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John Carter

Le personnage de John Carter a été imaginé par Edgar Rice Burroughs en 1912 (juste avant Tarzan) et a inspiré une bonne partie de la science-fiction moderne. Son aventure entraîne les spectateurs sur la planète Mars (appelée Barsoom par ses indigènes): un monde exotique, façon Avatar, avec une flopée de créatures étonnantes.

Trois grands studios londoniens d’effets spéciaux se sont mobilisés pour leur donner vie et pour créer l’univers de la planète Barsoom. Lead studio sur John Carter, Double Negative (Dneg) nous offre ici un regard complet sur la fabrication du film. D'ici la semaine prochaine, après sortie du film aux US, nous pourrons même rajouter une vidéoprogression de Dneg à ce making-of!

Que serait la science-fiction sans John Carter ? Le grand public n’a probablement jamais entendu parler de ce personnage, icône de la littérature de SF. Pourtant, sans lui, il n’y aurait peut-être jamais eu de Flash Gordon, ni de Star Wars, de Star Trek ou d’Avatar. En effet, John Carter est l’archétype même du héros qui se retrouve projeté sur une autre planète pour y vivre des aventures fantastiques, remplies de créatures exotiques, de belles princesses en péril et de batailles homériques. Depuis un siècle, son influence s’est exercée sur des milliers d’œuvres écrites, dessinées ou filmées. En revanche, son auteur, tout le monde le connaît : il s’agit tout simplement d’Edgar Rice Burroughs, célèbre créateur de Tarzan.

Les studios Disney espèrent bien que cette saga connaîtra au cinéma le même succès qu’en librairie. Pour la réalisation, la firme de Mickey a tenté le même pari que pour Le Monde de Narnia : le film a été confié à un réalisateur issu du cinéma d’animation, c’est-à-dire sans aucune expérience d’un tournage en prises de vues réelles. Andrew Adamson (Shrek) avait fait des merveilles avec le premier Narnia, Andrew Stanton devrait faire aussi bien avec John Carter. Après tout, le réalisateur est l’auteur de deux des meilleurs films de Pixar, Le Monde de Némo et Wall-E. Et le concept est relativement proche de celui de Narnia, avec des personnages humains projetés dans un monde fantastique peuplé de créatures étonnantes.

Pour donner vie à ces personnages et à leur monde, le studio a fait appel à trois géants britanniques des effets visuels : Double Negative, MPC et Cinesite. Le projet est immense : près de 2000 plans à effets visuels, et des personnages animés en 3D dans quasiment chaque scène, parfois par milliers. La réalisation de ces personnages est confiée à Peter Chiang, superviseur des effets visuels et pilier de Double Negative. Spécialiste des effets « invisibles », il a travaillé sur des films comme La Vengeance dans la Peau, Vol 93, Stalingrad, ou encore Green Zone. Double Negative réalisera plus de 950 plans d’animation pour John Carter.
Pixelcreation a rencontré Peter Chiang, ainsi que Steve Aplin, directeur de l’animation chez Dneg (Double Negative).

Pixelcreation : Comment avez-vous abordé ce projet à Double Negative ?
Peter Chiang : John Carter était un projet énorme, le plus gros de toute l’histoire de notre studio (même si on a depuis battu ce record avec Total Recall). Il y avait près de 1000 plans d’animation de personnages. Aucun de nos films passés ne s’en était approché. Nous avons commencé en mai 2009 par réaliser quelques tests pendant une période de cinq ou six mois. Une fois le projet confirmé, le tournage a démarré en janvier 2010 pour s’achever en juillet, puis la postproduction a débuté pour se terminer en décembre 2011.

Pixelcreation : Vous avez donc eu un an et demi pour faire le film ? C’est considérable…
Peter Chiang : Oui, mais l’ampleur du projet était considérable. Faire 1000 plans d’animation de personnages prend infiniment plus de temps que 1000 plans à effets visuels.
Steve Aplin : Nous avons décidé d’aborder le projet comme s’il s’agissait d’un film d’animation. En temps normal, dans un film à effets visuels, on travaille sur des dizaines de plans en parallèle et il se passe des semaines avant qu’un seul d’entre eux soit finalisé. Et plus on s’approche de la date limite, plus le nombre de plans à terminer augmente, et plus la pression monte… Pour John Carter, nous avons choisi d’adopter une stratégie différente en nous obligeant à finaliser des plans chaque semaine. Cela évitait de se retrouver avec l’engorgement caractéristique des dernières semaines sur un projet.

Pixelcreation : Pour la première fois, vous avez collaboré avec un réalisateur qui en connaît autant que vous sur l’infographie et l’animation 3D… Comment avez-vous travaillé avec Andrew Stanton ?
Peter Chiang : Comme vous dites, il fait partie du métier, il comprend notre jargon. Cela nous a permis d’avoir des échanges beaucoup plus productifs, on pouvait aller droit au but, entrer dans les détails. Sans oublier qu’il savait ce qu’il voulait, il ne nous faisait pas refaire le même plan dix fois. Et puis, il a un œil terriblement exercé. En voyant un plan, il pouvait tout de suite identifier le problème. Au fil de la production, Andrew s’est concentré sur trois aspects du film : l’animation des personnages, la composition des plans, et l’apport de ces plans à la narration de l’ensemble.

Pixelcreation : De quelle manière avez-vous approché l’animation des Tharks, ces créatures humanoïdes géantes ?

