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Mission Impossible Protocole Fantome

Ghost Protocol

Tom Cruise effectue un retour gagnant dans ce Mission Impossible 4  spectaculaire en diable. Les scénaristes ont rivalisé d’imagination pour concevoir des scènes d’action inédites, tandis que les effets visuels d’ILM rendent le tout parfaitement plausible. Un film d’espionnage particulièrement réussi… en attendant le retour de Jason Bourne et de James Bond dans quelques mois !

C’est bien connu, Tom Cruise est la star mondiale la plus physique. Alors que ses confrères paradent sur les plateaux TV en expliquant que, oui, ils ont fait leurs cascades eux-mêmes, alors qu’il n’en est rien, l’acteur prend un malin plaisir à se passer de doublure cascade dans la plupart de ses scènes, y compris celles potentiellement risquées. C’est ainsi qu’on a pu le voir courir joyeusement sur la façade du plus grand gratte-ciel au monde, le Burj Khalifa de Dubaï, haut de 828 mètres.
Les images, bien réelles, ont été complétées par des VFX signés Industrial Light and Magic et supervisés par John Knoll. Co-créateur avec son frère du logiciel Photoshop, John Knoll a marqué une date dans l’histoire des effets visuels en réalisant le premier environnement virtuel photoréaliste pour la séquence de l’Eurostar dans Mission Impossible, en 1996. Depuis, il a signé les effets visuels de films comme la deuxième trilogie Star Wars, la trilogie Pirates des Caraïbes, ou encore, Avatar. John Knoll a reçu un Oscar pour les VFX de Pirates des Caraïbes 2.

Interview de John Knoll, ILM, Superviseur des effets visuels sur Mission Impossible Protocole Fantôme
Pixelcreation : Comment le film s’est-il présenté pour ILM ?
John Knoll : Nous avons réalisé environ 200 plans sur un total de 700. Le projet présentait une complexité nettement accrue par rapport aux films précédents, les scènes d’action étaient plus ambitieuses, et il y avait en outre la difficulté supplémentaire de devoir travailler à très haute résolution, soit 4K, pour la version IMAX. Lorsqu’une image est projetée sur un écran de 25 mètres de  base, vous n’avez pas droit à l’erreur…

Pixelcreation : Racontez-nous d’abord comment vous avez réalisé la scène de l’explosion du Kremlin… (ndlr : hélas, pas d’image disponible de la séquence actuellement)
John Knoll : Une équipe d’ILM s’est rendue à Moscou pour filmer les arrière-plans, enregistrer l’environnement sous forme de captures d’image sphériques, et photographier un maximum d’éléments pour les textures. Les acteurs ont été filmés en studio, sur fond bleu, ils ne sont pas allés à Moscou. Le sol pavé de la Place Rouge a été reconstitué en un carré d’une soixantaine de mètres de côté. Certaines explosions étaient réelles, mais la plupart ont été ajoutées par nos soins, en particulier celles qui survenaient juste à côté des personnages. Pour l’effondrement du Kremlin, nous avons modélisé le bâtiment en 3D, puis créé une simulation dynamique de corps rigides pour le détruire. L’effet de destruction a été simulé dans Fracture, tandis que la fumée était générée dans Plume, deux logiciels maison.

Pixelcreation : Abordons à présent le grand tour de force du film, la séquence où Ethan Hunt escalade la plus haute tour du monde
John Knoll : Les 2/3 de la scène ont été filmés sur place à Dubaï, sur le Burj Khalifa. On tournait à 500 mètres d’altitude environ, une expérience exceptionnelle… Dans ces plans, Tom Cruise était retenu par des câbles de sécurité. Notre mission a consisté à effacer ces câbles et les dispositifs de prises de vue visibles à l’image.

