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Jupiter Le Destin de l'Univers

Jupiter Ascending

Depuis le premier Matrix, les Wachowski ont démontré leur capacité à créer des mondes extraordinaires. « Trip visuel » garanti avec ce nouveau Jupiter.

Après la trilogie Matrix, Speed Racer et Cloud Atlas, Andy et Lana Wachowski continuent d’explorer le cinéma de genre avec des films visuellement époustouflants, mais souvent hermétiques voire vides sur le plan du développement dramatique. Jupiter le Destin de l’univers (Jupiter Ascending en vo) est sans doute leur film le plus spectaculaire à ce jour : des vaisseaux spatiaux au look original, des personnages au physique étrange, des mondes fascinants… le film est un enchantement permanent pour les yeux – à la limite même de la saturation pour certains.

Plus de 2200 effets visuels rythment ce « space opera », projet titanesque placé sous la houlette de Dan Glass, déjà superviseur sur les quatre films précédents du duo Wachowski. “La majeure partie des plans a été répartie entre Double Negative et Framestore, à Londres” explique-t-il. “Les premiers ont créé les principaux environnements et la poursuite dans Chicago, les seconds se sont concentrés sur l’animation 3D des créatures et celle des vaisseaux spatiaux. Il y avait aussi Method Studios qui a créé deux environnements de planète, et One Of Us qui a réalisé la scène du mariage et celle avec les abeilles sur Terre.

Tout cela a demandé une sacrée organisation car j’ai décidé de répartir les effets par catégorie, et non pas par plan. Ainsi, lorsqu’un plan faisait intervenir une créature extraterrestre dans un environnement fantastique, Framestore animait le personnage, mais le décor était créé par Double Negative. Il y avait ainsi énormément de plans partagés.”

Des décors « kolossaux »
Dans le film, les vaisseaux spatiaux disposent d’un système gravitationnel qui leur permet d’avoir des éléments physiquement dissociés de la coque, mais faisant néanmoins partie intégrante de l’engin. Ces éléments mobiles, semblables à des ailes ou des voiles, se repositionnent en fonction des phases de vol. Cette caractéristique se traduit à l’écran par des engins à l’élégance rare.

Le vaisseau principal, palais de Titus Abrasax, mesure trois kilomètres de long et 400 mètres de haut. Une taille gigantesque qu’il a fallu retranscrire à l’écran sous la forme d’un modèle 3D à la complexité hors norme. L’engin comportait tellement de détails et de textures qu’il est devenu le modèle 3D le plus élaboré jamais créé par Framestore.

Le palais volant de Titus sur fonds de planète

Même son de cloche chez Double Negative, mais pour les environnements. “L’un des environnements les plus spectaculaires est celui de la raffinerie du méchant Balem Abrasax sur Jupiter, un centre industriel démesuré,” précise Dan Glass. “Ce panorama virtuel était d’une complexité inouïe. Il comportait tellement de détails sur une telle surface qu’il est devenu l’environnement le plus complexe de l’histoire de Double Negative ! Non seulement le décor était constitué de milliers de structures de type industriel, mais il était surmonté de colonnes de gaz tourbillonnantes. Lors d’une scène clé, le bouclier qui protège la raffinerie est détruit, et le gaz de l’atmosphère lourde de Jupiter s’effondre sur la surface et prend feu – une vision dantesque qui a demandé des mois de travail.”

Les extraterrestres
Au service du méchant Balem Abrasax, deux races extraterrestres imaginées par les Wachowski. D’abord les Veilleurs, des petits êtres gris au look traditionnel façon « E.T. », mais avec des jambes aux articulations inversées ; et aussi des lézards ailés, des créatures géantes aux allures de dragon.

“Les Wachowski voulaient que les Veilleurs se déplacent de manière bizarre, sur les murs, les plafonds, etc.” précise Dan Glass. “Nous les avons animés en motion capture en filmant des danseurs professionnels en train d’effectuer des mouvements acrobatiques. Ils étaient filmés dans des décors inversés ou bien basculés à 90°. Une fois l’action transposée sur le plafond ou sur un mur dans le film, les mouvements devenaient irréels.

Les lézards ont également été créés par motion capture. Sur le plateau, nous avons utilisé le système nCam pour tous ces personnages. Il consiste à pré-animer les créatures en amont du tournage, puis à importer cette animation en direct sur les moniteurs de contrôle, ce qui fait qu’on voit dans la caméra les personnages virtuels (en mode basse résolution) comme s’ils étaient présents dans le décor.”

