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Spectre

James Bond

Record d’effets visuels pour la nouvelle aventure de l’agent 007, mais des effets pour la plupart indétectables à l’écran.

Pas facile de prendre la suite de Skyfall, le plus gros succès de l’histoire de la longue saga bondienne. Pour relever ce défi, le réalisateur Sam Mendes a repris quasiment toute son équipe de Skyfall, à commencer par le superviseur des effets visuels Steve Begg, un vétéran de la saga : “Lorsque les producteurs m’ont appelé en juillet 2014, j’étais encore sur Kingsman, j’ai fini ce projet en même temps que je démarrais Spectre. Autrement dit, j’ai travaillé simultanément sur un film-hommage aux James Bond et sur un vrai James Bond !”

Spectre comporte plus de 1500 plans à effets visuels, un record absolu pour la saga. Le nombre de plans truqués a d’ailleurs augmenté de manière considérable d’un film à l’autre ces dernières années : le total a quasiment été multiplié par quatre en quatre films ! Mais ce qui caractérise les James Bond, c’est la volonté de privilégier les effets spéciaux indétectables. Personne ne sortira du film en ayant eu l’impression d’avoir vu « un film à effets spéciaux ».

La fée numérique est mise ici au service de l’action réelle et le spectateur est bien en peine de repérer les plans en question. “Pour vous donner un exemple, la poursuite en voiture à Rome a été tournée dans des rues qui étaient parfois assez anonymes,” précise Begg. “Or, Sam Mendes voulait toujours rappeler qu’on se trouvait à Rome. Aussi, nous avons ajouté à l’arrière-plan de nombreux dômes d’église pour créer une ambiance vraiment romaine. Ces églises existaient réellement… mais pas à cet endroit ! C’est le genre même d’effet que personne ne remarque à l’écran. Autre exemple, la scène finale à Londres a été filmée en été, mais Sam voulait une ambiance hivernale. Aussi, tous les arbres verts qu’on voyait à l’arrière-plan ont été remplacés par des arbres nus, un effet très discret signé Double Negative.”

Deadline intenable
La date de sortie ayant été programmée avant même le début du tournage, l’équipe de Steve Begg s’est retrouvée sous une pression colossale lorsque les prises de vues ont débordé de deux semaines le planning initial. “Pour Skyfall, nous avions eu seize semaines de postproduction. Pour Spectre, douze semaines seulement étaient prévues, ce qui consistait déjà un énorme défi en soi, mais avec le retard pris par le tournage, nous n’avons eu au final que dix minuscules semaines – pour boucler 1500 plans ! Du coup, cette postproduction a été la plus intense et la plus folle de toute ma carrière.” Cinq studios se sont partagés les effets visuels : ILM, Double Negative, MPC, Cinesite et Peerless. À ce groupe est venu s’ajouter Framestore qui a signé le très sophistiqué générique.

ILM a été chargé du plan le plus difficile, à savoir le spectaculaire plan-séquence qui ouvre le film. La caméra démarre au milieu du Carnaval des Morts à Mexico et s’arrête sur James Bond, affublé d’un masque, et d’une jolie fille. Elle les suit tous les deux dans un hôtel, puis à l’intérieur de l’ascenseur, puis dans leur chambre, avant de suivre Bond à l’extérieur sur le balcon, puis sur le bord d’un toit avant de plonger vers la fenêtre sur laquelle 007 pointe son arme de l’autre côté de la rue. Un plan ahurissant tourné au milieu de milliers de figurants et sans coupure visible…

“Lorsque j’ai découvert ce plan dans le scénario, j’ai tout de suite songé à Birdman,” explique Steve Begg. “J’ai appelé l’équipe qui avait réalisé ces effets visuels, afin de savoir comment ils avaient abordé le problème. En réalité, il y a six plans différents qui se succèdent et ILM a réalisé des transitions invisibles pour créer l’illusion d’un plan continu. La première transition s’effectue lorsque la caméra s’arrête sur une affiche, la seconde lorsque des résidents de l’hôtel passent devant la caméra, la troisième lorsque la caméra passe de la fille à Bond dans la chambre, etc.

La première prise a été filmée dans les vraies rues de Mexico, avec 1500 figurants autour de Daniel Craig. ILM a ajouté plusieurs milliers de figurants animés en 3D à l’arrière-plan. Pour ce faire, ils ont photographié les personnages en costume et effectué une session de motion capture. En postproduction, ces plans ont été largement retravaillés car on voyait certains figurants regarder droit dans la caméra. Dans ces cas-là, on leur ajoutait un masque 3D sur le visage ! On voyait aussi des figurants se précipiter pour apparaître plusieurs fois à l’image, à des endroits différents… Ceux-là, on intervertissait leur visage avec celui d’un autre, ou bien on modifiait leur costume, juste pour créer l’illusion d’une personne différente.”

