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Predictions

Le cinéaste visionnaire de Dark City et de I, Robot nous revient avec un film catastrophe au scénario angoissant et aux images époustouflantes. Des effets visuels signés Animal Logic, avec une pincée de Buf Compagnie pour le « clou » du spectacle…

Alex Proyas a toujours été un cinéaste féru de technologie et d’effets visuels. Des immeubles métamorphes de Dark City jusqu’aux robots 3D hyperréalistes de I, Robot, ses films regorgent d’images étonnantes et baignent dans une ambiance particulière. Avec Prédictions, il va encore plus loin et reconstitue plusieurs catastrophes avec un degré de détail jamais atteint dans ce type de scène auparavant.
Ces catastrophes, à l’amplitude croissante, interviennent dans le cadre d’une histoire particulièrement astucieuse. Tout commence en 1958, lorsqu’un groupe d’écoliers est invité à décrire sur papier leur vision de l’avenir. Le résultat de ces cogitations est inséré dans une capsule qui reste scellée pendant un demi-siècle. De nos jours, une autre génération d’écoliers ouvre la capsule et se répartit les messages. L’un d’eux est confié au fils d’un astrophysicien, John Koestler (Nicolas Cage). Il ne présente qu’une série incompréhensible de chiffres. Mais Koestler découvre la solution de l’énigme : ces chiffres sont l’énumération inexplicable de toutes les grandes catastrophes des cinquante dernières années, avec l’endroit, la date et le nombre de victimes. Plus effrayant encore, il ne reste plus que trois catastrophes annoncées, dont l’une semble concerner la planète entière…
On le voit, le genre éco-thriller a encore de beaux jours devant lui. Après Le Jour d’Après, Phénomènes ou encore Le Jour où la Terre s’arrêta, Prédictions nous propose une nouvelle version de fin du monde possible, avec une fois encore un personnage qui tente d’empêcher l’inéluctable. Pour visualiser ces désastres avec un réalisme inégalé, Alex Proyas, Australien, a fait confiance à Animal Logic, firme australienne de réputation mondiale. “Lorsque nous sommes arrivés sur le projet, il y avait environ 200 plans prévus au programme, avec sept mois de postproduction,” raconte Andrew Jackson, superviseur des effets visuels. “Alex avait une idée très précise de la façon dont les effets devaient s’intégrer dans le film. Il voulait que l’action soit montrée comme si quelqu’un s’était trouvé sur place, avec une caméra, au moment où les événements s’étaient produits. Cela excluait tout mouvement de caméra un peu « branché », comme les effets de zoom stratosphérique ou les ralentis extrêmes qu’on voit de plus en plus. La caméra devait sembler être tenue à la main, de façon un peu hésitante, comme si le caméraman avait essayé de suivre l’action du mieux qu’il avait pu. Dans ces plans à effets, il ne fallait pas de mouvement de caméra parfait, y compris pour les scènes dans l’espace. Même là, nous devions imiter ce qu’il était possible de faire avec une vraie caméra dans de telles conditions.”
L’équipe d’Animal Logic a bénéficié d’un tournage avec la toute nouvelle caméra numérique RED. “L’un des avantages est que vous pouvez tourner, tourner, et tourner sans vous inquiéter de la quantité de pellicule que vous utilisez, ni de la fin toute proche de la bobine. Ensuite, en postproduction, vous pouvez accéder à tout ce qui a été filmé. Sur une production normale, vous devez choisir ce dont vous avez besoin et demander à ce que les prises en question soient scannées. À chaque fois, il faut justifier pourquoi vous en avez besoin car ces scans ont un coût. Avec des fichiers numériques, vous avez tout à votre disposition. C’est une liberté incroyable. Vous n’avez pas à hésiter entre la prise 7 et la prise 9, vous prenez toutes les prises ! Ça ne coûte rien. Enfin, à partir du moment où vous avez effectué un archivage correct des fichiers, vous pouvez accéder directement à telle ou telle prise dont vous avez besoin. Pas besoin de fouiller dans des bobines…”

