuel. Pour superviser cet aspect crucial du projet, la production a choisi Richard Hollander, ancien superviseur des effets visuels chez Rhythm & Hues pour des films comme X-Men 2 ou encore Fast & Furious 3. “Lorsque le studio m'a appelé, ils venaient de se séparer de leur superviseur initial et voulaient que je prenne la relève. Quand je suis arrivé sur le film, les différents prestataires avaient déjà été choisis par mon prédécesseur : il y avait Scanline VFX, Moving Picture Company, Cinesite et Rhythm & Hues. J'ai donc repris la préparation du film, puis supervisé le tournage en Bulgarie. Pour la post-production, Zack Snyder est arrivé avec son propre superviseur, John Desjardins, et ils ont pris la suite. Ma collaboration s’est arrêtée là.” Au cours de la postproduction, le dépôt de bilan de Rhythm & Hues est venu tout chambouler. Par sécurité, la production lui a retiré le projet pour répartir ses scènes entre les autres prestataires.

Bataille navale sur fond vert

Le grand défi du film était les scènes en mer. 300 : La Naissance d’un Empire retrace en effet la bataille de Salamine, l’une des plus grandes confrontations navales de l’Histoire (480 avant J.C.). Pour la première fois, un film dont l’action se déroule en majeure partie sur l’eau… a été tourné au sec, entre les quatre murs d’un studio.
“Un tournage en mer est toujours beaucoup trop compliqué,” explique Hollander. “Les courants entraînent les navires là où on ne veut pas, la météo change d'une heure à l'autre, la houle et les vagues évoluent en permanence, etc. En définitive, il a été décidé de filmer toutes les scènes de navire en studio, sans même un bassin. À ma connaissance, cela n'avait jamais été fait à une telle échelle sur aucun film. Ce choix impliquait de créer l'eau en images de synthèse dans tous les plans. Ce défi était en lui-même considérable, mais en plus, il fallait combiner ces simulations marines avec d'innombrables effets de destruction sur les navires, ainsi que de multiples incendies. En fait, ces scènes de bataille exigeaient le meilleur des simulations infographiques dans trois domaines différents : les liquides, les corps rigides, et les flammes… et tout ça, souvent en même temps !”

Vaisseaux grecs et perses s'affrontent dans 300: La Naissance d'un Empire

Scanline VFX, spécialiste des simulations liquides
En toute logique, c’est Scanline VFX qui a été chargé de ces scènes. Basée à Munich, cette société allemande s’est faite connaître de la profession en développant le remarquable logiciel de simulation de fluides Flowline, une invention récompensée par un prestigieux Oscar technique en 2008. Depuis, Scanline VFX a su appliquer ce savoir-faire technologique sur quantité de productions de prestige. On leur doit ainsi la tempête de 300, le tsunami de 2012, celui de Au-delà, la destruction d’Air Force One dans White House Down, celle de la maison de Tony Stark dans Iron Man 3, ou encore la tempête dans le récent La Belle et la Bête.

Dès le départ, le réalisateur a pris le parti de créer un look spécifique pour chaque bataille navale (le film en comporte plusieurs). “Chacune avait un ton et une esthétique bien à elle,” confirme Hollander. “Ce n’était pas comme si on pouvait créer une simulation marine « une fois pour toutes » et l’appliquer à chaque bataille. Il fallait à chaque fois trouver la simulation qui convenait pour la mer. Cela dit, l’élément marin ne représentait qu’une partie des effets de la scène, il fallait aussi créer les effets d’animation des rames frappant la surface de l’eau et ressortant ruisselantes. Dans ces plans-là, à l’extérieur de la coque, toute l’image était numérique : la mer, les navires, la coque au premier plan, les rames, etc. Nous avons également travaillé sur la stylisation de ces effets liquides ou aquatiques. Comme le film est très stylisé, nous ne pouvions pas intégrer des simulations photoréalistes. Il fallait qu’elles « collent » à l’esprit du film, ce qui a nécessité beaucoup de tests.”

L’équipe de Patrick Tatopoulos a bâti deux décors de navire dans les studios bulgares : un vaisseau grec et un navire perse. À cause de sa taille, ce dernier a été construit en partie seulement. La section manquante a été ajoutée par ordinateur, de même que les marins qui l’occupaient, ce qui ajoutait encore à la difficulté. Les deux décors étaient dépourvus de mature, de voiles et de cordages. Les mâts n’étaient construits que jusqu’à quatre ou cinq mètres de haut. Toute la partie supérieure des navires a donc été créée et animée en 3D.

Epéronnages en 3D
Les plans les plus spectaculaires sont sans doute ceux où l’on voit une galère éperonner un autre navire, en particulier ceux en point de vue des marins sur le pont. “Nous avons utilisé plusieurs types d’effets et de prise de vue,” raconte Hollander. “D'abord, il y avait des marins filmés sur le pont du navire en train d’attendre le choc. Ensuite, chacun de ces marins, interprété par un cascadeur, était filmé séparément sur fond vert en train de se faire projeter sur le côté par un câble. Les deux premières images étaient combinées par morphing pour créer l’illusion d’un marin projeté en l’air par le choc. Nous avions aussi un réservoir d’eau qui déversait son contenu sur le pont pour simuler la vague d’étrave du navire ennemi. Ensuite, on complétait par ordinateur le décor du navire, on ajoutait l'environnement complet, c'est-à-dire la mer, les autres navires à l'arrière-plan, et le ciel, plus la pluie le cas échéant. Enfin, on animait le navire ennemi en train d'éperonner « notre » vaisseau, et on intégrait des dizaines de simulations dynamiques de corps rigides : la coque qui éclate, le bois qui se tord, le pont qui se déforme, les rames qui se brisent, les éclats et débris qui volent dans tous les sens, les projections d'eau de mer, etc. C'était un puzzle extraordinairement complexe, mais nous savions que c'était-là le genre de plan dont les spectateurs allaient parler en sortant de la salle ou bien après avoir vu la bande-annonce. Personne n'avait jamais montré la violence de ce type de combat naval, lorsque les coques sont éventrées par la proue des navires ennemis. La puissance de l'impact était phénoménale ! Nous voulions absolument faire passer cela à l’écran. Il y a aussi des plans qui montrent la même action sous l’eau, avec les marins et les débris qui tombent et coulent. Ce sont les seules occasions où l’on voit de l’eau réelle à l’écran : ces plans ont été filmés dans un bassin.”

