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Batman the Dark Knight

Plus sombre, plus brutal, Batman effectue son grand retour sur les écrans. Les luttes intérieures des personnages, leurs questionnements sur le bien et le mal tiennent le devant de la scène. Entrecoupés de scènes d’action époustouflantes de réalisme, même en IMAX, grâce aux effets visuels parfaitement intégrés dans l’histoire. Pixelcreation vous dévoile les coulisses de la nouvelle référence du genre.

Les chiffres donnent le tournis. Batman, the Dark Knight est en train de devenir le second plus grand succès de l’histoire du cinéma. Rien moins. L’indéboulonnable Titanic reste encore loin devant, mais le retour de Batman devrait rapporter à la Warner Bros. plus d’un milliard de dollars à travers le monde ! Le studio doit une fière chandelle au réalisateur Christopher Nolan, l’homme qui a su ressusciter un personnage que tout le monde pensait mort et enterré au cinéma après les ratages de Joel Schumacher dans les années 1990.

Son coup de génie ? Faire de Bruce Wayne un personnage réaliste évoluant dans un monde crédible. Du coup, l’aspect BD des adaptations précédentes s’estompe pour laisser la place à un vrai drame humain. Bien sûr, l’action est toujours très présente, mais ce sont les personnages qui entraînent le film, et non pas les cascades ou les scènes à grand spectacle.

Chris Nolan a d’ailleurs adopté la même philosophie que pour le film précédent, Batman Begins. Les effets spéciaux devaient se fondre dans l’histoire et être littéralement invisibles. Nolan ne voulait surtout pas qu’on parle de Batman the Dark Knight comme d’un « film à effets spéciaux ». Mission accomplie, puisque ni les critiques, ni les spectateurs n’en parlent en ces termes. Le sujet de toutes les conversations, c’est le Joker, le grand méchant du film, un personnage atypique formidablement interprété par Heath Ledger (lui-même décédé d’une overdose de médicaments début 2008 juste après le tournage, ce qui en fait déjà un mythe du cinéma à l’instar d’un James Dean). Contrairement à tous les vilains habituels, Joker ne cherche ni à s’enrichir, ni à prendre le pouvoir, ni à se venger. Tout ce qu’il veut, c’est briser le système et créer le chaos absolu. Le Joker, c’est l’anarchiste à l’état pur. Un défi que Batman aura le plus grand mal à relever…

Heath Ledger est le Joker dans Batman the Dark Knight

Afin d’obtenir des images les plus réalistes possible, l’équipe décide de changer de stratégie pour les prises de vues. “La plupart des scènes du film précédent avaient été filmées en studio,” explique Nick Davis, superviseur général des effets visuels. “Cette fois, nous avons tourné essentiellement en extérieurs, notamment à Chicago et à Hong Kong.

Il y a ainsi une scène dans laquelle Bruce Wayne organise une fête dans son appartement situé sur le toit d’un gratte-ciel. Au lieu de construire un décor, nous avons décidé de filmer le lobby d’un véritable immeuble de bureaux. Cela impliquait de remplacer la vue qu’on voyait à travers les baies vitrées afin de situer l’action en haut d’une tour. Nous avons placé un fond vert derrière chaque fenêtre et transformé cet espace réel en un plateau de tournage. Cela s’est avéré assez compliqué, mais à l’arrivée, nous avons obtenu un décor impressionnant qui possédait un vrai vécu.”

Gotham City avec Double Negative, et en format IMAX
Comme pour Batman Begins, la création de Gotham City et des scènes d’action est confiée à Double Negative. Le studio londonien réalisera plus de la moitié des quelque 700 plans à effets visuels du film. “Nous avons travaillé avec notre pipeline habituel Maya/RenderMan/Shake accompagné d’une bonne dose de logiciels maison,” explique Paul Franklin, superviseur des effets visuels pour Double Negative. “Par chance, nous avons pu réutiliser la plupart des géométries d’immeubles que nous avions modélisées pour Batman Begins.