Jongler d’un décor à l’autre : de Mexico  à Pinewood (Angleterre)

Lorsque Bond et la fille entrent dans l’hôtel, il s’agit en réalité d’un établissement situé à un autre endroit de Mexico. Et lorsqu’ils pénètrent dans leur chambre, celle-ci est un décor de studio à Pinewood en Angleterre, avec la vue sur Mexico incrustée derrière les fenêtres. Ensuite, Bond sort sur le balcon et avance le long du toit, un plan réalisé au Mexique avec des figurants réels complétés par une foule animée en 3D. De son côté, Daniel Craig était assuré par un câble qui a été effacé de l’image. Enfin, Bond s’arrête face à une façade tandis que la caméra lui passe par-dessus l’épaule : c’est à ce moment-là que l’action repasse du Mexique… à Pinewood, la façade et la section de toit étant un décor de studio. Aucun motion control n’a été utilisé, toutes les transitions reposaient sur le savoir-faire du caméraman (qui arrivait à reproduire le même mouvement de caméra) et celui d’ILM qui reprojetait le décor original pour assurer le passage d’un plan à l’autre.”

Le tir de Bond fait exploser une bombe (un effet réel) qui entraîne l’effondrement de la façade (une simulation dynamique). Lorsque le sol s’écroule sous 007, il s’agit d’un effet mécanique à partir d’un faux plancher monté sur vérins. ILM a ajouté le bâtiment en train de s’effondrer tout autour, puis remplacé le visage du cascadeur par celui de Daniel Craig. Plusieurs scènes dans le film ont d’ailleurs nécessité des remplacements de visage : “Si la caméra bouge, on procède à un remplacement par une tête 100% réalisée en 3D. Pendant la préparation du film, nous avons scanné la tête de Daniel Craig, et pris des dizaines de photos pour les textures. Ça nous a permis de créer une réplique très réaliste de son visage. Par contre, lorsque la caméra était plus ou moins statique sur le cascadeur, on filmait Daniel sur fond vert en studio avec la même lumière que dans le plan original, puis sa tête était extraite de cette prise pour remplacer celle de sa doublure.”

Bataille à bord d’un hélicoptère au-dessus de Mexico avec ILM
La séquence se poursuit avec une formidable série d’acrobaties aériennes réalisées à partir d’un hélicoptère au-dessus de la place centrale de Mexico, noire de monde. En réalité, par mesure de sécurité, les acrobaties de l’engin ont été filmées sur un aéroport à l’extérieur de Mexico. “Tout ce que l’hélicoptère fait dans le film est réel, même le tonneau,” précise Begg. “Notre intervention a consisté à changer l’arrière-plan pour placer l’action au-dessus de Mexico, et aussi à ajouter dans certains plans les deux personnages en train de se battre à l’arrière de l’appareil. Au final, la séquence se compose de trois types de plans : un vrai hélicoptère avec un décor et une foule entièrement créés en 3D, un vrai hélicoptère au-dessus de la place vide sur laquelle ILM a intégré des milliers de figurants, et un vrai hélicoptère au-dessus de la place remplie de monde.” Un véritable puzzle qui s’est traduit par une séquence d’ouverture que les aficionados considèrent déjà comme l’une des meilleures de la saga.

Avion contre voitures dans la neige par MPC
L’enquête conduit Bond dans les Alpes autrichiennes où il se retrouve à essayer de stopper un convoi de trois 4x4 à partir… d’un avion de tourisme ! Pour couper la route à ses adversaires, Bond atterrit dans la neige entre deux rangées étroites d’arbres, ce qui provoque l’arrachement des ailes. L’atterrissage a été réalisé par MPC (responsable de toute la séquence) à partir d’une réplique 3D de l’avion. En revanche, l’éclatement des ailes est un effet mécanique tout ce qu’il y a de réel, avec un avion tiré par des câbles à travers la forêt de sapins.

Tournage: l'avion sans ailes piloté par James Bond déboule en bas de piste

La poursuite continue avec l’avion glissant sur la neige derrière les voitures. L’appareil est là un fuselage authentique monté sur une motoneige qui assure le déplacement. MPC a ajouté les hélices en rotation, les flammes et la fumée s’échappant des moteurs, ainsi que la neige projetée par le passage de l’engin. La dernière touche a consisté à retravailler le paysage pour maintenir une continuité visuelle sur la neige. Comme le tournage de la poursuite s’est étalé sur une période de six semaines, le degré d’enneigement du site variait d’un jour à l’autre, ce qui se voyait nettement dans le montage final. Aussi, MPC a rectifié le problème à l’aide de matte-paintings du paysage enneigé, et en rajoutant de la neige sur les sapins là où il fallait.

