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Lucky Luke : Tous a l'Ouest

Lucky Luke Tous à l'Ouest est un mélange subtil mais détonant. 2D et 3D, fidélité à la BD et audace dans l'animation : Xilam réussit ici ce mélange des genres pour notre plus grand bonheur.

Pour ce premier long métrage d'animation depuis 25 ans sur Lucky Luke , le studio Xilam met les petits plats dans les grands. Ayant déjà produit la série  Lucky Luke diffusée sur France 3 (voir notre galerie ici), Xilam a confié le long métrage à la même équipe sous la houlette du réalisateur Olivier Jean-Marie. Mais avec des moyens en conséquence : un budget de 15 millions € au service d'une exigence forte de qualité aussi bien graphique que d'animation. 230 artistes et techniciens ont travaillé 18 mois pour générer 1300 plans comportant 220 000 dessins avec 280 personnages et 1200 décors encrés à la main, et en mixant techniques 2D et 3D. Le tout entièrement réalisé en France pour garder le niveau de qualité requis.
Au-delà des statistiques, Lucky Luke Tous à l'Ouest atteint ses objectifs : être fidèle au design graphique et à l'esprit de la BD, mais avec une histoire rénovée et une animation trépidante et pleine de gags.

Xilam nous a permis de vous offrir ici un making-of particulièrement riche, avec 50 visuels en galerie et 11 vidéos. Et bien sûr ci-dessous les explications détaillées de deux des principaux responsables de l'équipe :
le réalisateur Olivier Jean-Marie et le superviseur 3D Jean-Luc Savarino.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Plan Lucky Luke et le policier, Animatique

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Plan Lucky Luke et le policier, final

Entretien avec Olivier Jean-Marie, réalisateur :
Pixelcreation : Tous à l'Ouest est votre premier long métrage. Comment avez-vous conçu ce film?
Olivier Jean-Marie, réalisateur : La plupart des responsables de ce projet chez Xilam n'avaient jamais fait de long métrage, mais nous avons l'habitude de travailler ensemble sur des séries d'animation comme Oggy et les Cafards, les Zinzins de l'espace et Lucky Luke la série. Cela faisait 25 ans qu'il n'y avait pas eu de film d'animation avec Lucky Luke (ndlr : les Dalton en cavale en 1983, réalisé par Morris, Hanna et Barbera), et dès le départ j'ai voulu démarquer le film de la série, en faire un vrai spectacle d'animation, en caractérisant les personnages par leurs mouvements : Joe ne bouge pas comme Averell, qui est différent de Lucky Luke, etc… Comme l’image s’agrandit, des détails jusqu’alors invisibles vont apparaître. Des matières, des papiers peints usés aux murs, des valeurs dans les ombres, etc… vont jouer.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Jean Journaux, Directeur Artistique

Pixelcreation : Le film est très rapide, très « squash and stretch », avec une animation et un humour à la Tex Avery.
Olivier Jean-Marie : Entre autres références, oui. Mais aussi les premiers Miyazaki (Arsène Lupin, etc.) ou les Blues Brothers pour la poursuite à New York des Dalton par la police. Un personnage comme Crook l'escroc, que nous avons inventé, est tout en courbes, va se mouvoir d’une manière reptilienne, donc dans la structure de son dessin, de son modèle, j’intègre déjà cette idée, en lui baissant le bassin et lui allongeant le thorax,... Et aussi un dessin sur 5 est abstrait : des formes comme des triangles, etc. Cela ne se remarque pas, mais cela pousse l'animation. Le scénario part de l'album La Caravane, mais nous avons voulu revisiter un peu tout Lucky Luke, d'où cette idée de partir vers l'ouest en démarrant le plus à l'est, cad à New York où se passent les premières 20' du film. C'est une novation pour un Lucky Luke, la BD ne se déroule jamais à New York, mais nous en  avons respecté l'esprit, en gérant l'anachronisme à la Goscinny. Lui montrait des embouteillages dans Lutèce, nous avons introduit dans New York de 1855 des feux rouges et des tramways à vapeur.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
séquence poursuite des Dalton en tramway dans New York

Pixelcreation : Et vous avez fait le choix d'une technique mixte 2D/3D.
Olivier Jean-Marie : C'est en quelque sorte une spécialité française maintenant que tous les studios américains sont exclusivement 3D! Ce n'est pas qu'une question de budget, la 2D permet plus d'expressivité et donc de retravailler les personnages plutôt que de les trahir en les passant en 3D. Par contre, nous avons travaillé en 3D pour les décors, les chariots et tramways, les mules, etc. pour s'économiser des dessins, et nous avons aussi géré les poursuites en 3D car cela permet des points de vue de caméra plus intéressants.