Prédictions : le crash de l'avion

Le crash de l'avion sur l'autoroute
L’un des gros morceaux d’Animal Logic sur ce film concernait le crash d’un Boeing 747. Ce type d’accident a déjà souvent été présenté au cinéma, mais cette fois, Alex Proyas voulait dynamiser l’action par un plan séquence à la complexité redoutable. On assiste d’abord au crash de l’appareil à travers une autoroute et dans un champ, puis dans la continuité, on suit le héros qui se précipite sur les lieux de l’accident. Un plan unique de 3196 images
“C’était un sacré défi,” confirme Jackson. “Nous sommes partis d’une première prise où la caméra effectuait un grand panoramique pour suivre la trajectoire de l’avion en perdition. D’abord, il a fallu effacer les grues à partir desquelles le plateau était arrosé de fausse pluie. Ensuite, nous avons reconstitué le décor dans l’ordinateur. Alex voulait être en mesure de modifier le mouvement de caméra. Aussi, le paysage a été recréé sous la forme d’un matte-painting, tandis que les différents éléments de premier plan étaient extraits de l’image et projetés sur des cartes 3D. Cela nous permettait de déplacer la caméra, tout en conservant l’effet de perspective sur la scène. Ensuite, nous avons intégré l’avion 3D dans ce décor reconstitué. Tout de suite après le crash, on fait une transition éclair avec une prise de Nicolas Cage, lequel se met à courir vers le site du crash, suivi par la caméra. Il s’agissait cette fois d’un autre décor sur lequel l’équipe de décoration avait installé une fausse carlingue en flammes et des centaines de débris. Nous avons « intensifié » la scène en intégrant des explosions, de la fumée, et des flammes supplémentaires, et en ajoutant des morceaux de carlingue dans le décor. Comme Alex trouvait que le plan n’était pas encore assez long, il nous a demandé d’ajouter un panoramique rapide sur une autre partie, virtuelle celle-là, du décor. Pendant quelques secondes, la caméra quitte donc Nicolas Cage pour cadrer un autre morceau de carlingue en train d’exploser un peu plus loin, puis on revient sur l’image réelle avec l’acteur…”
Pour réaliser ce plan d’anthologie, Animal Logic a utilisé plusieurs logiciels du commerce : PF Track, Equalizer et Boujou pour le tracking et le matchmoving, Maya pour tout le travail 3D, RenderMan pour le rendu et Nuke pour le compositing. Le modèle de l’avion était prédécoupé pour se briser de façon naturelle lors de l’impact. “L’accident a été animé en poses clés pour les pièces principales – ailes, queue, sections de carlingue – et en simulation dynamique pour les éléments secondaires (débris de petite taille). Le fait de travailler en poses clés nous permettait de contrôler très précisément la façon dont l’avion se désintégrait. Les animateurs se sont basés sur diverses vidéos de référence trouvées sur Internet. C’est incroyable de voir à quel point des sites tels que YouTube sont devenus des sources d’information précieuse pour nous. Même alors, il nous a bien fallu 20 ou 30 versions différentes du crash avant de trouver un mouvement qui semble absolument naturel. L’explosion finale a été réalisée à l’aide du moteur de simulation de fluides de Maya. Étant donné l’échelle de l’événement, la simulation devait être réalisée à une résolution extrêmement élevée, ce qui a poussé nos processeurs dans leurs derniers retranchements !”

Le  métro déraille
Malgré la difficulté du plan, le crash de l’avion avait l’avantage de ne pas faire intervenir de personnages humains directement dans l’action. Quelque part, cela rendait le plan un tout petit peu moins complexe. Ce n’était pas le cas pour l’autre grand tour de force du film, l’accident d’une rame de métro qui s’emballe, déraille et traverse le quai d’une station bondée, tout en éventrant une autre rame à quai ! Cette fois, le défi était d’un tout autre ordre. Il fallait intégrer une rame 3D dans de multiples plans faisant intervenir des centaines de figurants et une grande quantité d’effets pyrotechniques.
“Pour que la scène ait un impact maximum, l’action a été filmée avec autant d’effets réels que possible,” explique Jackson. “Il y avait des projections de débris, de la fumée, de la poussière, des étincelles, des luminaires qui éclataient, des cascadeurs projetés en l’air par des câbles, etc., tout ceci synchronisé avec l’avancée supposée du train. Les plans étaient tellement riches en effets mécaniques qu’une fois la séquence montée, on pouvait presque « voir » le train qui avançait dans le décor. Bien entendu, tous ces effets ont rendu notre tâche extrêmement compliquée car il fallait intégrer le train 3D derrière eux, mais ils donnaient à la scène un réalisme extraordinaire. C’est bien simple, même sans le train, la séquence montée était déjà impressionnante !”
Pour commencer, Animal Logic intègre dans les plans le train 3D sommaire qui avait été utilisé pour prévisualiser la scène. Cela permet de caler définitivement le mouvement et le timing de la rame. Une fois cette maquette approuvée, l’équipe passe à l’animation définitive. Le train est modélisé en cinq versions différentes, chacune présentant un niveau de dommage différent. Au fil de la scène, les modèles les plus endommagés remplaçaient progressivement les versions précédentes, de sorte qu’il n’était pas nécessaire d’animer ces destructions sur la rame elle-même.
Afin de rendre la scène la plus réaliste possible, Andrew Jackson filme des effets réels additionnels qui sont ajoutés dans l’image : “En particulier, nous avons filmé des piliers et une bordure de quai miniatures en train d’exploser. Ces images ont ensuite été intégrées dans les plans en parfait synchronisme avec la progression du train 3D. Nous avons aussi ajouté beaucoup de cascadeurs projetés de tous côtés par des câbles. Pour finir, une bonne dose de fumée et de poussière a été intégrée dans les plans afin d’unifier les différents éléments en une seule image.”