Le désert marocain avec ILM
Contraste oblige, l’action passe sans transition des neiges alpines au désert marocain où Bond découvre le quartier général de son adversaire. Seule une toute petite portion du complexe industriel a été construite au Maroc.  Le reste – bâtiments, clôture, végétation, bassin, parois du cratère – a été ajouté par ILM, un effet bluffant de réalisme à l’écran. La suite s’est avérée encore plus bluffante puisque la destruction du complexe, par les bons soins de 007, a donné lieu à la plus grande explosion jamais filmée – un exploit authentifié par le Livre Guinness des Records. Plus de 8000 litres de kérosène sont partis en fumée dans une série de déflagrations qui ont embrasé progressivement le sable du désert et le petit bout de décor.

“En postproduction, ILM a réussi à intégrer ces explosions au milieu des bâtiments 3D du complexe,” commente Begg. “Autrement dit, les flammes sont authentiques, mais les structures qui s’embrasent sont des modèles 3D. Ce qui rend la scène si forte sur le plan dramatique, c’est le fait qu’elle a été filmée en plan statique continu avec les deux acteurs au premier plan. Par sécurité, j’avais aussi filmé les acteurs face au décor vide, sans explosion, ce qui m’aurait permis de les combiner avec une animation 3D si jamais l’effet réel n’avait pas fonctionné.”

Climax sur la Tamise avec Double Negative

Les différents protagonistes se retrouvent à Londres pour la grande confrontation finale, laquelle débute dans l’immeuble désaffecté du MI6, les services secrets britanniques. Dans Skyfall, le bâtiment avait été en partie détruit par un attentat. Dans Spectre, il devait s’effondrer par démolition contrôlée – avec Bond coincé à l’intérieur, bien sûr. “J’ai d’abord essayé d’obtenir l’effet à l’aide d’une miniature, mais ce n’était pas assez convaincant. J’ai donc confié le plan à Double Negative pour qu’ils réalisent la démolition à l’aide d’une simulation dynamique basée sur l’effondrement de la maquette. Malgré sa durée de trois secondes seulement, le plan était si compliqué que Dneg avait des temps de rendu de deux à trois jours. Du coup, et à cause de nos délais si serrés, nous n’avons eu le temps de réaliser que très peu d’itérations, il a fallu que la simulation fonctionne quasiment du premier coup !”

La séquence enchaîne sur une poursuite qui se solde par l’écrasement d’un hélicoptère sur le pont de Westminster au pied de Big Ben. Comme il était impossible de bloquer le pont pour le nombre de jours nécessaires au tournage, la séquence a été filmée à Pinewood Studios dans un décor représentant l’édifice sur 90 mètres de long. Conformément à la tradition bondienne, le crash a été réalisé à partir d’une vraie carlingue projetée sur la chaussée par un rail aérien. “Depuis que Daniel Craig est James Bond, les cascades, crashes et autres accidents sont toujours basés sur des images réelles. C’est la nouvelle marque de fabrique de la saga, un retour aux sources, et Sam tenait à ce qu’on tourne le maximum avec des éléments réels. En postproduction, Double Negative a ajouté les rotors sur l’engin, puis intégré le panorama londonien autour du décor, ainsi que les reflets de ce panorama sur la chaussée humide. Le cordon de police à chaque extrémité du pont était une prise de vues enregistrée sur le lieu réel de l’action.”

Après deux ans ininterrompus consacrés aux services secrets de Sa Majesté, d’abord sur Kingsman, puis sur Spectre, Steve Begg n’aspire plus qu’à des vacances bien méritées. “Nous avons travaillé sur le film jusqu’à la toute dernière minute, notamment la séquence finale qui n’a pas arrêté de changer au cours du projet. À l’origine, le méchant Blofeld devait finir le film avec une blessure horrible au visage, suite à l’explosion du site marocain : Sam voulait qu’il ait un œil manquant… Christoph Waltz a été filmé avec un maquillage pour la balafre et quelques trackers sur le visage. Ensuite, Double Negative a effacé son œil droit pour le remplacer par une orbite vide créée en 3D. Mais l’effet était si horrible, si dérangeant, que nous l’avons tous trouvé insupportable à regarder ! Du coup, il a fallu le remplacer à la dernière minute par un effet d’animation sur un œil aveugle – encore un trucage très subtil que personne ne semble remarquer…”

Alain BIELIK, Novembre 2015
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 24 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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