 

Peter Chiang : Il a été décidé que les personnages principaux seraient tous interprétés par des acteurs en costume, les autres ont été animés en key frame. Les comédiens portaient un justaucorps gris équipé de marques de tracking. Pour que leur tête soit placée à la même hauteur que celle du Thark qu’ils interprétaient, ils étaient perchés sur des échasses, ce qui était un peu acrobatique… Chaque acteur portait deux micro-caméras placées à droite et à gauche devant le visage. Ce système avait deux objectifs : le premier était de récupérer les expressions faciales, le second était de représenter les défenses des Tharks. Grâce à ce dispositif, les acteurs pouvaient mieux visualiser leur personnage.
Steve Aplin : C’est le premier film sur lequel Double Negative a utilisé la « facial capture » en direct, c’est-à-dire l’enregistrement des expressions de l’acteur, directement à la prise de vues.

Samantha Morton interprète la Thark Sola dans "John Carter"

Comme la morphologie des Tharks est différente de la nôtre, on ne pouvait pas transposer l’animation directement. Par exemple, les Tharks n’ont pas de nez ; or, il s’agit d’une zone importante pour l’animation d’un personnage humain. Lorsqu’on appliquait les mouvements faciaux sur les Tharks, on voyait qu’il manquait quelque chose. Au final, nous avons simplement repris les mouvements des yeux et des sourcils, ainsi que ceux de la bouche. Le reste du visage a été animé à la main, en key frame.

Pixelcreation
 : De quelle façon avez-vous géré le fait que les Tharks ont quatre bras, et les acteurs deux ?
Steve Aplin : C’était l’un des grands défis artistiques dans John Carter. Que faire avec cette paire de bras supplémentaires ? Au début du tournage, nous avons filmé les acteurs avec un mime associé à chacun d’eux. Ils étaient vêtus de vert de la tête aux pieds et se tenaient derrière leur binôme en passant les bras de chaque côté du corps. Du point de vue de la caméra, on se retrouvait avec un personnage à quatre bras. C’était intéressant, mais trop compliqué à mettre en œuvre. Finalement, la deuxième paire de bras a été animée en key frame. On l’utilisait soit pour souligner ce qui se disait, soit pour faire tout autre chose, une action pratique, par exemple. Mais les bras du haut, ceux de l’acteur, restaient de toute façon les bras principaux.

Pixelcreation : Comment avez-vous filmé les scènes avec les Tharks?
Peter Chiang : On commençait par répéter l’action avec les acteurs sur des échasses, ou bien sur une plate-forme surélevée. On filmait la scène, puis on tournait de nouvelles prises sans eux, c’est-à-dire avec uniquement les interprètes des personnages humains. Les Tharks étaient alors représentés par une tête basique montée sur un poteau, ou bien pas du tout.
Steve Aplin : Nous nous sommes rendu compte que Taylor Kitsch (John Carter dans le film) était particulièrement doué pour placer son regard exactement au bon endroit, même s’il n’avait aucun partenaire à l’image. Du coup, c’était beaucoup plus simple pour nous car on pouvait utiliser ces prises sans avoir besoin d’effacer l’interprète du Thark.
Peter Chiang : Il y a une scène dans laquelle John Carter se fait soulever par les bras par un Thark. Taylor a réussi à mimer toute la scène seul, simplement en tendant les bras vers le haut. Ça nous a grandement facilité le travail.

Pixelcreation : Expliquez-nous comment vous avez créé les scènes de foule: des milliers de Tharks à l’image.
Steve Aplin : Nous avons décidé de ne pas utiliser Massive car nous voulions nous réserver la possibilité de faire de grosses modifications sur ces animations. Nous avons donc travaillé avec le système de particules de Houdini pour le placement, et Maya pour l’animation. L’équipe a créé quelque 800 cycles d’animation différents dans lesquels le système piochait au hasard pour animer les personnages.
Peter Chiang : Les Tharks à l’avant-plan étaient tous animés à la main. Ensuite, les dix ou quinze qui se trouvaient derrière étaient animés de façon automatisée, mais avec des retouches manuelles. Le reste était créé en simulation de foule.

Pixelcreation : De quelle façon ont été réalisées les scènes où l’on voit les personnages monter d’énormes créatures à six pattes?
Peter Chiang : Les acteurs étaient en réalité installés sur une selle mobile montée à la bonne hauteur sur un buggy électrique. L’idée était de pouvoir filmer les plans rapprochés sans avoir besoin d’effets visuels, avec les acteurs et le dos de la créature à l’image. Dans les plans larges, le buggy et la plate-forme ont été effacés de l’image et remplacés par la créature animée en 3D. Le plus difficile a été de développer des cycles de marche et de course adaptés à des créatures à six pattes. Il a fallu effectuer de nombreux tests avant de trouver quelque chose qui fonctionne à l’image.

Pixelcreation : Parlez-nous du processus de création de la planète Mars, alias Barsoom dans le film
Peter Chiang : Nous avons choisi de partir de vrais paysages et de les transformer de manière subtile, en déplaçant certaines choses, en ajoutant d’autres éléments. L’idée était que l’image reste ancrée dans la réalité, dans un paysage qui existait réellement. On travaillait par photogrammétrie. Le décor ou le paysage était photographié sous plusieurs angles, puis on reconstituait la topographie en trois dimensions par triangulation. Cela nous permettait ensuite de travailler en 2D ½ par projections, ou bien en 3D lorsqu’il fallait intégrer une ville par exemple.

Pixelcreation : Quel regard portez-vous sur ce projet à présent ?
Peter Chiang : C’était une aventure passionnante. Nous étions plus de 800 personnes à travailler sur le projet chez Double Negative ! Il nous a fallu réécrire tout notre pipeline logiciel pour gérer cette masse de données. À l’arrivée, c’était comme si nous avions travaillé sur un film d’animation…

Alain Bielik, mars 2012
(commentaires visuels: Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 20 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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