À la base, tous les plans sur la ville sont des images de Chicago. Nous les avons augmentées seulement lorsque Chris Nolan souhaitait mettre en valeur l’échelle de Gotham City, ou bien lorsque l’équipe n’avait pas pu filmer les plans depuis le point de vue que Chris recherchait.”

Si les géométries faisaient l’affaire, il n’en était pas de même pour les textures. Normal, elles devaient « tenir le choc » pour les six séquences du film directement tournées au format IMAX, dont la longue séquence d’entrée. Une décision de Chris Nolan pour maximiser l’impact de ces séquences clés dans les salles IMAX, le nouveau must pour le public américain. Le format IMAX enregistre une image huit fois plus grande que celle captée par une caméra 35 mm classique. Chaque détail de l’image est restitué avec une précision inouïe. Tout comme les autres prestataires principaux du film, Double Negative doit travailler à une résolution de 5.6K au lieu des traditionnels 2K. À titre indicatif, chaque fichier image .exr pesait 80 Mo par image ! Certains plans, les plus spectaculaires, seront même réalisés à 8K.

Pour être à la hauteur, il fallait que les texture maps de Gotham City soient refaits à bien plus haute résolution que ce qui avait été réalisé pour Batman Begins. “Pour le film précédent, nous avions pris quasiment un million de photos de Chicago pour habiller nos immeubles 3D,” rappelle Franklin, “mais les exigences de l’IMAX et les conditions de lumière variées de ce nouveau film nous ont conduits à revoir notre approche. D’ordinaire, nous prenons les photos sous une lumière idéale, puis ces images sont projetées sur les géométries 3D. Cette fois, nous avons photographié les façades uniquement lorsqu’elles se trouvaient dans l’ombre, c’est-à-dire avec une lumière plate. Nous avons un logiciel qui nous permet de savoir où le soleil se trouvera à telle date et à telle heure dans n’importe quelle ville. Ces images à lumière neutre ont ensuite été ré-éclairées en 3D pour conférer à la scène l’ambiance adéquate.”

Les nouveaux sites de tournage sont scannés en 3D par LIDAR, puis les données sont réinterprétées par photogrammétrie pour reconstituer chaque décor en numérique. Le studio finira par créer 40 bâtiments principaux, tous capables d’être filmés en gros plan à résolution IMAX. Chaque immeuble était conçu pour fonctionner dans les scènes de jour, de nuit et au crépuscule. Ces bâtiments de premier plan étaient complétés par des dizaines d’immeubles à basse résolution qui remplissaient l’arrière-plan. Un logiciel spécifique permettait à l’équipe de gérer la résolution au cas par cas en fonction de la distance à laquelle se trouvait la caméra.

Dans une séquence clé du film, Christopher Nolan nous fait découvrir le port de Gotham City, un quartier qui n’avait été que brièvement présenté dans Batman Begins. La séquence met en scène deux ferries en perdition. Les navires, tout comme l’océan, ont été réalisés en 3D. Pour peupler les ferries de façon réaliste, Double Negative filme des figurants sur fond vert, puis projette ces images sur des cartes 3D placées à bord des navires numériques. Les ferries sont des répliques exactes des navires qui assurent la liaison entre Manhattan et Staten Island à New York, une modélisation obtenue grâce à un scan au LIDAR

Bat-Pod et Batmobile
Pour Double Negative, Gotham City n’était pas tout. Le studio était aussi en charge des scènes faisant intervenir la nouvelle « monture » mécanique de Batman : la Bat-Pod. Cet engin à deux roues est intégré dans la Batmobile et fait son apparition lorsque le véhicule à quatre roues est détruit. “La scène exigeait que l’on reconstitue la Batmobile pour une transformation qui allait se dérouler en gros plan à résolution IMAX…” commente Franklin. “Un sacré défi. Nous avions déjà créé la Batmobile en 3D pour le film précédent, mais cette fois, il a fallu travailler avec une précision infiniment plus grande. En effet, notre Batmobile devait succéder à l’écran à la vraie Batmobile – sans qu’on ne voie la moindre différence, et le tout en résolution IMAX ! Nous aimons plaisanter en disant que notre Batmobile était plus détaillée que la version réelle. En effet, nous avons dû modéliser et texturer des parties cachées de la Batmobile réelle qui n’avaient jamais été détaillées !”

