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Les Cinq Légendes

Rise of the Guardians

Des univers superbes, mais aussi une animation repensée pour ce très beau film de Noël. Nous vous avons déjà parlé des intentions artistiques de Cinq Légendes avec Patrick Hanenberger, chef décorateur (voir ICI), Alain Bielik nous décrypte aussi le travail d'animation de DreamWorks.

Il fallait y penser. Réunir dans un même film le Père Noël, le Marchand de Sable, le Lapin de Pâques, Jack Frost et la Fée des Dents, ainsi que leur pendant maléfique Pitch le Croquemitaine, avait de quoi exciter l’imagination du plus blasé des scénaristes. Chaque personnage avait déjà fait l’objet d’un ou plusieurs films, mais c’est la première fois qu’ils sont associés au sein d’une même histoire. Seul bémol, le concept est plutôt destiné au monde anglo-saxon, car plusieurs de ces personnages sont absents de notre folklore : Jack Frost, sorte de génie du froid, n’a pas d’équivalent en France, Pitch non plus, tandis que la Fée des Dents est représentée chez nous par la Petite Souris, et le Lapin de Pâques par les Cloches (sauf en Alsace-Moselle).

Le projet constituait un défi de taille pour les animateurs du studio DreamWorks, car chacune de ces figures mythiques devait posséder une personnalité bien marquée. Le directeur de l’animation Gabe Hordos nous explique la manière dont il a relevé ce défi avec son équipe.

Pixelcreation
: Comment avez-vous abordé ce projet, côté animation ?
Gabe Hordos : Quand je me suis attaqué au film, je venais de finir Dragons, et ce projet avait marqué un net changement dans notre style d’animation, chez DreamWorks. C’était la première fois que les personnages étaient aussi réalistes. Le résultat nous avait enthousiasmés. On a très vite décidé de renouveler l’expérience avec Les 5 Légendes. Le film devait être « magique », mais basé sur la réalité. Cette histoire se passe dans notre monde réel.

Pixelcreation : Parlez-nous de l’organisation du département animation.
Gabe Hordos : Depuis le début, chez DreamWorks, on travaille avec des superviseurs de séquence, c’est-à-dire qu’un responsable dirige l’animation d’un segment de film de A à Z, quels que soient les personnages qui interviennent. Sur le plan logistique, c’est parfait car on a une équipe qui se charge de la totalité d’une séquence. Avec cette méthode, le film avance vite, car les séquences sont réalisées en parallèle, comme des unités indépendantes les unes des autres. L’inconvénient, c’est que cela pose des problèmes de continuité, car d’une séquence à l’autre, un personnage est animé par un grand nombre d’animateurs différents.
Sur Dragons, nous avons fait le pari de tenter un retour à l’approche traditionnelle, celle des studios Disney de la grande époque, lorsque les personnages principaux avaient tous leur animateur superviseur attitré. Celui-ci ne s’occupait que d’un personnage. Avec son équipe, il devenait le véritable « interprète » du rôle, il lui insufflait sa personnalité. Et dans Dragons, cela s’était traduit sans doute par le meilleur travail d’animation jamais créé chez DreamWorks. J’ai donc proposé de reprendre la même stratégie pour Les Cinq Légendes, avec un animateur superviseur par personnage principal. Je pensais que c’était important. Dans le film, chaque personnage suit un arc narratif très subtil, et il fallait que l’animation puisse traduire cette évolution de manière fluide et cohérente.

Pixelcreation : Si cette méthode donne des résultats tellement positifs, pourquoi ne pas l’utiliser sur tous les films ?
Gabe Hordos : Parce que c’est beaucoup plus compliqué à gérer. Avec le fonctionnement par séquence, on peut mieux contrôler le flux de l’animation. L’équipe prend en charge une scène, anime tous les personnages, et passe à la suivante. Avec le fonctionnement par personnage, ça ne marche pas comme ça, le processus est plus lent car on ne peut avoir qu’un seul animateur à la fois sur un plan. S’il y a les cinq Légendes ensemble dans une scène, leurs animateurs vont intervenir les uns après les autres, et non pas simultanément. Nous n’avons pas encore la capacité technique de traiter un même fichier sur plusieurs postes en parallèle. L’animateur doit travailler sur le plan, enregistrer l’animation, puis passer le fichier à l’animateur numéro 2, et ainsi de suite. Ça prend bien plus de temps que d’avoir un animateur qui gère seul tous les personnages du plan, comme on le fait d’ordinaire. Du coup, ça a été très difficile à « vendre » aux responsables du studio. Il a fallu prouver que le film avait tout à y gagner.

