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Asterix et les vikings

Astérix, Viking, graphiquement et politiquement correct

Après des films « live » incarnés par le tandem Clavier-Depardieu, retour au film d'animation pour Astérix et Obélix. Si le scénario se démarque de la BD, l'animation est par contre traditionnelle, respectueuse du graphisme de l'album, avec une équipe internationale sous la houlette de réalisateurs... danois! Explications avec les principaux intervenants.

L'initiative du film revient à M6 Télévision qui a même créé la filiale M6 studios en 2003 autour de ce projet. Natalie Altmann, productrice exécutive et responsable de la programmation enfants sur M6, en explique la genèse : « On s’est aperçus que beaucoup de choses n’avaient pas été exploitées dans l’univers d’Astérix. Nous cherchions une histoire forte, universelle. Nous nous sommes arrêtés sur l'album “Astérix et les Normands”. Les Vikings ont envahi toute l’Europe et possédaient donc une dimension européenne et internationale. De même, le concept du film, la peur, est totalement universel. D’autre part, le personnage de Goudurix est un vecteur d’identification très puissant, aussi bien pour le jeune public qui s’y reconnaît que pour les parents.

Pendant que le scénario s’écrivait, la logistique technique s’est mise en place. On a dû faire appel à plusieurs studios car aucun ne proposait à lui seul tout ce dont nous avions besoin. Nous avons eu la chance de rencontrer deux réalisateurs, Stefan Fjeldmark et Jesper Møller, qui ont parfaitement senti le projet et ont su convaincre Albert Uderzo. » Pas mal, surtout que Uderzo, créateur avec René Goscinny d'Astérix et d'Obélix, se déclare beaucoup moins satisfait des récentes adaptations filmées...

Il faut dire que Stefan Fjeldmark et Jesper Moller, respectivement cofondateur et directeur du département Films d'Animation du studio danois A.Film, ne sont pas exactement des débutants. Stefan Fjeldmark s'est notamment illustré en réalisant des films d'animation de bonne qualité à très bas budget; sa dernière création « Terkel in trouble » (2004) était en compétition en catégorie long métrage au festival d'Annecy en 2005. Cet excellent film va d'ailleurs être distribué en France (enfin!), nous aurons l'occasion de vous en reparler en détails. Stefan Fjeldmark a aussi apporté sa collaboration au scénario écrit par le belge Jean-Luc Goossens pour cet Astérix.

Scénario et personnages
« Nous avions deux difficultés majeures : le passage de l’écrit à l’écran et l’aspect international de cette production, qui ne devait pas faire rire que les Français. Ensuite, le dosage entre les gags plus visuels pour les enfants et l’esprit plus adulte qui fait la particularité d’Astérix a été maintenu. Cette double lecture permanente est un véritable atout. » (Natalie Altmann).

« Astérix, c’est un regard décalé sur des faits de société, transposés à l’époque gallo-romaine. René Goscinny parvenait à avoir ce regard amusé, ironique, parfois à la limite de l’absurde. Il a quand même fallu moderniser les parallèles qu’il faisait à l’époque, car l’album date de 1967, en introduisant la réalité de 2006. Par exemple, le personnage de Goudurix, qui dans l’album fait un numéro en chantant du rock, est aujourd’hui plus funk et rap. On a aussi ajouté une colombe appelée SMS qui accompagne Goudurix et qui transmet des messages.

Dans cet esprit-là, on a aussi inventé des noms de personnages, comme Abba, référence au groupe suédois mythique. C’est une jeune femme impétueuse, capable de tenir tête aux hommes. On a aussi inventé Vikéa, la femme du chef viking obsédée par l’idée de refaire son intérieur… »(Jean-Luc Goossens)
« Nous n’avons pas suivi l’album à la lettre, ce qui permet des surprises, de nouveaux gags et la découverte d’un vrai film en cohérence avec l’univers d’origine. Ainsi, de nouveaux personnages apparaissent, comme Abba, la fille de Grossebaf, ou Cryptograf, le mage conspirateur et son fils Olaf, aussi musclé que stupide. Cette histoire offre en plus l’avantage de nous plonger dans le village avec tout ce que l’on aime y retrouver, ses habitants emblématiques, ses bagarres, mais aussi de nous entraîner ailleurs, dans les contrées enneigées du Grand Nord. » (Stefan Fjeldmark)

Au passage, l'histoire originelle gentiment loufoque et sans prétention moralisatrice devient politiquement plus correcte, comme le souligne Jean-Luc Goossens : « A travers une histoire d’époque, « Astérix et les Vikings » aborde aussi des sujets très contemporains, comme la place des jeunes, celle des femmes, et les relations entre les peuples ».