D’autres extraterrestres interviennent de façon plus discrète dans Jupiter Ascending, comme cette scène, clin d’œil à Star Wars, où un pilote à la tête éléphantesque pilote un vaisseau à travers le feu ennemi.

En bottes de sept lieues pour « surfer » Chicago…

La séquence qui a donné le plus de fil à retordre à l’équipe est celle de la poursuite dans les rues de Chicago – la première partie du film se déroule de nos jours sur notre planète. Le personnage de Caine, interprété par Channing Tatum, vient sauver Jupiter, incarnée par Mila Kunis, alors qu’elle est traquée dans les rues de la ville. Il dispose pour cela de bottes « anti-gravité » qui lui permettent de se déplacer au-dessus du sol à différentes hauteurs. “Les Wachowski tenaient absolument à ce que les cascades soient parfaitement réalistes. Si nous devions utiliser des personnages virtuels, ceux-ci devaient avoir l’air « vrai ». Ils voulaient à tout prix éviter les personnages de type « jeu vidéo » qu’on voit dans certains films, avec cet aspect léger et immatériel… Dans cette perspective, nous avons filmé le plus possible avec les acteurs ou des cascadeurs. Il n’y a presque pas de doublures 3D dans la séquence.”

Une grande partie des plans a été obtenue avec Channing Tatum et Mila Kunis suspendus par des câbles sous une grue de tournage placée à l’arrière d’un 4x4. Tatum glissait au sol sur des rollers qui ont ensuite été effacés de l’image, tout comme les câbles. La semelle des rollers était munie de LED très puissantes qui créaient une lumière interactive sur la chaussée. En postproduction, une traînée lumineuse a été ajoutée derrière les semelles pour représenter l’effet anti-gravité. Lorsque l’action était trop dangereuse et que les acteurs devaient être reconnaissables à l’image, ils étaient filmés en studio sur un tapis roulant géant placé devant un fond vert.

Le tournage sur fond vert a également permis de réaliser les plans dans lesquels les deux personnages évoluent très haut au-dessus des rues de la ville. “Si nous voulions intégrer les acteurs dans la scène, il nous fallait des arrière-plans aériens de la ville,” explique Dan Glass. “Nous avons donc mis au point un système inédit de prises de vues aériennes baptisé Panocam. Il s’agit de six caméras numériques RED Epic montées sur un stabilisateur d’image gyroscopique. En postproduction, les prises de vues ont été juxtaposées les unes aux autres de manière à constituer une image de 12.000 x 5000 pixels ! C’était un outil incroyablement utile. Nous pouvions choisir les parties de l’image qui nous intéressaient pour y incruster les acteurs, faire des recadrages, des panoramiques, etc. Même en zoomant dans l’image, nous étions encore à 4K !” Astucieux et économique, le système est d’ores et déjà en cours d’utilisation sur d’autres productions.

… et en hélicoptère aussi
Cette technique n’a été utilisée que dans les plans serrés où les deux comédiens sont reconnaissables. Mais pour les plans larges ou encore ceux où ils sont cadrés de dos, ce sont deux doublures cascades qui ont été filmées, réellement suspendues sous un hélicoptère à 100 ou 200 mètres d’altitude. “Il a fallu plus d’un an de préparation pour tout mettre au point : les trajectoires, l’emplacement des caméras, la chorégraphie… et bien sûr, les autorisations. Car il fallait que les rues au-dessous soient évacuées ! Pendant les prises, la doublure de Channing simulait un mouvement de marche avec les pieds, comme s’il prenait appui sur ses bottes pour se déplacer. Ensuite, il a fallu effacer de l’image l’hélicoptère et les câbles, ainsi que les reflets sur les façades. Puis, nous avons ajouté les engins ennemis et toutes les explosions et destructions autour des héros. Un travail basé sur de très nombreuses simulations dynamiques dans lesquelles les bâtiments réels étaient remplacés par des répliques 3D modélisées de façon à se briser de façon naturelle.”

Contrairement à ce qui s’était passé pour la trilogie Matrix, Jupiter Le Destin de l’Univers n’a pas présenté de défis technologiques inédits. “Sur les Matrix, il y avait des dizaines de plans dont nous n’avions aucune idée comment nous allions les réaliser au départ. Il a fallu inventer de nouvelles techniques. Cette fois, le défi était surtout au niveau du volume des effets visuels. L’ensemble était d’une envergure comme je n’en avais jamais connue. Et sur le plan artistique, les Wachowski ont vraiment marqué leur différence : cet univers ne ressemble à rien de ce que la SF a pu nous proposer au cinéma. C’est un « trip » visuel comme on en voit peu !

ALAIN BIELIK, février 2015
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 23 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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