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Moi Moche et Méchant 3

Despicable Me 3

Le retour gagnant de Gru et surtout des Minions : un exemple d’animation réussie.

3,2 milliards de dollars. C’est la somme pharamineuse que la saga des Minions a rapporté en quatre films à ce jour (y compris Les Minions en 2015), alors que le dernier opus vient seulement de démarrer sa carrière en salles. Un succès planétaire que l’on doit surtout aux Minions, désormais incontournables dans les cours d’école. Les ventes de produits dérivés marchent d’ailleurs tellement fort que le chiffre d’affaires pourrait bien, à terme, dépasser le box office des films. C’est déjà le cas pour la saga Cars de Pixar : malaimée des fans, elle n’existe en salles que pour vendre des produits dérivés.

Les Minions constituent sans aucun doute la plus grande création de ces dernières années dans le cinéma d’animation. Aucun personnage animé récent ne peut se targuer d’avoir eu un tel impact. En France, leur popularité est encore renforcée par la confusion autour du nom : les enfants entendent « mignons », alors qu’en réalité, « minions » signifie en anglais « sbires, sous-fifres », ce qui n’a rien à voir.

Le plus étonnant, c’est que les Minions ont commencé par être très impopulaires auprès des animateurs d’Illumination Mac Guff. Normal ; qui a envie de se coltiner un personnage sans épaules, sans cou, sans sourcils, avec des bras trop courts et un corps quasi rigide ? De fait, les Minions étaient un concentré de tout ce qui rend un personnage difficile à animer… Comment exprimer une émotion sur un visage sans sourcils, et pire encore, avec un seul œil… et sans vrai dialogue ?! Résultat, les animateurs se battaient pour travailler sur Gru ou les petites filles, et personne ne voulait des Minions.

Les Minions : des contraintes qui deviennent des atouts
Sauf que ces petits personnages ont fini par gagner le cœur de l’équipe, tout comme ils ont conquis celui du public. Les animateurs astreints aux Minions ont commencé à explorer ce qu’ils pouvaient faire, et ils se sont rendus compte que toutes ces contraintes si difficiles à gérer produisaient au final des personnages semblables à nul autre. La raideur des corps, la démarche robotique, la tête qui ne peut pas tourner, les bras qui traînent par terre, les gros yeux déformés par les lunettes… tout ceci s’est traduit par une animation qui était naturellement drôle : grâce à leur allure impayable, les Minions faisaient spontanément sourire, même sans rien faire. La voix de Pierre Coffin a fait le reste. À partir de ce moment-là, les réalisateurs se sont rendus compte qu’ils tenaient quelque chose d’unique, et le rôle des Minions a été considérablement renforcé. Au départ, ils ne figuraient que dans une seule scène, celle du discours de Gru face à ses troupes ! Cinq ans plus tard, leur film « en solo » rapportait plus d’un milliard de dollars…

Quel est donc le secret de ces personnages ? Au lieu de les contourner, les animateurs se sont servis des limitations physiques pour créer un style unique en son genre. Aucun autre personnage ne parle et ne bouge comme un Minion dans le cinéma d’animation. Par exemple, puisque le corps est disproportionné par rapport aux bras, ceux-ci ne se balancent pas lorsque le personnage se déplace. Les Minions marchent avec les bras ballants, ce qui leur confère une très forte identité visuelle, ainsi qu’une forte charge humoristique.

Animation : des références dans le cinéma classique
La clé de l’animation a été de se baser sur les acteurs du cinéma muet, et d’analyser la manière dont ils utilisaient leur corps pour exprimer des émotions. Là où un personnage traditionnel dispose d’expressions faciales préenregistrées, un Minion aura également une librairie d’expressions corporelles. À chaque émotion correspond une posture particulière associée à une position des paupières et de la bouche. À partir de cette configuration, l’animateur va adapter la pose en fonction de la scène.

Depuis le début, l’autre grande source d’inspiration a été Mr Bean, le personnage créé par Rowan Atkinson. Lui aussi est un grand enfant et gaffeur invétéré qui parle un charabia incompréhensible. Le langage corporel de l’acteur, très élaboré, a souvent servi de référence.

