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Sin City 2

J'ai tué pour elle

Un vrai régal pour les yeux : neuf ans après l’original, Robert Rodriguez porte à l’écran la suite du roman graphique culte de Frank Miller, coréalisateur. Un film porté par quelque 2300 effets visuels signés Prime Focus.

Sin City 2 : J’ai tué pour elle est le plus gros film à effets spéciaux de l’année. Pas moins de 2300 plans sont passés entre les mains du studio Prime Focus World, responsable du projet entier et auteur par ailleurs de la conversion stéréo. Cela correspond à la quasi totalité du film, exception faite de quelques plans d’insert. Pour Prime Focus, ce projet était l’occasion idéale d’entrer dans la cour des grands. D’origine indienne, la société tente depuis plusieurs années de s’établir à Hollywood. Elle avait d’abord essayé de racheter Rhythm & Hues, puis Digital Domain, tous les deux en dépôt de bilan. Sans succès. Mais cet été, le studio a atteint son but en combinant ses forces à celle du géant britannique Double Negative. Une fusion qui a donné naissance au plus grand groupe d’effets visuels de la planète.

Entre temps, Prime Focus a signé tous les effets visuels de ce film de Robert Rodriguez, un projet supervisé par Stefen Fangmeier, ancien vétéran d’ILM (Twister, En pleine tempête). Sin City 2 a tellement passionné les responsables du studio qu’ils ont investi plusieurs millions de dollars dans le projet, devenant de facto coproducteurs. Pour mener à bien un film aussi ambitieux, Prime Focus World a dû embaucher à tout va : une centaine de salariés supplémentaires dans son studio de Vancouver, au Canada, et près de 400 de plus dans son fief historique de Mumbai, en Inde. Au total, plus de 700 personnes travailleront sur le film, un chiffre qu’on a plus l’habitude de mentionner pour ILM ou Weta Digital que pour un petit studio méconnu comme Prime Focus World dont le principal titre de gloire était jusque-là ses conversions 3D de prestige (Star Wars : Episode I, Gravity). C’est dire quelle étape a été franchie ici.

Adpater le look de la BD
Sin City : J’ai tué pour elle a été tourné en numérique à l’aide de caméras stéréoscopiques, mais la postproduction s’est faite en 2D, sur un seul « œil ». Les environnements ont ensuite été recomposés manuellement pour l’autre œil, la conversion ayant été jugée plus économique qu’un second rendu 3D intégral pour chaque image. La totalité du film a été tournée sur fond vert, le plus souvent sans aucun élément de décor. De fait, seule l’image des acteurs a été captée en stéréoscopie, mais Robert Rodriguez tenait à cette approche puriste. Avec James Cameron, il a toujours été l’un des plus fervents supporters du format stéréoscopique. Le cinéaste a d’ailleurs tourné son premier film stéréo dès 2003 (Spy Kids 3D).

Dans chaque plan, la première étape consiste à extraire les comédiens du fond vert, puis à étalonner l’image afin d’obtenir le look monochrome caractéristique de la bande dessinée. La particularité de l’auteur Frank Miller est de travailler en noir et blanc pur, c’est-à-dire sans nuance de gris, l’image étant relevée par quelques touches de couleurs. Sur le papier, le résultat est fascinant, mais à l’écran, un tel contraste s’avère rapidement fatiguant, sans compter que cette stylisation extrême crée une distance avec les personnages.

Il faut donc adapter ce look très épuré pour lui donner un minimum de réalisme, sous peine de voir les spectateurs décrocher. Les graphistes jouent avec les échelles de gris afin de donner aux acteurs le look adéquat, puis ils intègrent la couleur après un énorme travail de rotoscoping : les yeux sont détourés image par image, ou bien les lèvres, ou encore des taches de sang. Autant d’éléments redessinés à la main image par image pour pouvoir être colorisés sans que le reste du cadre ne soit affecté.