Pixelcreation : Comment avez-vous abordé l’animation des personnages ?
Gabe Hordos : Au début du projet, j’ai procédé à un véritable « casting » des animateurs. Il a fallu trouver des artistes dont la personnalité et la sensibilité collaient à celles de leur personnage. Parallèlement, j’ai travaillé sur le développement des personnages pendant un an. Avec une petite équipe de quatre animateurs, nous avons défini la gestuelle de chaque personnage, sa personnalité, sa manière de bouger. Ensuite, les animateurs superviseurs se sont basés là-dessus pour créer le personnage définitif, en y ajoutant leurs propres idées et leur imaginaire. Je voulais que chaque personnage soit identifiable par ses mouvements, qu’on puisse le reconnaître à des centaines de mètres par la manière dont il bouge. Vous savez, les enfants aiment dessiner les personnages qu’ils viennent de voir au cinéma lorsqu’ils rentrent à la maison. Mon rêve était qu’au lieu de les dessiner, ils les imitent en bougeant comme eux ! Nous avons donc tout fait pour que chaque personnage possède une très forte identité visuelle au niveau de sa gestuelle.

Pixelcreation : Avez-vous filmé les acteurs qui prêtaient leur voix aux personnages ?
Gabe Hordos : Oui, on le fait toujours. C’est très utile pour servir d’inspiration au niveau de l’animation faciale. Cela dit, ça dépend vraiment de l’acteur. Certains s’expriment peu physiquement et se concentrent entièrement sur leur voix. D’autres sont très expressifs, comme Alec Baldwin (le Père Noël), mais malheureusement, toutes ses mimiques se sont un peu perdues derrière l’immense barbe et les sourcils du personnage !

Pixelcreation : Le film présente une vision très inattendue de ce personnage de Père Noël
Gabe Hordos : Oui, nous voulions nous démarquer de l’image traditionnelle et un peu surannée du Père Noël, celle d’un vieil homme enjoué et bedonnant. Nous l’avons approché comme un ancien militaire, quelqu’un habitué à commander, vous savez, comme ces anciens soldats qui gardent toujours une allure martiale, un peu raide, même à la retraite.

Pixelcreation : Le Marchand de Sable est sans doute le personnage le plus étonnant…
Gabe Hordos : Oui, il ne parle pas ! D’un côté, c’est plus difficile à animer car on n’a pas les dialogues pour nous aider à exprimer ce que pense le personnage. Mais de l’autre, ça nous libère parce qu’on n’est plus obligé de suivre des phrases préenregistrées. Comme on n’a plus cette contrainte, on peut beaucoup plus jouer sur le corps, les expressions. C’était un personnage très intéressant à animer. Au départ, on l’avait envisagé comme un mélange de Bouddha et de Mister Magoo ! On voulait quelqu’un d’âgé, empreint de sagesse, l’air innocent, et toujours calme, quoi qu’il se passe autour de lui. C’est le personnage qui devait avoir le plus de gravité, de pathos.

Pixelcreation
: Expliquez-nous comment vous avez abordé les autres personnages.
Gabe Hordos
: Le Lapin de Pâques a été assez difficile à mettre au point. Pendant des mois, on a essayé en vain de le faire fonctionner… jusqu’à ce qu’on découvre ce qui n’allait pas : son costume. Dès qu’on lui a retiré ses vêtements, il est devenu beaucoup plus crédible. La clé était de le traiter comme une créature. Son anatomie était 100% animale, mais son comportement était humain.
Pour Jack Frost, nous avons beaucoup réfléchi à sa psychologie, le fait qu’il soit capable de faire toutes ces merveilles, mais que personne ne peut jamais le voir. J’avais du mal à le cerner et puis un jour, j’ai vu devant moi des adolescents qui dévalaient la rue en stakeboard. Ce qui m’a frappé, c’était qu’ils effectuaient toutes ces figures avec les mains dans les poches. Et là, j’ai compris : Jack Frost est quelqu’un qui accomplit les acrobaties les plus incroyables sans même y penser, presque machinalement. Du coup, ça le rend totalement cool !

Pixelcreation : Combien de personnes comportait votre équipe ?
Gabe Hordos : Nous étions 47 animateurs, soit à peu près autant que pour Dragons, mais bien moins que pour les Madagascar ou Shrek. J’aime travailler en équipe réduite. Je trouve que les animateurs sont plus motivés, ils peuvent réellement laisser leur empreinte sur le personnage et ils prennent de meilleures décisions. Du coup, le processus est plus fluide et on a moins de corrections. Les animateurs travaillent mieux et le résultat est meilleur. Difficile de demander plus…

ALAIN BIELIK, Novembre 2012
(Commentaires visuels: Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis plus de 20 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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