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La Momie

Un film aux effets spéciaux élégants, mais un début laborieux du Dark Universe des studios Universal. Avec des CG PROGRESSIONS de MPC et ILM.

La réussite des studios Marvel fait école. En inventant un univers cinématographique partagé où chaque superhéros peut apparaître dans le film d’un autre, la filiale de Disney a révolutionné la manière dont les sagas sont conçues. Warner Bros. a suivi avec son univers DC Comics où Superman croise Batman, Wonder Woman et bien d’autres à venir. Universal n’a pas voulu être en reste et lance aujourd’hui son Dark Universe, un univers partagé peuplé par les personnages fantastiques qui ont fait la légende du studio : La Momie aujourd’hui, Frankenstein, L’Homme invisible, Dracula, Le Loup-Garou ou Le Fantôme de l'Opéra demain. Pour crédibiliser cet univers, une flopée de stars internationales : Tom Cruise en chasseur de Momie, Russell Crowe en Dr. Jekyll/Mister Hyde, Johnny Depp en homme invisible, Javier Bardem en créature de Frankenstein, etc. Excusez du peu…
Les histoires, archiconnues, seront bien sûr réinventées visuellement par la magie des effets numériques. C’est le cas avec La Momie où les scènes ont été réparties entre Industrial Light and Magic, MPC et Double Negative pour les principaux effets. L’ensemble du projet a été placé sous la supervision du vétéran Erik Nash (Iron Man 3), trois fois nominé aux Oscars.

Cinq versions pour la Momie

L’aspect le plus délicat des effets visuels a consisté à visualiser le look de la Momie. Comme dans la version de 1999 – avec déjà ILM à la barre – le personnage passe par plusieurs stades, cinq exactement. On le découvre d’abord sous la forme d’une créature décharnée et squelettique, puis au fur et à mesure que la Momie assimile l’énergie vitale de ses victimes, son corps se reconstitue. Les différents looks ont été développés par l’équipe des maquillages, puis concrétisés conjointement par ILM et MPC.

La Momie apparaît pour la première fois après le crash de l’avion qui la transporte. À ce stade, le personnage est réduit à l’état de squelette ambulant, avec simplement des lambeaux de peau desséchée et des bandelettes qui entourent le tout. Pour créer un tel corps, MPC a commencé par scanner l’actrice Sofia Boutella (une Française !), puis a créé un rig d’animation sur mesure, avant de réaliser un rétrécissement de toute la masse corporelle et des tissus autour du squelette. Résultat, un corps décrépi à la peau toute ratatinée enveloppée de bandelettes en lambeaux.
Le rig a été conçu pour opérer de façon différente de la morphologie humaine. Le réalisateur voulait en effet que le personnage marche à quatre pattes, mais avec le buste complètement tordu sur lui-même de sorte que le bassin se retrouvait orienté vers le haut, avec les jambes inversées par rapport aux bras. Ainsi déformée, la Momie a toutes les apparences d’une araignée géante, d’autant que la faible lumière du site de tournage interdisait toute identification immédiate.

Les contorsions de la Momie : une leçon d’animation par ILM
L’équipe d’ILM s’est chargée d’animer le personnage dans toute la scène. Travaillant en key frame, les animateurs ont dû mettre au point un cycle de marche très particulier pour compenser la torsion du buste à 180°. L’équipe s’est inspirée de la marche des araignées, mais aussi de vidéos de référence montrant un contorsionniste en train de marcher à quatre pattes à l’envers, c’est-à-dire avec le buste tourné vers le haut. Une fois l’animation validée par le réalisateur, le plan était transmis au département VFX d’ILM où une autre équipe se chargeait d’animer le balancement des bandelettes à l’aide d’une simulation de tissu.

Pour faciliter le travail de lighting et de compositing, la production a fait fabriquer un mannequin grandeur nature représentant la Momie dans la posture de « l’araignée ». Après chaque plan, ce mannequin était filmé dans le décor en tant que référence lumière. Les lighters d’ILM se calaient alors là-dessus pour régler la lumière sur le personnage 3D.

