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Terminator Genisys

Retour à la case départ pour ce cinquième volet avec une histoire alternative et deux Schwarzenegger qui s’affrontent!

Il y a 31 ans, en 1984, James Cameron créait la sensation avec un film qui allait imposer l’un des personnages les plus emblématiques du cinéma : le Terminator, un robot indestructible à visage humain. C’est lui-même qui avait conçu le look désormais iconique du cyborg, un endosquelette chromé surmonté d’un effrayant crâne mécanique. En 1991, Cameron récidivait avec le film qui allait révolutionner les effets spéciaux, Terminator 2. En imaginant un robot métamorphe, le T-1000, le réalisateur faisait accomplir un bond de géant aux images de synthèse et donnait naissance au premier vrai personnage animé par ordinateur.

Deux autres suites ont vu le jour, en 2003 et Terminator Renaissance en 2009, mais aucune n’a eu l’impact du diptyque de James Cameron. Il faut dire aussi que le cinéaste ne s’est pas du tout impliqué dans ces deux projets, ce qui explique peut-être cela. Autant dire que les fans attendaient avec perplexité ce Terminator Genisys, craignant une nouvelle resucée des originaux. Mais les auteurs ont pris tout le monde par surprise en faisant basculer l’histoire dans une nouvelle ligne temporelle. Les personnages évoluent dans un univers parallèle où les événements des films précédents ne se seraient jamais produits. Une idée audacieuse qui permet à la saga de repartir sur de nouvelles bases.

Ce basculement temporel donne lieu à une scène surréaliste qui reproduit l’arrivée du Terminator en 1984 dans le film original. Au moment où le cyborg s’apprête à agresser un groupe de marginaux, il est arrêté par un autre robot, au physique identique mais vieilli. Il s’agit d’un autre Terminator qui a été envoyé bien plus loin dans le passé pour protéger Sarah Connor dès sa petite enfance : un « gardien ». Connaissant la date et le lieu d’arrivée du robot tueur, le gardien attend celui-ci pour l’éliminer avant qu’il ait pu accomplir sa mission.

Arnold contre Arnold
La scène fait intervenir deux versions d’Arnold Schwarzenegger : la version 1984 avec un acteur âgé de 36 ans, et la version 2015 avec le même âgé de 67 ans. Pour des raisons évidentes, il était impossible que Schwarzenegger puisse tenir le rôle du Terminator « jeune ». Aucun maquillage, ni retouche numérique ne peuvent faire passer un homme de 67 ans pour son équivalent de 36 ans. La seule solution consistait à créer le personnage en images de synthèse. Une mission à hauts risques dévolue à MPC.

Pour modéliser l’acteur, MPC a bénéficié d’un coup de chance inespéré : l’équipe des maquillages avait conservé un moulage de la tête de Schwarzenegger qui datait du film de 1984. Ce moulage « vintage » a été scanné en 3D, ce qui a donné la géométrie exacte du comédien âgé de 36 ans. Ensuite, MPC a peaufiné la sculpture 3D dans zBrush en se basant sur des dizaines de photos et de vidéos de l’époque. La sculpture a été réalisée sur une base musculaire et osseuse anatomiquement correcte.

L’un des plus grands défis a consisté à faire « parler » le personnage. À cet effet, MPC a développé un rig construit autour de la structure musculaire du visage de l’acteur. La simulation de peau a été complétée par des retouches manuelles afin de s’approcher au pixel près des images du film original. Pour l’animation, MPC a bénéficié de la collaboration de l’acteur : filmé avec le système de capture MOVA, Schwarzenegger a vu ses expressions-clés enregistrées en 3D sous forme de FACS. Ces données ont ensuite subi un re-targeting pour s’adapter à son visage jeune, avant d’être combinées aux blend shapes du rig facial.

Le travail sur les textures de peau a aussi bénéficié des dernières avancées en ray tracing de RenderMan. Des échantillons de vraie peau photographiés en macrophotographie ont également été utilisés. Enfin, pas moins de treize systèmes de poils différents sont combinés sur le personnage 3D : cheveux, poils, duvet, sourcils, etc. Des simulations réalisées au sein du logiciel maison, Furtility.

