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Asterix aux Jeux Olympiques

Pour la troisième aventure du petit Gaulois, la production a vu grand, très grand. Casting international, budget hollywoodien (78 M €!), et effets spéciaux d’anthologie. Pour créer la magie du film, quatre prestataires français ont été mis à contribution. Résultat, 1400 plans truqués, record absolu pour un film français. Astérix aux Jeux Olympiques ? Un travail de Romain !

Dans le cinéma français, la tradition est de confier les effets visuels d’un film à un seul prestataire. Un seul interlocuteur, une seule équipe pour tout faire. Cela fonctionne très bien lorsque le nombre de plans reste raisonnable, ce qui est presque toujours le cas sur les productions nationales. De fait, pour Astérix aux Jeux Olympiques, le plan initial était de confier l’intégralité des effets visuels à Duboi, avec Alain Carsoux comme superviseur. “Notre premier travail a consisté à créer une prévisualisation des principales scènes d’action, en particulier, la course de chars,” raconte celui-ci. “Au fil des réécritures, le film a évolué et le nombre de plans à effets visuels a considérablement augmenté.” Rapidement, le seuil critique est atteint…

Le scénario prévoit quatre grandes catégories d’effets visuels :
- Les extensions numériques pour les décors réels ou artificiels, une technique systématisée sur toutes les scènes, y compris celles du village gaulois, afin d’optimiser les coûts de construction.
- La figuration 3D, d’une ampleur considérable, une première à cette échelle dans le cinéma français. Il faut en effet remplir les 25.000 places du stade olympique !
- Les tournages sur fond bleu, soit pour des raisons pratiques (conserver une lumière homogène dans une scène de coucher de soleil, par exemple), soit pour des raisons d’emploi du temps des acteurs.
- Les effets récurrents de la saga : potion magique, baffes, vitesse surhumaine, etc. Paradoxalement, ce seront les effets les plus remarqués par les spectateurs alors qu’ils ne constituent qu’une infime partie du total.

Lorsque la barre des 1000 plans truqués est atteinte, le signal d’alarme est tiré. Le projet est désormais jugé trop volumineux pour être confié à une seule société. La production fait alors appel à L’EST où Christian Guillon, superviseur des effets visuels, est chargé de répartir les scènes entre plusieurs prestataires. Au final, quatre sociétés interviendront sur le film :
- Duboi se voit confier la plupart des extensions de décor, ainsi que de nombreux effets ponctuels. Total : 530 plans.
- Buf Compagnie assure les travaux liés au stade olympique et à la figuration 3D. Total : 515 plans.
- Mikros Image traite les cascades et l’essentiel des effets liés aux compétitions elles-mêmes. Total : 315 plans.
- L’EST assure la supervision générale et fait la liaison entre la production et les prestataires.

On plante le décor
Selon cette répartition, Duboi se voit confier la plupart des effets visuels en dehors de la course de chars et des Jeux proprement dits. Une partie importante de ces effets consiste à réaliser les plans d’exposition qui permettent situer l’action sur le plan géographique : le palais de César, le port d’Olympie, le palais de Samagas, le village gaulois, etc.

Parallèlement, Duboi travaille sur un  grand nombre d’effets isolés comme les bourre-pif, l’invisibilité d’un personnage, l’étirement d’un druide, la prise de potion magique par un cheval, etc. Cette multiplicité des set-ups n’est pas sans conséquences. “On ne pouvait quasiment jamais réutiliser les éléments créés pour un plan donné,” commente Alain Carsoux. “Comme tous les plans étaient différents, il fallait recommencer à zéro pour chaque nouvel effet, ce qui exigeait un énorme travail de design, de modélisation, de texture…”

Parmi les décors créés par Duboi, le plus complexe était un plan aérien dans lequel la caméra survole la mer, arrive au port d’Olympie, s’élève le long des collines avant de révéler le stade et enfin, le palais de Samagas. Durée totale du plan : 40 secondes, une éternité en 3D…
“Pour commencer, la mer a été créée à l’aide d’une simulation de fluides réalisée dans un logiciel maison,” explique Alain Carsoux. “Nous avons modélisé le port, la ville, et les navires dans Maya. Les voiles étaient animées dans nCloth. À elle seule, la ville, sans les personnages, comportait 50 millions de polygones, ce qui vous donne une idée de l’envergure du plan… Les figurants ont été créés à l’aide de la base de données de Massive. Ensuite, nous avons créé les arbres, des géométries voxelisées dans RenderMan : il y en avait environ 1200 et chacun comportait 800.000 polygones. Les buissons ont été créés à l’aide de particules.
Enfin, il y avait tout le palais de Samagas à modéliser, une géométrie basée sur des plans fournis par la production. Au final, ce plan comporte quelque 271 couches assemblées dans Dutruc, notre logiciel 2D maison. Nous avons calculé, que, mises bout à bout, elles représentaient 3 heures de film !”