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: Comment se fait-il qu’ILM ait pris ces plans en charge ? D’ordinaire, vous vous occupez uniquement des effets dits « créatifs »…
John Knoll : Vous avez raison, ce type d’effet n’a rien d’exceptionnel en soi, c’est même ILM qui a réalisé le tout premier effacement de câble de l’histoire du cinéma, en 1989, pour la scène du skateboard volant dans Retour vers le Futur 2. Mais dans Mission Impossible Protocole Fantôme, le défi était considérable, à la limite de ce qu’il est possible de faire en la matière. En effet, la façade du Burj Khalifa n’est pas plane, mais faite de courbes et de recoins, ce qui génère quantités de reflets. Il fallait non seulement effacer le câble qui soutenait Tom Cruise, mais aussi son reflet sur la fenêtre face à lui, ainsi que les reflets déformés de ce reflet dans les vitres sur les côtés. Parfois, il y avait jusqu’à six reflets à effacer dans un même plan ! Le tout au format IMAX dont la très haute résolution ne laisse rien passer. Et la séquence dure plusieurs minutes… Honnêtement, il ne doit pas y avoir plus de trois ou quatre sociétés dans le monde capables de traiter un tel effet dans ces circonstances-là. C’est pour ça que nous nous en sommes occupés.

Tom Cruise escalade le Burj Khalifa a Dubaï

Pixelcreation : Tous les médias ont rapporté le fait que c’est vraiment Tom Cruise, suspendu à 500 mètres au-dessus du sol
John Knoll : Oui, c’est bien lui. Franchement, sur le plan physique, il est incroyable. Les scènes d’action étaient toutes répétées avec un cascadeur, Tom Cruise observait ses gestes, écoutait les consignes de sécurité, puis jouait la scène, et à chaque fois, ce qu’il faisait était mieux qu’avec le cascadeur ! Derrière les fenêtres, il y avait plein de gens qui le regardaient ou qui le filmaient. Heureusement que les fenêtres ne s’ouvrent pas car il aurait fallu effacer toutes ces têtes…

Pixelcreation : Où a été tourné le reste de cette séquence d’escalade ?
John Knoll : Dans deux endroits différents. Seuls les plans larges et ceux en plongée ou en contre-plongée ont été filmés à 500 mètres d’altitude, car ils montraient le bâtiment dans son ensemble. En revanche, plusieurs plans cadrés « à l’horizontale » ont été tournés dans les étages inférieurs, à faible altitude, car ni le sol, ni le sommet de la tour n’étaient visibles à l’image. Comme l’architecture de la façade est identique de haut en bas, le changement d’étage passe inaperçu à l’écran. D’autres plans de même nature ont également été filmés en studio, à Vancouver, sur un décor qui reproduisait trois étages du gratte-ciel. L’équipe a pu récupérer des éléments de façade originaux qui n’avaient pas été utilisés pour le Burj Khalifa. De fait, contrairement à ce que la nature de l’action laissait envisager au départ, ILM a réalisé peu d’extensions numériques dans cette séquence. La principale concerne le plan où Tom Cruise saute dans le vide, accroché au tuyau à incendie. L’action a été tournée dans le décor à Vancouver, avec le sol recouvert de tissu bleu. Nous avons prolongé la façade vers le bas et ajouté l’environnement. Comme la structure des étages se répète, l’extension était assez simple à réaliser.

Pixelcreation : La séquence du Burj Khalifa enchaîne sur une course-poursuite au milieu d’une tempête de sable. Comment cette scène a-t-elle été réalisée ?
John Knoll : L’équipe des effets spéciaux a simulé une tempête de sable sur le plateau à l’aide de particules de papier recyclé, un matériau biodégradable et non irritant. Puis, nous avons complété l’effet en numérique. À certains moments, on voyait des bouts de ciel bleu, ou bien les machines qui projetaient les particules, il fallait « boucher » ces trous pour que la tempête soit uniforme. On a utilisé Plume, notre logiciel de simulation de fluides, ou bien travaillé par copié-collé, ou encore ajouté des effets de « bruit » à ces endroits. Dans les plans larges, il s’agit d’une simulation de fluides réalisée au sein d’un environnement 3D qui comprend le volume des immeubles, du gratte-ciel, etc., afin d’obtenir une interaction réaliste.