Robots puissances 1000 et 3000
Le Terminator n’est pas le seul à revenir dans ce film, on retrouve aussi le T-1000 de Terminator 2. Le studio Double Negative s’est chargé de réaliser les effets de transformation. Depuis 1991, les simulations de fluides ont accompli des progrès inimaginables. À l’époque, ILM avait dû se contenter de morphing entre formes prédéfinies. Pour Terminator Genisys, Dneg a pu utiliser les logiciels de dernière génération, parfois même en stoppant les simulations à mi-parcours lorsque la forme intermédiaire était intéressante.

L’une des particularités du personnage, c’est le caractère très réfléchissant de son corps métallique. Pour créer ces reflets, l’équipe de Dneg a filmé chaque environnement à partir d’une caméra Red 6K équipée d’une focale fisheye. Ces images ont ensuite été projetées à 360° autour du cyborg 3D de façon à se réfléchir naturellement sur le corps.

La grande nouveauté du film, c’est le robot T-3000, un cyborg constitué de nanoparticules et donc, capable de changer de forme avec une fluidité bien plus grande. Dneg s’en est également chargé. Afin de différencier ce robot des autres, l’équipe l’a équipé d’une « peau » en perpétuel mouvement, comme un battement de cœur. À cet effet, c’est un simulateur… de poils qui a été utilisé.

Les simulations ont été réalisées dans Houdini à partir d’un système de 500 millions de poils environ. Les premiers tests de rendu se sont soldés par des temps de calcul de vingt heures par image… Impossible à gérer sur un aussi grand nombre de plans. Double Negative a dû simplifier l’approche pour obtenir des temps de rendu plus raisonnables.

Jugement Dernier : San Francisco pulvérisé
De son côté, Industrial Light and Magic, cheville ouvrière des trois films précédents, n’a pas été en reste. Le studio était responsable de la séquence d’ouverture dans laquelle on assiste au bombardement nucléaire de San Francisco. Dans Terminator 2, c’était Los Angeles qui avait été détruite de cette manière – chacun son tour. L’équipe est partie de prises de vues réalisées à différents endroits de la ville. Chaque site de tournage a été scanné à 360° au LIDAR Faro afin que les géométries puissent être récupérées pour constituer une sphère 3D réplique de l’environnement. Ensuite, des centaines de photographies en HDR du site ont été  reprojetées sur les géométries correspondantes. Au final, chaque quartier a été reconstitué en 3D avec toutes les textures originales. Ensuite, des piétons virtuels ont été ajoutés sur les trottoirs, des voitures sur la chaussée, des oiseaux dans le ciel, etc.

Au moment de l’explosion, chaque bâtiment a été remplacé par une série de simulations dynamiques reproduisant les différents phénomènes : vaporisation des peintures et des piétons, éclatement des vitres, projection du béton, torsion du métal, vol plané des véhicules, etc. L’explosion nucléaire a été réalisée dans Plume, la suite logicielle dynamique d’ILM, tandis que les destructions ont été générées par un mélange de Plume et de Houdini.

La séquence s’achève par un tsunami qui détruit le pont Golden Gate – lequel avait déjà subi le même sort il y a quatre semaines dans San Andreas… La scène a fait intervenir simulations de fluides (pour la vague) et simulations dynamiques (pour le pont). Ces simulations se sont avérées tellement imbriquées les unes dans les autres qu’ILM a changé sa manière de procéder. Au lieu de réaliser chaque simulation indépendamment l’une de l’autre, puis de les combiner au compositing, l’ensemble a été réalisé sous la forme d’une gigantesque simulation globale qui faisait intervenir tous les éléments en une seule passe dans V-Ray. L’équipe a calculé que le plan mettait en scène près d’un milliard de polygones…

Malgré cette débauche de technologie et de nouveautés, le public n’a pas répondu avec le même enthousiasme que pour les opus précédents. Cela dit, le film sera largement rentable au final, ce qui justifie la décision de Paramount de mettre en chantier deux autres suites. C’est que le compteur tourne : en 2019, les droits reviendront automatiquement au créateur de la saga, James Cameron…

Alain BIELIK, Juillet 2015
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 23 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.

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