Pixelcreation : Comment avez-vous géré le projet?
Olivier Jean-Marie : Nous avons travaillé 2 ans et demi sur ce film, du scénario au mixage, en 3 parties à peu près égales. D'abord l'écriture du scénario, puis le story board que nous avons filmé pour en faire une animatique qui sert de fil rouge au reste du travail, à commencer par l'enregistrement des voix que nous avons fait en amont, avant le film lui-même. L'animation et le mixage ont duré un an environ. Notre processus n'est pas aussi industriel, aussi cadré que dans les studios américains.

Jusqu'au bout, nous avons travaillé le rythme du montage, changé des plans, y compris pour la version DVD qui n'est pas identique à la version en salles. Par exemple, la scène de rencontre entre Averell et Rantanplan m'est venue tardivement, je trouvais dommage qu'il n'y ait pas de retrouvailles entre ces deux personnages. Nous avons même eu un « coup de chaud » à l'été 2006 : le film était trop long, il a fallu couper 15' et refaire 10'. Du coup, le budget initialement de 10 millions €, est passé à 12 millions € puis à 15 millions €  : beaucoup de personnages, d'intégration 2D/3D... Heureusement, Lucky Luke permet de rassembler ce genre de somme. Et nous avons livré la version finale mi-octobre 2007.

Pixelcreation : Et le film a été entièrement fabriqué en France?

Olivier Jean-Marie : Oui, cela permet plus de qualité. En 2D, les dessins sont faits à la main puis scannés et travaillés avec le logiciel Opus de Toonboom, avec des plug-ins pour passer dans Maya, After Effects et Combustion. Opus est un logiciel très complet, mais la mise en couleurs n'a pas été simple. Il faut gérer les changements de couleurs de plan en plan, y compris pour les personnages, ce qui donne une gestion de palettes compliquée. Chaque animateur (il y en avait une trentaine) s'est  spécialisé sur un personnage pour le travailler à fond.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Jean Cayrol, Layout

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Jean-Christophe Dessaint, Animation

 Pour la 3D, Xilam a constitué une équipe d'une douzaine de personnes, plus deux équipes travaillant à Angoulême et Montpellier en s'appuyant sur des structures locales. Tout a été fait dans Maya, avec un rendu 2D bien sûr, et des développements spécifiques pour gagner du temps. Par exemple, nous avons développé un système de maps pour éclairer les faces des chariots, avec 3 maps différentes par chariot et par couleur : normal, sousexposé, surexposé. Un autre point délicat a été que nous ne voulions pas de trait qui cerne en noir les objets, mais un cerné de couleur qui prenne la lumière. Et nous avons géré le « level of detail », le niveau de détail de chaque objet, suivant la distance.

Pixelcreation : Et peut-on s'attendre à une suite  de ce Lucky Luke?
Olivier Jean-Marie : Oui, si le succès est au rendez-vous pour ce premier film de Xilam, Jérôme Seydoux (ndlr : patron de Pathé qui distribue le film) semble assez partant... En attendant, nous sommes en préproduction sur un long métrage des Zinzins de l'espace : le storyboard est fait, les financements sont en discussion, là aussi cela dépendra du succès que rencontre Tous à l'Ouest. Croisons les doigts...

Propos recueillis par Paul Schmitt, décembre 2007

Entretien avec Jean-Luc Savarino, Superviseur 3D
Environ 500 plans (sur 1300) et 630 000 images calculées en 3D! Ce Lucky Luke fait un gros usage de la 3D, même si cela ne se voit pas, design graphique oblige. Alain Bielik est allé explorer pour nous les coulisses de ce travail avec Jean-Luc Savarino, Superviseur 3D du film.
Pixelcreation : Comment avez-vous mis en place votre équipe 3D ?
Jean-Luc Savarino : Xilam ne possède pas d’unité 3D. J’ai donc monté une structure spécialement pour ce projet. Heureusement, il y a beaucoup d’artistes free-lance avec de bonnes compétences dans Maya, ce qui m’a permis de constituer une équipe assez rapidement. J’ai fait appel à des superviseurs expérimentés pour chapeauter les trois étapes importantes : Patrick Chéreau pour la modélisation, Marie Honold pour l’animation, et Adrien Miller pour le rendu. Au départ, nous avions 12 mois pour réaliser 500 plans, mais finalement, le travail s’est étalé sur 17 mois.