Ces touches de couleur sont en général reprises des dessins correspondants tels qu’ils apparaissent dans la B.D. (celle-ci a servi de storyboard sur le plateau). Pour certains plans, Robert Rodriguez a demandé une reproduction exacte de la composition originale : couleurs, placement des acteurs, angle de la caméra, environnement… tout doit être reproduit à l’identique. Pour d’autres, l’équipe bénéficie d’une grande liberté. Côté pipeline, Prime Focus World  travaille sur Nuke pour le compositing, Maya pour le modeling et l’animation, et vRay pour le rendu.

Plus de soixante décors à modéliser entièrement

Une fois que l’élément humain de l’image était « calé », l’équipe passait à l’environnement. Tout a été créé par ordinateur, du sol au plafond, excepté les chaises ou les sièges de voiture sur lesquels les acteurs s’asseyaient. Un volume de modélisation absolument considérable. Le processus s’est déroulé en deux étapes : d’abord la modélisation des éléments principaux (pièces, meubles, portes, mais aussi rues, réverbères, bâtiments, etc.), puis la mise en place de la décoration (accessoires, papier peint, moquette, carrelage, affiches publicitaires, devantures de magasins, etc.).

En la matière, Robert Rodriguez donne carte blanche à son équipe des effets visuels. Stefen Fangmeier devient dès lors une sorte de directeur artistique bis puisque c’est lui qui va choisir les motifs de décoration de la plupart des décors. L’équipe de Mumbai modélise des milliers d’objets et accessoires qui sont archivés dans une base de données, puis récupérés à volonté par l’équipe indienne ou canadienne pour agrémenter un décor. En tout, plus de soixante environnements virtuels seront créés, la plupart en 3D car la caméra devait souvent les cadrer sous plusieurs angles différents. Les autres sont réalisés par projection 2D ½, voire par simple matte painting dans de rares cas.

Par commodité et habitude, les environnements sont réalisés en couleurs, puis les images sont étalonnées afin de se fondre dans l’imagerie noir et blanc de Frank Miller. Dans de nombreux plans, Robert Rodriguez demande à ce que la couleur soit conservée sur certains éléments spécifiques, comme un néon publicitaire, par exemple.

L’étape la plus délicate est celle du compositing final, lorsque les différentes couches d’image sont assemblées et que l’équipe doit juger du bien fondé de ses choix. Certains plans sont traités de manière très stylisée, avec un noir et blanc brut de décoffrage et une image bidimensionnelle. Ils constituent une exception. D’autres sont beaucoup plus réalistes, sans toutefois atteindre le « vrai » photoréalisme : si le rendu est absolument réaliste, le côté stylisé des décors devient trop artificiel. L’équipe doit travailler au jugé, plan par plan, et trouver le bon équilibre entre naturel et stylisation.

VFX mondialisés : la spécialisation du travail entre Vancouver et Mumbai
Malgré l’ampleur du travail, Prime Focus World ne bénéficie que de huit mois de postproduction pour traiter les 2300 plans à effets visuels – ET pour réaliser la conversion stéréo. Afin d’y parvenir, les responsables misent sur la complémentarité des deux sites de production : une équipe travaille pendant que l’autre est au repos, et quand la seconde arrive au bureau, les plans ont été mis à jour et sont disponibles pour la suite du travail. Un flux de production mondialisé qui tirait également profit du domaine d’expertise de chacun. Aux Indiens la modélisation en grande série, le détourage fastidieux, le compositing basique ; aux Canadiens, les animations complexes (poursuite en voiture), les effets visuels 3D (pluie, explosions, impacts, etc.), les plans les plus ambitieux (mouvements de caméra…). Un partage des tâches redoutablement efficace qui a permis au « petit » Prime Focus World de livrer des images dignes des plus grands de la profession. Son association avec Double Negative devrait faire des étincelles…

ALAIN BIELIK, Septembre 2014
(Commentaires visuels: Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 23 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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