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Inner Workings de Disney

En exclusivité, le making-of du nouveau court de Disney Animation.

Cela devient une tradition : Walt Disney Animation Studios dévoile en avant-première son nouveau court métrage avec l’équipe du film au festival d’Annecy, puis à Paris avec l’ACM Siggraph : Paperman (2012), Feast (2014) et maintenant Inner Workings. Ce dernier court métrage (6’) fera son apparition en salles fin novembre 2016 en prélude de Vaiana (Moana en vo), prochain long métrage de Walt Disney Animation Studios.

Ambiance très "festival d'Annecy" (les avions en papier) pour la présentation d'Inner Workings: Pierre Hénon, président d'ACM Siggraph France introduit l'équipe du film, de gauche à droite le producteur Sean Lurie, le réalisateur Leo Matsuda, le superviseur VFX Josh Staub, le responsable du layout Jean-Christophe Poulain, ancien de l'ENSAD

Pixar pratique depuis longtemps (voir One Man Band en 2005) l’art du court métrage comme outil de recherche et moyen de faire s’exprimer de nouveaux talents. Disney Animation a repris l’idée à son compte, et Leo Matsuda a ainsi remporté l’appel d’offres interne du studio il y a deux ans avec un concept simple, qui fait penser à celui de Vice Versa : l’opposition entre la raison et le cœur chez l’être humain.

Ce Brésilien d’ascendance japonaise en a puisé l’inspiration dans sa dualité, reconnaissant être déchiré entre le côté sérieux japonais et sa propension brésilienne à la fête (« party-loving »). Leo Matsuda, diplômé de CalArts (école fondée par Walt Disney lui-même), a débuté comme character layout artist sur le film Les Simpson (2007) chez 20th Century Fox, travaillé ensuite comme story artist sur Rio (2011) chez BlueSky avant de rejoindre Walt Disney Animation Studios en 2008 dans le story department. Il y a travaillé sur le storyboard de Les Mondes de Ralph (2012), Les Nouveaux Héros (2015) et Zootopie (2016).

Leo Matsuda, réalisateur d'Inner Workings de Disney Animation

Synopsis d’Inner Workings : Paul se lève pour aller travailler chez Boring, Boring & Glum (tout un programme !), à 10mn à pied de chez lui en longeant la plage. Pendant le trajet, son cerveau lui commande de rester concentré sur son travail administratif, son cœur veut céder à toutes sortes de tentations : s’arrêter manger des pancakes, aller à la plage, faire connaissance de la vendeuse de lunettes de soleil…  Inner Workings alterne ainsi des vues de Paul lui-même et des vues de Paul comme silhouette à l’intérieur de laquelle les organes, en premier lieu le cerveau et le cœur, rivalisent pour contrôler Paul.

Paul, héros d'Inner Workings, à l'intérieur duquel s'affrontent cerveau et coeur

Le design de base est simple et stylisé: le cerveau et les éléments sérieux (y compris Paul lui-même) sont carrés, anguleux, presque réalistes ; le cœur et les éléments festifs sont ronds, tout en courbes, cartoonesques y compris dans l’animation (squash and stretch). « Dans un court, on n’a pas le temps de développer les personnages, résume le producteur Sean Lurie, il faut insister sur la métaphore : carré vs rond, rigide vs fluide. » L’appartement de Paul et le bureau de BB&G sont carrés, la plage tout en courbes. Et Inner Workings s’est offert non pas un, mais deux types de foules : les collègues de bureau, au design carré comme Paul, basés sur un modèle homme et un modèle femme ; la foule sur la plage, dessinés tout en courbes, avec deux modèles homme et deux modèles femme. En différenciant ensuite détails (chevelure, habits) et cycles d’animation de ces modèles, on obtient les quelques dizaines de personnages nécessaires pour l’effet de foule. Même contraste pour la « screen direction » pour l’animation : une scène d’action commandée par le cerveau se déroule de gauche à droite, et une scène commandée par le cœur de droite à gauche.

Les 150 plans d’Inner Workings ont été regroupés par types pour faciliter le travail : classiques (Paul dans une scène), Paul dans la scène en silhouette avec vue des organes à l’intérieur, plans rapprochés sur les organes, les organes seuls, les visions du cerveau. Et ces visions du cerveau (pessimistes, bien sûr) sont animées en 2D classique alors que le reste d’Inner Workings est réalisé en 3D. Ces animations 2D ont été réalisée avec After Effects et ensuite projetées sur une carte positionnée juste devant la tête de Paul sur le modèle 3D dans Maya.

Les organes autres que le cœur sont des personnages secondaires, apparaissant dans quelques plans seulement. Leur design a néanmoins été travaillé de façon aussi cartoonesque que le cœur et le cerveau auxquels ils sont rattachés, Leo Matsuda emmenant même son équipe visiter un aquarium pour s’en inspirer ! Le système digestif ressemble ainsi à une grenouille, les poumons sont deux sacs respirant alternativement, etc.

Le diable se cache dans les détails, et c’est particulièrement vrai en animation. Ici, une même scène montre la tête de Paul vue de côté, bouche ouverte et langue apparente, puis vue de face avec un large sourire remontant sur les côtés. Impossible à réaliser avec un seul modèle, l’étirement de la géométrie aurait posé trop de problèmes. Du coup, comme en animation volume avec des marionnettes, Leo Matsuda a utilisé deux têtes différentes pour cette scène… et la transition est bien sûr invisible à l’écran. De même la scène d’ouverture d’Inner Workings a été réalisée en dernier : les pages d’un livre d’anatomie se tournent pour déboucher sur Paul allongé dans son lit, des transitions délicates à mettre au point.

Scène d'ouverture d'Inner Workings: les pages d'un livre d'anatomie se tournent pour aboutir sur Paul dans son lit

Quelque 100 personnes du studio ont participé à la réalisation d’Inner Workings, généralement pour de courtes périodes suivant leurs disponibilités entre deux jobs. Le résultat est excellent, et l’accueil enthousiaste du public lors de la présentation ne laisse pas de doute : Inner Workings est déjà une bonne raison de se déplacer l’automne prochain pour aller voir Vaiana en salles!

Paul Schmitt, juin 2016