Fabrication des images
“Astérix et les Vikings », c’est 4 ans de travail, 22 millions d’euros de budget, 1300 plans, plus de 100 000 dessins, des centaines de décors, entre 300 et 500 personnes au travail en France et ailleurs. A.Film a supervisé la demi-douzaine de studios impliqués, y compris leur filiale estonienne et les français 2d3d Animations et Neomis Animation qui vous détaillent leur intervention ci-dessous (et pour mieux connaître ces studios, rendez-vous sur l'article « preview » du Festival d'Annecy 2006 à paraître début mai sur notre site).

A. Film a aussi assuré tout le design des personnages et des décors, l'animation principale, le design artistique et colorimétrique à Copenhague : « En terme de qualité, notre ambition était grande, explique Stefan Fjeldmark. Toute la base du travail de dessin a été faite en dessinant de manière traditionnelle. Le tracé des personnages, le découpage extrêmement précis, puis la création des décors, l’animation, la composition de l’image, chacune de ces étapes a reçu le plus grand soin. Nous voulions absolument respecter le tracé particulier d’Uderzo. Pour les effets visuels, la neige, les fumées, les poussières, la mer, comme pour les drakkars, nous avons utilisé la 3D. Là encore, nous devions les intégrer dans le style d’Astérix. Pour la mer par exemple, on devait retrouver ce mélange de réalisme précis, de trait épuré qui fait le style de la BD, tout en la caricaturant un peu quand même. »

2d3d Animations : scan, mise en couleurs et compositing

Malika Brahmi et Florent Mounier, coproducteurs du film et fondateurs du studio 2d3D Animations

Coproducteur du film au côté de M6 Studio et A.Film, le studio d'Angoulême s'est particulièrement impliqué dans le projet. Entretien avec Florent Mounier, cofondateur de 2d3d Animations .

Pixelcreation : Comment avez-vous été associés à « Astérix et les Vikings »?
Florent Mounier : Nous avons été contactés par Natalie Altmann, directrice de M6 Studio, pour le compositing. Les discussions ont duré un an, puis nous avons travaillé sur ce projet de juillet 2004 à fin août 2005. Nous avons assuré le scan, la mise en couleurs et le compositing de tout le film. Et puis, vu la quantité de travail que représentait ce film, nous avons eu un deuxième contrat pour faire 11' d'animation du film. Toute l'animation du film a été réalisée à la main, de façon traditionnelle, pour des raisons de qualité.

Pixelcreation : Comment avez-vous travaillé avec les autre studios?
Florent Mounier : A. Film était le producteur exécutif, tout passait par eux et ils validaient tout (Jesper Moller surtout). Nous avons donc eu très peu de contacts directs avec les autres studios. A.Film nous a envoyé les dessins (une tonne et demi!) avec les références couleurs, et nous les avons scanné en HD (1920x1080 pixels) et mis en couleurs. Au début, nous devions faire valider la mise en couleur par A.Film, puis ils nous ont fait confiance et nous avons autovalidé en interne. Pour le compositing, nous avons intégré quelques effets 2D avec Toonz, ainsi que des effets 3D réalisés par A.Film. La conformation du film a été faite non pas chez nous mais chez A.Film et Eclair. Autrement, c'était une chaine de travail classique, avec un souci de la qualité à tous les niveaux, pour respecter le dessin d'Uderzo et les interprétations mises en place par les producteurs et réalisateurs. Et les quotas de production étaient moins importants que sur une série pour respecter le niveau requis.

Pixelcreation :
Pourquoi être devenus coproducteur du film?
Florent Mounier : Nous avons eu une relation pro, très franche et avec beaucoup de respect, avec M6 Studio. C'est une très bonne expérience, et être coproducteur est très important pour nous. Cela valide notre statut, avec accès au compte de soutien, et nous permet d'intervenir comme coproducteur délégué sur la partie française d'un projet. Cela élargit notre rôle et nous fait passer de la simple prestation de services à la coproduction et production.

Neomis Animation : layout, décors et animation.

Bruno Gaumétou, directeur du studio Neomis, devant une table à dessin.

Fondé par des anciens du studio Disney de Montreuil (93) après la fermeture de ce dernier fin 2003, Neomis a eu la chance de démarrer avec ce projet majeur dès juin 2004. Explications avec Bruno Gaumétou, Directeur de Neomis Animation.