La Bat-Pod 3D est réalisée en scannant au LIDAR la moto réelle fabriquée pour le tournage. Un rig d’animation spécial permet d’effectuer la transition entre les roues de la Batmobile détruite et les roues de la Bat-Pod bondissant hors de la carcasse. Pour piloter l’engin, Double Negative crée deux versions différentes de Batman : l’une pour Christian Bale, l’autre pour sa doublure moto, les deux interprètes ayant un gabarit différent. À partir d’un scan des interprètes en costume, le Batsuit est texturé à l’aide de shaders qui génèrent la plupart des surfaces de façon
procédurale, tandis que des maps peints à la main contrôlent les spéculaires.

Pour animer la cape dans ces scènes, plusieurs techniques s’avèrent nécessaires : simulation dans Syflex, simulation dans N-Cloth de Maya, animation de corps souples, et enfin, animation en poses clés ! Autant de procédés différents, mais nécessaires pour générer le battement frénétique de la cape lorsque le personnage est lancé à pleine vitesse sur la route.

Batman sur sa Bat-Pod dans the Dark Knight

Framestore crée Double Face
Pendant que Double Negative s’échine à réaliser une ville et des cascades hyperréalistes, Framestore s’attaque à un défi tout aussi complexe : la création de Double Face. Emblématique de la saga Batman, le personnage prend naissance lorsque Harvey Dent, le bouillant procureur de Gotham se retrouve défiguré sur la moitié du visage. Cet accident le plonge dans la folie et transforme cet ancien allié de Batman en son pire ennemi. Double Face avait déjà fait une apparition dans un film de la saga Batman en 1995. Le personnage avait été interprété par Tommy Lee Jones affublé d’un maquillage peu convaincant.

Cette fois, Chris Nolan ne souhaitait pas refaire la même erreur que Joel Schumacher. Il voulait un Double Face qui soit aussi hideux que réaliste. “Chris n’était pas intéressé par l’idée d’un maquillage traditionnel,” précise Nick Davis. “Il trouvait que cette technique était un effet additif, alors qu’il fallait plutôt un effet soustractif. Comme le personnage a été gravement brûlé, il voulait qu’on voie la peau et les lambeaux de chair qui avaient disparu, les tendons apparents, le globe oculaire à nu, etc. Seule la technologie numérique nous permettait de retirer quelque chose du visage d’Aaron Eckhart (l’acteur interprétant Double Face – ndlr). Cette approche avait déjà été utilisée par le passé dans d’autres films, mais cette fois, nous avions affaire à un personnage qui avait beaucoup de dialogue – ce qui impliquait une très grande mobilité de la prothèse numérique – qui allait être filmé en gros plan, et le tout en résolution IMAX… Nous n’avions pas le droit à l’erreur !”

Introduite sur des films comme La Momie et Un Cri dans l’Océan, la technique du maquillage numérique n’a pas cessé de progresser, notamment sur Terminator 3 et les Harry Potter (le visage sans nez de Voldemort). Framestore était décidé à franchir une nouvelle étape avec Double Face. L’équipe emploie pour cela toute une batterie de logiciels, dont Maya, Xsi et Mudbox pour la 3D, PRman pour le rendu, et Shake ou Nuke pour le compositing. Crucial pour ce projet, le tracking est assuré dans Matchmover et Movimento.