La fin du monde
À mesure que le film s’approche du dénouement, les catastrophes prennent une échelle planétaire. Déclenché par un phénomène que nous ne révélerons pas ici, un mur de flammes gigantesque déferle en effet sur les villes. “Il s’agissait d’une simulation de fluides extrêmement complexe,” souligne Jackson. “Elle comprenait plusieurs couches, mais toutes étaient guidées par la simulation principale. Pour obtenir une interaction correcte des flammes avec les bâtiments, nous avons filmé New York depuis un hélicoptère, puis nous avons créé des géométries sommaires des principaux immeubles avant d’y projeter les images aériennes.”
Peu de temps avant Noël 2008, alors qu’il ne restait qu’un mois de post-production, Alex Proyas revoit son montage et demande une nouvelle série de plans, notamment pour la séquence du mur de flammes. Déjà, au fil de la postproduction, le nombre de plans n’avait cessé d’augmenter. À ce moment-là, il atteignait plus de 400 plans. Trop pour Animal Logic. La production fait donc appel au superviseur des effets visuels Eric Durst pour coordonner le travail additionnel.
Parmi celui-ci, cinq plans très importants pour la séquence du mur de flammes, une mission confiée aux Français de Buf Compagnie. L’équipe parisienne comprenait Antoine Deschamps, superviseur des effets visuels, Pierre Escande, producteur des effets visuels, et Xavier Bec, responsable du R&D. “Nous devions montrer la progression du mur de flammes entre les bâtiments, ainsi que l’explosion et l’effondrement de ces derniers,” raconte Antoine Deschamps. “Nous avons opté pour une simulation à la fois pour le feu et pour la fumée, mais l’effet était combiné à des prises de vues d’éléments réels afin de donner un côté plus organique au phénomène. La ville a été reconstituée sous la forme d’un ensemble comprenant jusqu’à 600 immeubles. Les bâtiments les plus distants ont été détruits par simulation dynamique, tandis que les gratte-ciel d’avant-plan, et toute leur structure interne, étaient animés à la main pour s’effondrer. Vu l’ampleur de la simulation, nous avons scindé l’action en modules distincts, certains représentant un bloc entier, d’autres un seul immeuble d’avant-plan. Malgré cette précaution, nous sommes tout de même parvenus à des temps de calcul de dix heures par image ! Pour les plans plus serrés sur les rues de la ville, nous avons travaillé en photogrammétrie afin de reconstituer en 3D tous les bâtiments. Dans chacun de nos cinq plans, nous avons complètement re-éclairé la ville en ajoutant des reflets sur les fenêtres et les façades, ce qui donnait une impression visuelle beaucoup plus riche.”
Au final, le mur de flammes apparaît dans une douzaine de plans, sept signés Animal Logic et cinq Buf Compagnie, les uns étant intercalés avec les autres. Une séquence apocalyptique à l’ampleur considérable et à l’impact incontestable. Mission accomplie pour les équipes parisiennes et australiennes… Les spectateurs en ressortent avec une seule pensée : “Heureusement que ce n’est qu’un film”


ALAIN BIELIK – Avril 2009
(Commentaires visuels: Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 18 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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