Pixelcreation : Un long métrage pour commencer la vie d'un studio, c'est un coup de chance?
Bruno Gaumétou : Pas seulement, des contacts avaient déjà été pris avec Natalie Altmann et Anders Mastrup, le producteur exécutif d'A.Film, en 2003 du temps de Disney Montreuil, et ils ont gardé leur confiance à l'équipe. Ce projet de film était très ambitieux, cela se voit d'ailleurs à l'écran, et il fallait répartir la charge entre plusieurs studios. Il y a deux critères essentiels pour nouer une relation avec un client : la qualité artistique et l'organisation du studio, surtout pour un long métrage. Il faut un suivi basé sur une méthodologie pour s'intégrer dans un flux de production totalisant 350 personnes...

Pixelcreation : Et quel a été votre lot dans cette répartition?
Bruno Gaumétou : En tout, 17 personnes chez nous ont travaillé sur cet « Astérix » de juin 2004 au 1er juillet 2005 Nous avons fait du layout, des décors et de l'animation de personnages pour ce film. Ah oui, j'allais oublier, nous avons aussi fait les affiches pour la promotion du film.

Pixelcreation : Commençons par le layout.
Bruno Gaumétou : Le layout, c'est faire la mise en scène en partant du storyboard. Mathieu Gosselin, notre responsable layout, et Etienne Longa, notre directeur de production, ont travaillé là-dessus avec Jens Moller, responsable du layout chez A.Film (et accessoirement frère du réalisateur Jesper Moller). Nous avons conçu le camp romain comme une structure architecturée, avec des repères précis. Nous l'avons fait en 3D sur Maya, parce que c'est plus facile alors de choisir une vue avec la caméra, de l'imprimer et de retravailler dessus.

Pixelcreation : Et les décors?
Bruno Gaumétou : Là c'est différent. Nous les avons fait de manière traditionnelle, en dessinant au crayon en multicouches et, après scan, en les peignant et retouchant dans Photoshop, ce qui va deux fois plus vite qu'à la main. Nous sommes le seul studio européen à avoir fait des décors, en y rajoutant des décors faits en Chine. Nous avons travaillé sur la forêt autour du village gaulois, sur la plage, sur les extérieurs viking avec de la glace et la hutte qui sert de cadre au mariage d'Abba. Même si les décors passent inaperçus dans l'histoire, ils sont même floutés en arrière-plan, , ils sont superbes, il y a eu là aussi une forte exigence de qualité. Et une subtilité dans ce travail est de « faire coller » le décor aux personnages, que ceux-ci n'aient pas l'air de flotter en l'air. Pour cela, on laisse plus de traits de crayon aux éléments proches des personnages, pour qu'ils aient du contour comme eux.

Pixelcreation : Et quelle scène avez-vous animée?
Bruno Gaumétou : La scène de la promesse de mariage, quand Grossebaf consent à marier sa fille Abba à Olaf si le « champion » Goudurix prend son envol. Tout commence par un linetest, cad un brouillon d'animation pour confirmer les intentions et la bonne synchronisation avec le storyboard (ndlr : voir images ci-dessous pour illustrer ces propos). Pour la préparation des dessins, on fait un premier rough en petit format, taille carte postale, pour économiser du temps. Une fois corrigé et validé, on passe au grand format, équivalent à un A3, qu'on redessine à la main, les logiciels n'étant pas assez précis pour restituer le trait en toutes circonstances. L'animation est faite sur la base de la bande-son, elle-même enregistrée par les acteurs sur la base de l'animatique/storyboard réalisée par A.Film. Le contraire d'un film en tournage où le son est enregistré ensuite.

Notons en conclusion que la qualité paie : « Astérix et les Vikings » a été inclus dans la sélection des longs métrages en compétition au Festival d'Annecy 2006, en compagnie notamment de « Renaissance », l'autre production française sortie ce semestre. Verdict le samedi 10 juin...

Paul Schmitt - 04/2006

Sauf mention contraire, toutes images copyright 2006 - M6 Studio, Mandarin SAS, 2d3d Animations
Sortie : 12 avril 2006/Coming on April 12, 2006
durée :1 h 18
Production : M6 Studio, Mandarin SAS et 2d3d Animations
Productrice exécutive M6 studio : Natalie Altmann
Réalisateurs : Stefan Fjeldmark, Jesper Moller
Scénario et dialogues : Jean-Luc Goossens
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