Pixelcreation : Quelles sont les principales séquences sur lesquelles vous êtes intervenus ?
Jean-Luc Savarino : La 3D a été utilisée dans les séquences de New York, de la caravane, et de la mine. L’essentiel de notre travail a consisté à créer les véhicules : calèches, tramway, et fourgon de police à New York, chariots pour la caravane, décor et wagonnets pour la mine. L’outil 3D permet de fabriquer un type de calèche ou de chariot avec leur structure propre, ainsi que leur squelette et leur skinning, et de les multiplier en appliquant des textures différentes. C’était bien plus simple de les créer une fois pour toutes en 3D que d’avoir à les repeindre image par image. C’est l’un des principes de base de cet outil. En 2D, cela aurait été une autre étude, d’autres coûts, d’autres délais. Sur Tous à l’Ouest, le plus important, c’était l’animation 2D des personnages. Dans cette perspective, le rôle de notre équipe a consisté à délester l’animation traditionnelle de tout ce qui était  « annexe » : véhicules, poussières, fumées du tramway, etc.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Jean-Luc Savarino, Modélisation

Pixelcreation : Comment les modèles 3D ont-ils été créés ?
Jean-Luc Savarino : Les véhicules ont été modélisés dans Maya sur la base de croquis les montrant de face et de profil. Il y avait huit calèches différentes, plus un fourgon de police, le tramway et les chariots. Les calèches et les chariots ont ensuite été déclinés en plusieurs versions à l’aide de textures différentes. Pour celles-ci, nous avons procédé de façon assez inhabituelle puisqu’elles ont été fabriquées par l’équipe décor. C’était le meilleur moyen pour s’assurer que les couleurs et les traits correspondraient à la charte graphique de Morris, le créateur de Lucky Luke.

Pixelcreation : Vous avez également travaillé sur les animaux
Jean-Luc Savarino : Oui, nous avons créé tous les chevaux d’arrière-plan et de moyen plan. Dès qu’on s’approchait d’eux ou qu’ils devaient intervenir dans l’histoire, on passait à l’animation traditionnelle. Même chose pour les mules de la caravane. Au départ, dans cette séquence, nous devions créer uniquement les chariots, mais quand Olivier a vu ce que nous faisions avec les chevaux de New York, il nous a aussi confié les montures de la caravane.
Pour animer mules et chevaux, nous avons mis au point des cycles d’animation qui ont ensuite été décalés ou étirés dans le temps. Cela nous permettait d’éviter que deux montures ne marchent exactement dans le même rythme. Dans les plans larges de la séquence des Indiens, les personnages et leurs chevaux sont également en 3D – c’est un animateur indépendant qui s’en est chargé, il a travaillé sur 3DS Max. C’est la seule séquence qui mette en scène des personnages qui ne sont pas animés de façon traditionnelle. Il y a également une poignée de plans avec Lucky Luke et Jolly Jumper en 3D, mais il s’agit de vues lointaines.

Pixelcreation : Parlez-nous de l’utilisation de la 3D au niveau des décors.
Jean-Luc Savarino : La séquence de New York comporte plusieurs plans travelling avec des immeubles 3D, mais uniquement lorsqu’on voit la rue en perspective. La 3D permettait de faire défiler les bâtiments dans l’axe de la caméra. La même technique a été employée pour le décor de la mine : une géométrie avec un peu de relief, et des textures répétées en cycle. Les wagonnets de la mine étaient également en 3D, mais pas les personnages.

> Vidéo Lucky Luke Tous à l'Ouest :
Sofi Vaillant, Compositing

Pixelcreation : Ce projet a-t-il représenté un défi technique particulier ?
Jean-Luc Savarino : Oui. La modélisation et l’animation n’ont présenté aucune difficulté, mais cela n’a pas été la même chose pour le rendu. Il s’est avéré très difficile de rendre les textures de sorte qu’elles se fondent complètement dans le reste du film. Il fallait que la 3D s’intègre de façon invisible dans le cadre d’un film en 2D. Cela a impliqué, par exemple, une petite recherche sur les traits de contour, car ceux-ci devaient changer de couleur en fonction de la texture. Cela nous a amenés à utiliser Mental Ray pour le rendu de ces contours, alors que le reste des images a été calculé dans Maya. Finalement, le plus intéressant dans ce projet, c’était que la 3D a été entièrement au service du film. Aucune séquence n’a été conçue pour cet outil. La 3D a réellement été intégrée dans un processus de fabrication 2D.

ALAIN BIELIK décembre 2007
Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue d’effets spéciaux S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 1991. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.




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