Pour préparer leur travail, les animateurs ont pour habitude de se filmer en vidéo en train de jouer la scène. Mais dans le cas d’un Minion, cette référence visuelle doit être considérablement altérée pour fonctionner sur un corps aussi raide. La gestuelle est conservée, mais toute la fluidité naturelle des mouvements est éliminée. Après quatre films de Minions, l’équipe d’Illumination maîtrise désormais le processus parfaitement.

Depuis le premier Moi, Moche et Méchant, l’une des caractéristiques des scènes de groupe avec les Minions est qu’il se passe toujours quelque chose à l’arrière-plan. Dans les plans de foule, les animateurs peuvent intégrer jusqu’à deux ou trois gags simultanés au second plan – plusieurs visionnages sont nécessaires pour repérer toutes ces petites vignettes. Souvent, ces gags sont des idées prévues à l’origine pour les Minions d’avant-plan, mais rejetées car elles s’intégraient mal dans le flux de l’action. Du fait de la présence de toutes ces mini-saynètes, les animations de foule sont toujours réalisées en key frame. Les Minions sont simplement animés à partir des cycles de mouvement préenregistrés, puis les animateurs choisissent les personnages qui seront impliqués dans les différents gags.

Mel, le Minion trublion
Dans Moi, Moche et Méchant 3, les Minions évoluent avec l’apparition de Mel, une sorte de meneur syndical qui prend la tête d’un mouvement de rébellion contre Gru, jugé désormais trop « gentil ». Le look de Mel a fait l’objet d’une profonde réflexion. Il fallait en effet que ce personnage se démarque des autres Minions, mais il ne pouvait pas pour autant avoir une autre morphologie ou un autre costume. La solution a été trouvée sur un croquis que le designer Eric Guillon avait réalisé pour la carte d’anniversaire de Chris Meledandri, le directeur d’Illumination. Le dessin représentait un Minion avec la coupe de cheveux du grand patron ; l’idée était parfaite pour Mel !

Le film voit les héros confrontés à deux nouveaux personnages majeurs : Balthazar Bratt, le méchant de l’histoire, et Dru, le frère de Gru. Pour ce dernier, le design est d’abord parti sur des concepts assez différents de Dru, jusqu’à ce que l’équipe décide d’en faire une sorte de jumeau. La grande différence physique, c’est la superbe crinière blonde qui orne le crâne de Dru, une chevelure dont les simulations ont accentué le caractère extravagant, y compris dans des ralentis hilarants.

Pour différencier les deux frères l’un de l’autre, les animateurs ont élaboré une dualité façon yin et yang – chacun sera l’exact opposé de l’autre. Gru marche le dos vouté ? Dru aura une silhouette très droite. Gru est introverti et affiche souvent un air maussade ? Dru sera toujours ouvert, affable, avec un grand sourire sur le visage. Gru parle avec de grands gestes ? Dru économise ses mouvements. Dru est tout ce que Gru n’est pas, et inversement. À première vue, il semble éclipser son frère sur tous les plans, mais le personnage a ses fêlures qui vont apparaître lors de la scène la plus touchante du film – l’un des rares moments où les animateurs d’Illumination ont pu montrer qu’ils sont capables de faire autre chose que des pitreries.

De son côté, le personnage de Balthazar offrait des possibilités d’animation très différentes. Le méchant vit dans le souvenir des années 80, et rejette la société moderne. Les designers l’ont donc affublé d’une coiffure ridicule mi-Grace Jones/mi-Desireless, tandis que les animateurs se sont régalés à intégrer dans ses mouvements des pas de danse « cultes » extraits des vidéoclips de l’époque. Les enfants rient devant les clowneries du personnage ; les parents, eux, sourient en reconnaissant telle ou telle attitude.

Une recette éprouvée, mais sans surprise
En dépit de tous ces efforts, l’accueil critique a été plus tiède que pour les opus précédents. La faute à un scénario qui recycle trop une formule déjà vue et revue dans les sagas concurrentes (Kung Fu Panda, L’Âge de Glace, etc.) : à chaque film, on relance la dynamique du groupe en ajoutant un nouveau personnage – soit l’un des héros tombe amoureux (Moi, Moche et Méchant 2), soit la famille s’agrandit (Moi, Moche et Méchant 3). Résultat, les scénaristes se retrouvent avec de plus en plus de personnages, et une impossibilité croissante de tous les traiter de manière intéressante. Le public, lui, n’en a cure : le film devrait probablement dépasser le milliard de dollars de recettes…

Alain BIELIK, Juillet 2017
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 26 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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