Dans tous ces plans d’extensions de décor, les structures qui apparaissent à l’avant-plan sont des géométries très détaillées, tandis que l’arrière-plan est généré à partir de textures projetées en caméra mapping sur des géométries sommaires.

Pour les effets « bourre-pif », Duboi reprend la technique mise au point sur le premier film : Gérard Depardieu est filmé dans le décor en train de cogner dans le vide. Puis, l’équipe filme un Romain en train de se jeter en arrière devant un fond bleu. En postproduction, les graphistes de Duboi ne gardent que le début du saut et prolongent le mouvement vers le haut en 2D. Ensuite, les deux images sont combinées et les effets sonores font le reste.

Le stade olympique
Côté extension de décor, Buf Compagnie avait largement de quoi faire avec le site du stade olympique. L’arène avait été partiellement édifiée en Espagne par la chef décoratrice Aline Bonetto. Le rôle de Buf était de prolonger la partie réelle du décor par une extension 3D, puis de peupler les gradins avec un public virtuel. “La première étape a constitué à modéliser l’arène à partir des plans de fabrication,” déclare Stéphane Nazé, superviseur des effets visuels. “Puis, nous sommes allés sur place pour prendre des mesures et affiner la modélisation. Par la suite, lorsque nous recevions les prises de vues, les graphistes se calaient sur la tribune de César pour positionner le décor 3D. Dans la plupart des plans, seul le mur qui entoure la piste, ainsi que la tribune, ont été conservés. Le reste est en synthèse.”

Une fois modélisé, le stade est texturé à l’aide de photographies du décor réel. “Pour les plans larges, nous avions des photos prises à différents moments de la journée et avec différentes expositions de façon à obtenir une grande richesse de matière pour le mapping. Ensuite, nous avons ré-éclairé le stade 3D en fonction de la lumière dans chaque plan. Nous avons aussi beaucoup pris de photos en gros plan pour faire des mappings sur les géométries 3D correspondantes.”

L’équipe s’attache ensuite à créer les personnages qui vont peupler le stade et ses environs. En parallèle du tournage, 120 figurants du film sont photographiés avec différents costumes. Par la suite, des Alpha seront déduits de ces costumes afin de générer des vêtements 3D dont la couleur et la texture pouvaient être modifiées. Côté géométrie, vingt modèles différents sont utilisés, avec des tailles, des grosseurs, et des teintes différentes. Une fois ce travail terminé, l’équipe disposait d’une énorme base de données pour les personnages.

“Nous avons aussi filmé ces figurants en train d’accomplir les actions typiques d’un spectateur dans un stade : se lever, s’asseoir, applaudir, etc.” ajoute Stéphane Nazé. “Nous avons fait la même chose avec les personnages à l’extérieur de l’enceinte. Il ne s’agissait pas de motion capture. Nos animateurs se sont simplement basés sur ces mouvements, filmés par plusieurs caméras vidéo, pour générer l’animation. Pierre Buffin, le directeur de Buf, préfère toujours faire confiance aux animateurs pour créer une scène, plutôt que d’utiliser la motion capture brute. Ensuite, les personnages ont été répartis dans le stade de façon précise : les Gaulois devaient être assis à tel endroit, les Goths à tel autre, etc. Au sein de chaque section, les personnages étaient placés de façon aléatoire par un script.”

Tandis que certains graphistes de Buf se consacrent à l’élaboration du stade, d’autres travaillent d’arrache-pied sur la bande annonce. Au programme, quelque 100.000 légionnaires et la déjà célèbre « formation de la tortue d’un point de vue animalier ». Comme les délais sont très serrés (la bande annonce doit être finalisée plusieurs mois avant le film), Buf prévisualise en 3D chaque plan dans ses moindres détails : choix de la focale, placement de la caméra, distance par rapport aux acteurs, etc. Un travail qui permit d’optimiser grandement les prises de vues.

“L’animation des légionnaires était assurée par notre logiciel de simulation de foule à partir d’actions individuelles filmées par plusieurs caméras,” précise Stéphane Nazé. “Depuis Alexandre et Arthur et les Minimoys, nous n’avons pas cessé de perfectionner notre façon de gérer le rendu sur ce type de scènes. Notre système permet de gérer la résolution d’un objet en fonction de sa distance par rapport à la caméra, ce qui accélère grandement les temps de calcul.” Les images ainsi produites feront grande impression auprès des futurs spectateurs et contribueront à établir l’image de « superproduction » du film.

Les jeux sont faits
Chez Mikros Image, le travail porte essentiellement sur des effets visuels liés aux personnages, en particulier pour les compétitions comme la course de chars. Ces scènes impliquaient souvent l’intervention successive d’au moins deux prestataires. Ainsi, les plans du stade sont d’abord passés entre les mains de Buf pour la création de l’arène, puis ont été transmis à Mikros pour la réalisation des effets sur les compétiteurs. “En général, le composite final d’un plan donné était réalisé par la société qui compositait la couche la plus proche à l’image,” souligne Hugues Namur, superviseur des effets visuels pour Mikros Image.