Pour commencer, des illustrateurs proposent différents concepts à Christopher Nolan jusqu’à ce qu’une ligne directrice s’impose. Ensuite, un artiste sculpte un buste afin que l’équipe visualise le personnage en trois dimensions. Une fois le résultat approuvé, la sculpture finalisée est numérisée par Framestore pour servir de base au maquillage 3D. Le modèle obtenu est alors retravaillé au niveau des détails et des textures à l’aide de Mudbox et de Photoshop.

“Pendant le tournage des scènes, Aaron portait deux types de marqueurs sur le visage afin que chacun de ses mouvements faciaux soit bien visualisé,” raconte Davis. “Il y avait tout d’abord les traditionnels points de repère répartis un peu partout, puis des trackers réfléchissants, de type Scotchlite, qui nous permettaient de voir les mouvements du visage, même dans les scènes en basse lumière. Aaron portait aussi un maquillage partiel destiné à montrer où la prothèse numérique devait se terminer. Ce maquillage a par la suite été effacé de l’image – c’était plus simple de tout faire en 3D. Pour chaque plan, Aaron était filmé par plusieurs caméras HD supplémentaires situées autour de lui. Elles nous permettaient d’enregistrer sa performance d’acteur sous tous les angles, pour ensuite la reproduire sur la prothèse numérique. Comme ces caméras tournaient à deux fois la vitesse normale, nous avions une décomposition très précise des moindres nuances d’expression d’Aaron.”

Le sonar du futur par Buf Compagnie
De leur côté, les Français de Buf Compagnie ont eu fort à faire avec un effet particulièrement difficile à visualiser. Dans le film, le département de recherche et développement des entreprises Wayne met au point un sonar basé sur les ondes électromagnétiques des mobiles. En captant les ondes émises par les téléphones mobiles et leur trajet dans l’espace, ce sonar est capable de visualiser en trois dimensions n’importe quel endroit où se trouve un mobile. Batman se sert de cet outil de surveillance ultime pour contrecarrer les plans du Joker.
Comme rien de tel n’existe dans la réalité, Pierre Buffin et son équipe ont dû effectuer un travail considérable de recherche pour visualiser cette technologie. “Nous avons commencé avec le concept du sonar : un appareil qui émet des ondes qui révèlent les volumes autour de lui,” explique Dominique Vidal, superviseur des effets visuels. “Excepté qu’on ne peut pas voir une onde de sonar. Nous avons fait des tonnes et des tonnes de tests. Toutes les approches ont été essayées : ondes, metaballs, particules, fumée, etc. Ce processus a duré pas moins de huit mois. En comparaison, la réalisation des plans n’a pris « que » quatre mois…”

Christopher Nolan voulait que les ondes rebondissent sur les obstacles, mais aussi qu’elles les traversent en partie. De plus, il fallait que l’effet ait l’air inoffensif et qu’il ne ressemble pas du tout aux rayons X. “Il y avait tellement de paramètres qui entraient en compte : la vitesse de déplacement de l’onde, dans quelle proportion elle devait rebondir sur les obstacles, la vitesse à laquelle elle devait se dissiper et comment… Finalement, nous avons mis au point une onde 3D sur laquelle nous avons ajouté du bruit.”

Cette onde sera animée au sein d’environnements entièrement reconstitués en 3D. Des dizaines de couches d’appartements et de bureaux superposées afin de représenter des immeubles en transparence. Buf se chargera aussi d’incruster ces effets dans la salle de contrôle du sonar dans la Batcave.

Le défi IMAX
Le film comporte 700 plans à effets visuels, ce qui n’est pas rien, mais sa particularité est que les spectateurs n’en remarqueront même pas un sur dix. Un vrai paradoxe car, à cause du format géant IMAX, ces mêmes effets visuels sont visionnés avec un plus grand degré de détail qu’aucun autre trucage dans l’histoire du cinéma ! Un vrai motif de fierté pour Double Negative, Framestore et Buf Compagnie, premiers prestataires à avoir jamais réalisé des effets à résolution IMAX pour un long métrage.

ALAIN BIELIK – Août 2008
(commentaires images Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 17 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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