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Man of Steel

Sept ans après le reboot raté de 2006, la Warner Bros. a enfin réussi à relancer le plus célèbre des superhéros sur grand écran. Un film monumental dont les effets spéciaux impressionnent autant par leur ampleur que par leur qualité.

Il était temps. Alors que les superhéros Marvel, Iron Man et autres, se succèdent au cinéma, Warner Bros. et DC Comics n’avaient à ce jour qu’un seul succès à leur actif : la trilogie Batman The Dark Knight. En toute logique, c’est au créateur de cette saga que le studio a confié les rênes du reboot de Superman, superhéros le plus mythique d’entre tous, en quête de renaissance depuis le demi-échec de Superman Returns en 2006. Christopher Nolan a supervisé Man of Steel en tant que producteur, et le résultat a dépassé les espérances les plus folles du studio : le film a remboursé son budget pharaonique en dix jours seulement. De quoi laisser présager la plus grosse recette jamais engrangée par un Superman (il y avait déjà eu quatre films dans les années 80), même si le personnage, à très forte connotation américaine, s’exporte moins bien qu’un Batman ou qu’un Iron Man à l’international.

Derrière la caméra, on retrouve Zack Snyder, un cinéaste connu pour ses effets de style très appuyés : 300, Watchmen, Sucker Punch…  Pour Man of Steel, étonnamment, il a changé son fusil d'épaule. Alors qu'on attendait force ralentis et caméras virevoltant autour des personnages, Snyder a opté pour un style très réaliste, parfois même inspiré du documentaire. Un choix particulièrement évident dans les scènes de vol du superhéros : au lieu de filmer Superman de manière fluide comme Iron Man, il choisit un style « caméra à l’épaule » avec des recadrages soudains ou des zooms éclairs, comme si l'opérateur caméra avait du mal à suivre le vol supersonique du personnage. Un style qui s'est également appliqué aux scènes de combat, typique d’un certain esprit « reportage de guerre ».

Trois séquences clés
pour les VFX
Pour superviser les effets visuels, le studio a fait appel à John Desjardins, vétéran de la saga Matrix. Les séquences principales ont été réparties entre trois sociétés différentes. Weta Digital s'est occupé de la séquence de Krypton, MPC de la bataille dans les rues de Smallville, et Double Negative de celle de Metropolis.

Parallèlement, d'autres prestataires sont intervenus sur des séquences annexes : Scanline VFX a traité la scène de la plate-forme pétrolière en feu, ainsi que la tornade près de Smallville, tandis que Look Effects se chargeait du sauvetage du bus.

Dès le départ, la décision a été prise d'utiliser exclusivement une doublure numérique des personnages pour les scènes de vol. Pas question de filmer un acteur ou un cascadeur suspendu à des câbles, car cela présentait trop de limitations au niveau du mouvement. En revanche, chaque fois que c'était possible, l'action démarrait ou se terminait (parfois les deux) sur l'acteur réel. L'interprète était filmé au début du plan ou à la fin du plan, le reste de l'action étant réalisé à l'aide de sa doublure numérique. Par exemple, lors de la bataille dans Smallville, Superman reçoit un coup et est propulsé à travers plusieurs bâtiments avant de fracasser une banque et de s’écraser contre la porte du coffre. L'action débute avec une prise de l'acteur Henry Cavill en train de simuler le coup, puis se termine avec une prise du même acteur assis groggy contre la porte défoncée. L’animation 3D s’est chargée de relier les deux prises avec la création du vol plané du personnage, et la reconstitution de l’environnement.

Le rôle de ces images réelles est d'ancrer le personnage dans la réalité. Une seconde sur le visage de l'acteur réel suffit à crédibiliser un plan entier d’animation 3D aux yeux des spectateurs. Au moment de la transition virtuel/réel (et inversement), l'image haute résolution de l'acteur est projetée sur son modèle numérique, placé exactement dans la même position, pendant une fraction de seconde, ce qui fluidife le passage de l’un à l’autre.

Une cape virtuelle pour Superman
Dans toutes ces scènes d'action, Henry Cavill, interprète de Superman, est filmé en costume, mais sans la cape. Signature visuelle du personnage, cette cape rouge a été animée en 3D – et non pas simulée en dynamique – puis ajoutée dans les plans. Cela permet d'obtenir un look beaucoup plus « héroïque », presque organique, tout en évitant que l'acteur ne se prenne les pieds dedans… De même, les armures de combat des Kryptoniens, tout comme leur masque respiratoire, ont été créés en animation 3D. Pendant les prises de vue, les acteurs portaient une simple tenue de performance capture.

Pour visualiser la vitesse extrême des combattants, Zack Snyder a eu l'idée d'intégrer dans les mouvements l'onde de choc caractéristique du passage du mur du son. Même les coups de poings sont supersoniques dans Man of Steel ! En effet, il était impossible de dépasser une certaine vitesse dans l'animation 3D, car le bras devenait alors invisible à l'image et l'action s’avérait incompréhensible. En ajoutant une onde de choc supersonique sur chaque mouvement, l'équipe pouvait suggérer l'idée de vitesse extraordinaire tout en conservant une image lisible. Seule exception, la scène où Faora, l’acolyte du méchant Zod, terrasse un commando en passant d’un homme à l’autre en un clin d’œil : le flou du mouvement était dans ce cas justifié par le fait qu’on visualisait l’action du point de vue des soldats, et non pas des Kryptoniens, comme dans le reste de la scène.

L'aspect le plus impressionnant du film est sans aucun doute l'étendue vertigineuse des dévastations provoquées par les actions des uns des autres : les Kryptoniens traversent des immeubles de part en part, chaque chute ravage la chaussée sur des dizaines de mètres, des avions de combat s'écrasent en centre-ville, des vaisseaux percutent les bâtiments, une machine géante provoque la chute de gratte-ciel…  C'est bien simple, à part dans 2012, jamais le cinéma n'avait été aussi loin en la matière.

Destructions à grande échelle : Smallville, Metropolis
Un festival de destructions qui repose sur des simulations dynamiques de corps rigides à une échelle rarement vue. MPC et Double Negative ont procédé de manière bien différente.

Dans la séquence de Smallville, la majeure partie de la ville est réelle, et les bâtiments destinés à être détruits ont été reproduits en 3D. Après chaque plan, l’équipe technique évacuait le site de tournage, ou bien se cachait derrière des éléments de décor, puis MPC procédait à un enregistrement à 360° de l’environnement à partir d’un Canon 5D monté sur un support motorisé. Ces photos étaient ensuite juxtaposées pour créer une réplique virtuelle du site. Grâce à des projections en 2D ½ sur des géométries, l’équipe pouvait créer de véritables mouvements de caméra virtuelle au sein de ce décor numérique.

Pour Metropolis, c’est la ville entière qui a été reconstituée en 3D. Double Negative est rompu à ce genre d’exercice, ayant déjà créé des panoramas urbains photoréalistes pour la trilogie Dark Knight et Total Recall. Metropolis a donc été modélisée dans le logiciel CityEngine en combinant des éléments de New York, Los Angeles et surtout Chicago. Les bâtiments principaux ont ensuite été détruits grâce à une évolution du moteur Bullet intégré dans Houdini.

Il sera difficile à Warner Bros. de surpasser ce film en termes de spectaculaire, mais les scénaristes planchent déjà sur la suite. Une chose est sûre : la trilogie du Dark Knight s’est achevée l’été dernier, gageons qu’on aura droit à une trilogie Man of Steel. Avec à la clé des effets visuels toujours plus renversants…

ALAIN BIELIK, juin 2013
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 21 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet
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