“Nous devions réaliser des actions qui ne pouvaient pas être filmées avec un acteur réel. Par exemple, il y a une scène dans laquelle le géant romain massacre un lutteur Goth en l’attrapant par une jambe et en le balançant d’un côté à l’autre sur le sol – une image directement tirée de la BD. La scène a été tournée avec l’acteur qui tenait une fausse jambe dans les mains. La prothèse montait jusqu’au sommet du mollet et se prolongeait par un bâton au bout duquel était fixé un ballon. L’acteur a donc simulé le mouvement avec cet accessoire dans les mains. Ensuite, l’équipe de Nicolas Rey a remplacé l’accessoire par un personnage animé en 3D en calant sa jambe sur la prothèse réelle, et recréé les projections de sable en particules.”

Les plans seront réalisés à l’aide de Maya pour la 3D, tandis que le rendu (illumination globale) est assuré dans Arnold, un moteur de rendu interne co-développé avec Marcos Fajardo. Le compositing est réalisé dans After Effects et Nuke.

Parmi les autres effets majeurs liés aux personnages, on compte la scène où Brutus se dégonfle littéralement après avoir pris de la potion pour se muscler exagérément. “Les réalisateurs voulaient un effet de ballon qui se dégonfle en volant dans tous les sens,” explique Hugues Namur. “C’était difficile à visualiser car il fallait réaliser un effet 100% BD, mais néanmoins crédible. Or, quand vous voyez un être humain faire un looping à l’écran, propulsé par le gaz qui sort de son propre corps, c’est un peu compliqué de rendre ça réaliste… Il y a eu énormément d’allers/retours avec les réalisateurs pour mettre au point ce type de plan.”

À la fin de son vol mouvementé, Brutus atterrit sur la table du banquet dressée derrière César. Pour créer ce plan, l’équipe a d’abord filmé Alain Delon sur place devant un fond bleu, puis tourné une seconde prise avec un cascadeur projeté sur le décor. Les deux prises ont ensuite été combinées par Mikros, mais la trajectoire du cascadeur a été retouchée afin qu’il heurte le coin du fauteuil de César. Cette astuce permettait d’associer physiquement les deux prises à l’image.
“Nous avons également créé une doublure 3D de José Garcia dont le personnage a été réduit à la taille d’une poupée,” raconte Hugues Namur. “Nous devions mettre en place l’effet d’agrandissement qui lui fait reprendre sa taille humaine.

Parallèlement, le film comportait beaucoup de plans tournés sur fond bleu car il était difficile de faire concorder le planning des acteurs avec le plan de travail et les aléas météo. On a donc composité sur des fonds tournés séparément l’équipe Goth devant son stand avec Jean Todt, les trois juges dans leur tribune, Michael Schumacher et Clovis Cornillac, pendant les préparatifs de la course.”

Mikros Image est aussi amené à réaliser plusieurs extensions de décor, notamment pour les scènes dont l’action se déroule sur le site d’entraînement des athlètes. “Nous avons commencé par tracker chaque plan, puis un gabarit du décor 3D a été calé dans la scène afin de déterminer les placements avec les réalisateurs. Ensuite, le vrai décor a été modélisé en 3D ou bien réalisé en matte-painting, suivant sa distance dans la scène et l’ampleur du mouvement de caméra.” Lorsque le palais de Samagas apparaissait à l’image, l’équipe utilisait le modèle 3D créé par Duboi pour leurs propres scènes – un autre exemple de collaboration de prestataires sur un même plan.

L’un des effets les plus inattendus est la création des insectes antidopage. Les coléoptères sont modélisés par Mikros Image d’après un modèle statique fourni par la production, puis animés dans Maya. “La séquence de la mort des insectes a demandé un gros de travail de rotoscopie,” révèle Hugues Namur. “En effet, l’action a été filmée avec les acteurs mâchouillant chacun un faux coléoptère, mais comme l’insecte restait inerte, l’effet tombait à plat. La production nous a donc demandé d’effacer ces pattes immobiles pour les remplacer par des répliques animées en 3D. Un travail d’effacement particulièrement long car l’arrière-plan était constitué de Romains en mouvement avec leur longue toge pleine de replis changeants…”

Pour tous les artistes qui ont contribué aux effets visuels, le film a représenté un travail de très longue haleine. Rares sont en effet les projets qui nécessitent une telle durée de production. Alain Carsoux, par exemple, y a consacré deux ans. Mais à l’arrivée, le film possède une envergure visuelle digne des productions américaines. Espérons qu’en la matière, il sera le premier d’une longue série.

Alain Bielik  janvier 2008

Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue d’effets spéciaux S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 1991. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

Panoramix (Jean-Pierre Cassel), Obélix (Gérard Depardieu), Idéfix et Astérix (Clovis Cornilhac) dans Astérix aux Jeux Olympiques

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>> Dante 01

>> Astérix aux jeux olympiques

>> Spider-man 3

>> Arthur et les Minimoys

 

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