Mais comme souvent, ce n’est pas le plan le plus spectaculaire à l’écran qui s’est avéré le plus difficile à réaliser. En l’occurrence, l’équipe a eu beaucoup de fil à retordre avec la scène à la fin du film où on voit l’amiral grec Themistocles passer en galopant sur un cheval d’une galère à l’autre. Richard Hollander a d’abord essayé de filmer l’action avec l’acteur à cheval suivant une sorte de parcours en extérieur, le trajet reproduisant la structure des navires selon la prévisualisation 3D. Puis, il a tenté de tourner des portions de scène en studio, mais là encore, sans succès. Il y avait trop de problèmes de sécurité par rapport au cheval. “En désespoir de cause, nous avons filmé le comédien sur fond vert, assis sur une selle mécanique – et sa monture a été entièrement créée par ordinateur ! C'était la solution que j’aimais le moins, mais nous n'avions pas le choix. La selle était animée par des vérins commandés par ordinateur, ceux-ci reproduisaient le mouvement du cheval 3D tel qu’il avait été animé par Scanline dans la prévisualisation. Au final, selon les moments, on a l’acteur sur un cheval animé en 3D, ou bien les deux animés en 3D. Scanline a fait un boulot phénoménal !”

Même la chevauchée de Thémistocle de galère en galère est presque entièrement numérique, sauf l'acteur tourné sur fond vert

Athènes, Persepolis : le monde antique reconstitué
La grande différence par rapport au film original, ce sont les grandioses paysages urbains de l’Antiquité que présente 300 : La Naissance d’un Empire. Une mission qui a nécessité la création d’environnements numériques très complexes, comme dans cette scène impressionnante du couronnement de Xerxès.
Le dieu-roi apparaît devant son peuple depuis le palais qui surplombe la ville de Persépolis. “Dans ce plan, seul Xerxès et la petite plate-forme sur laquelle il se trouve sont réels : le paysage et la foule ont été créés par ordinateur. Comme pour tous les plans, l'équipe est partie d'une illustration fournie par le chef décorateur Patrick Tatopoulos. C'est d'ailleurs fascinant d'observer à quel point l'image finale est proche du dessin original.
Parallèlement, il fallait aussi reconstituer le Athènes de l’Antiquité dans toute sa splendeur, et ensuite le brûler entièrement ! Toutes les flammes ont été créées par des simulations de fluides de dernière génération.”

Les paysages et extensions numériques portent tous la patte de Patrick Tatopoulos : “Mon travail de design ne s’est pas arrêté à la fin du tournage, il a continué pendant la postproduction. Pour chaque scène sur fond vert, j’ai choisi une image-clé, puis j’ai dessiné l’arrière-plan directement dans le plan à l’aide de Photoshop. À partir de cette référence, les graphistes ont développé l’image finale. Par ailleurs, tous les ciels qu’on voit dans le film ont été soigneusement sélectionnés. J'en ai trouvé certains dans des banques de données, mais j’en ai aussi photographiés moi-même pendant la préparation et le tournage. Dès que je voyais un ciel intéressant, je le prenais en photo, l'image était ensuite retravaillée dans Photoshop. Cela nous a permis d'obtenir des ciels très graphiques qui s’inscrivaient dans la continuité de l’esthétique que Zack Snyder avait créée pour 300.”

Marque de fabrique des films 300 : des effets gore très stylisés

L’équipe a également repris à son compte un autre élément visuel caractéristique du film original : les flots d’hémoglobine qui marquent chaque coup d’épée ou de lance. Des effets gore très stylisés car principalement réalisés en postproduction. L’animation 3D avait permis d’obtenir des projections de sang assez réalistes, tout en conservant un côté « B.D. », voire esthétisant, qui désamorçait une partie de la violence.

“Au départ, le réalisateur a voulu s'éloigner de ce style, essayer quelque chose de différent,” explique Hollander. “Nous avons ainsi demandé à Scanline de réaliser des tests pour voir ce qu'il était possible de faire, c'est-à-dire de conserver une certaine stylisation du gore, mais avec une signature visuelle qui soit propre à notre film. Comme pour le premier volet, nous voulions que le sang ressorte particulièrement à l’écran. Tous les effets d’hémoglobine ont été créés en postproduction. Il fallait les intégrer dans l’image pour chaque coup, chaque coupure et chaque entaille au milieu de toute cette pagaille. Un travail beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Mais au final, on retrouve cette imagerie typique de 300, cette violence stylisée qui a tellement marqué les esprits. Ce film fait indubitablement partie de la saga 300 !”

Alain BIELIK, Mars 2014
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 23 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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