Pixelcreation : Dans les plans serrés, pourquoi ne pas avoir simplement simulé le vent et ajouté le sable en animation 3D ?
John Knoll : Parce que le résultat n’aurait pas été réaliste. Le premier problème est la lumière : une tempête de sable masque le soleil de façon très particulière, fluctuante, ce qui génère une ambiance difficile à reproduire. L’autre problème est qu’en ajoutant le sable dans l’image, on n’obtient pas la même profondeur que si le matériau est présent au moment du tournage. Les coups de vent et les tourbillons entraînent des variations de densité, de luminosité et de couleurs très complexes à reproduire par ordinateur. Enfin, il faut montrer le sable qui percute le corps des personnages et les différents objets dans la scène.

Pixelcreation : Est-ce que ILM est intervenu sur la scène du parking automatisé ?
John Knoll : Oui, le lieu existe réellement, à Wolfsburg, en Allemagne, il fait 22 étages. L’équipe l’a reconstitué en studio, avec un vrai bras robotique qui soulevait les voitures et les acteurs. Le décor circulaire comportait cinq étages sur un côté et deux étages de l’autre. On filmait en général sur le petit côté avec la caméra dirigée vers le grand côté. Dans les plans larges, nous avons prolongé le décor afin qu’il semble beaucoup plus haut.
La scène qui précède a nécessité un gros travail d’animation 3D qui, je l’espère, passe inaperçu à l’écran. Dans la scène, Tom Cruise conduit un concept car BMW Vision. Il n’y a que ce modèle au monde, c’est un prototype. On l’a filmé en Inde, mais le véhicule n’était pas conçu pour résister au traitement que peut infliger le tournage d’une scène de poursuite. Résultat, on a cassé la transmission… Comme la voiture est unique, on ne pouvait rien remplacer sur place. Impossible à réparer. Du coup, il a fallu improviser une solution de secours : le reste des plans a été tourné avec une BMW Z4 qui possédait une silhouette assez proche. Ensuite, BMW nous a donné les plans CAD de la Vision afin qu’on puisse la reproduire en 3D le plus fidèlement possible. Une fois modélisée et texturée, nous l’avons superposée à la Z4 dans les plans. Lorsqu’un bout de la vraie voiture était visible à l’image, on l’effaçait. C’est le genre même d’effet dans lequel notre intervention doit rester totalement invisible. À aucun moment, les spectateurs ne doivent se douter que la voiture est animée en 3D…

Pixelcreation : Cela semble d’ailleurs avoir été votre credo sur ce film…
John Knoll : C’est exact, et c’est ce qui rend ce projet si particulier. Dans la plupart des films que nous faisons, les effets visuels sont bien « visibles », c’est-à-dire qu’ils assurent une grande partie du spectacle, comme l’été dernier dans Transformers, Super 8, ou encore Cowboys & Envahisseurs. Mais dans les Mission Impossible, c’est tout le contraire. Les effets visuels doivent être indétectables à l’écran. L’idée est de soutenir ou de renforcer l’action réelle, pas de la réaliser. L’exemple type est la scène de l’attaque sur le pont dans Mission Impossible 3 : l’action avait été filmée sur un décor édifié sur un terrain vague, puis nous avions prolongé la chaussée et ajouté l’océan tout autour. Mission Impossible : Protocole Fantôme s’inscrit dans la même veine. On doit s’effacer derrière l’action. Le but est que le spectateur sorte de la salle sans avoir pensé une seconde aux effets spéciaux. Il doit croire que tout ceci est réel.

Alain Bielik, décembre 2011
(commentaires visuels: Paul Schmitt)

Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 20 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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