À partir du moment où la Momie fait sa première victime, elle commence à retrouver des forces. Le torse se remet à l’endroit, les articulations perdent leur angle impossible, et le corps reprend du volume. La Momie est alors capable de se redresser et de marcher debout. Mais à ce stade-là, elle reste trop décharnée pour pouvoir être incarnée par un acteur. ILM a donc traité ces plans avec une nouvelle version de la Momie animée en 3D. C’est la même Momie que l’on retrouve plus tard face au héros (Tom Cruise) dans la ruelle, accompagnée d’une nuée de rats (également animés par ILM). Comme pour la Momie première version, le personnage a été animé en key frame, puis est passé à la moulinette VFX pour les bandelettes.

La Momie se trouve alors une nouvelle victime, ce qui lui permet de passer à l’étape 3 de sa renaissance. Comme pour la précédente, la transformation survient en continu face à la caméra. Excepté que cette fois, c’est MPC qui prend le relais d’ILM. Sur le plateau, la scène a été tournée avec Sofia Boutella. L’idée était d’effectuer une transition entre la Momie semi-décharnée et une version plus humaine pour laquelle les images de la vraie Sofia seraient utilisées, puis retouchées en numérique. Finalement, le design choisi pour l’étape 3 était encore tellement éloigné de l’apparence de l’actrice qu’une version en full 3D convenait mieux. L’animation a simplement été calée sur l’interprétation de l’actrice, avant que celle-ci ne soit effacée de l’image.

Version 4 : la Momie prend forme humaine

Sofia Boutella apparaît sous son vrai jour avec la quatrième étape de transformation, lorsque le corps a pris forme humaine mais n’a pas complètement terminé sa reconstitution. En postproduction, MPC a largement modifié l’apparence de l’actrice : les joues ont été remplacées par des lambeaux de chair, la moitié du nez a été effacée, et les épaules présentent les tendons et l’ossature à nu. Quant aux bras, ils sont entièrement créés par ordinateur. Le réalisateur voulait que le personnage conserve des membres squelettiques jusqu’à la dernière étape. Les bandelettes virtuelles devaient alors se fondre dans le costume réel, tout comme leur animation devait suivre le balancement général.

À la cinquième et ultime étape, la Momie a pris forme humaine et tout son corps est reconstitué. Mais son caractère fantastique est souligné par ses yeux « impossibles » : chaque œil est doté d’un double iris. Un effet qui reposait sur un gros travail de tracking et qui s’est avéré plus délicat que prévu. Parfois, le personnage semblait regarder à côté, ou bien il louchait, etc. La solution a consisté à retoucher laborieusement la position des yeux image par image jusqu’à ce que le plan fonctionne.

Parallèlement aux effets liés à la Momie, les différents prestataires ont eu fort à faire avec des séquences VFX très variées. À commencer par la création des zombies qui accompagnent le personnage. Ces morts-vivants ont été créés par un mélange d’animation 3D et d’acteurs maquillés retouchés en numérique. Ainsi, la scène sous-marine dans le temple immergé a été filmée avec des acteurs en tenue de zombie poursuivant Tom Cruise en train de nager. Les bulles qu’ils dégageaient ont été effacées de l’image, puis des parties de leur corps effacées, ou bien l’ensemble complètement remplacé. La dernière touche a consisté à prolonger en numérique le décor réel, lequel avait été construit dans un bassin.

Particules et apesanteur

Pour le reste, le film fait la part belle aux simulations de particules, depuis l’effondrement dans le village au début, puis la tempête de sable, puis l’explosion de toutes les surfaces en verre dans le musée et dans le quartier financer de Londres, pour produire un nuage de poussière maléfique qui absorbe la ville.

En revanche, rien de fantastique dans la scène choc du crash de l’avion qui ramène la Momie en Angleterre. L’engin tombe en chute libre, ce qui crée un effet d’apesanteur à l’intérieur de la carlingue. Une séquence de 20 secondes mais qui a nécessité des tournages au sol pour répéter la cascade, puis en vol. Pour l’occasion, les acteurs et l’équipe sont montés à bord du « vomit comet », un avion A310 qui simule avec des vols paraboliques l’apesanteur pour l’entraînement des astronautes – ou les tournages de film. Le décor de studio de la carlingue a été reconstitué dans la soute de l’appareil, et les plans ont été filmés dans l’avion, très laborieusement puisque le phénomène d’apesanteur ne dépasse pas trente secondes.
 
Tous ces efforts ne se sont pas avérés payants au final, puisque l’accueil du film a été moyen aux États-Unis. Une déception qui jette un voile sur l’avenir du Dark Universe…

Alain BIELIK, Juin 2017
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 26 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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