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Zarafa

Un road-movie graphique avec pour vedette l'Afrique.

Célébrer l'Afrique au travers des aventures d'un petit Africain: le propos rappelle inévitablement les  Kirikou de Michel Ocelot. Mais les parti-pris de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie ne vont pas exactement dans la même direction. Alors que Michel Ocelot réalise des contes africains, dans des décors de rêve, comme inspirés du douanier Rousseau, Rémi Bezançon opte pour le réalisme, aussi bien sur le plan graphique que sur celui de l'histoire inspirée d'un fait réel: la venue de la première girafe à Paris en 1830. Le résultat est visuellement superbe, avec un voyage qui nous mène des paysages d'Afrique équatoriale au Paris de l'époque, en passant par le désert et les palais d'Egypte. Les enfants s'identifieront volontiers au jeune héros Maki qui essaie désespérément de ramener la girafe Zarafa chez elle.

Mais là où Michel Ocelot prône la fraternité entre Europe et Afrique (cf Azur et Asmar), Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie insistent sur la seule culpabilité de façon manichéenne. Dans Zarafa, tous les Français (à l'exception du seul Malaterre, le montgolfiériste) sont lâches, bêtes ou méchants, voire les trois à la fois. L'esclavagiste Moreno ou le roi Charles X évidemment, mais aussi les Parisiens eux-mêmes,  qui dans le film n'expriment aucun sentiment positif pour les héros qui finalement repartiront vers le sud. Par contre, tous les Africains ou Méditerranéens sont des personnages positifs, amoureux de la vie, à l'instar de leur continent. Dommage, un peu plus de subtilité n'aurait pas nui au propos...

La genèse du projet

Rémi Bezançon portait ce projet en lui depuis 2001 et en vait déjà écrit le scénario. Après le succès de son film Le premier jour du reste de ta vie en 2008, il a repris cette idée de « film d'animation, comme un livre d'images qu'on feuillette ». Valérie Schermann, productrice chez Prima Linea Productions, a été emballée et lui a fait rencontrer Jean-Christophe Lie, un réalisateur rompu à l’art de l’animation afin de mener le projet à deux.
Rémi Bezançon: « Jean-Christophe et moi avons commencé notre boulot de réalisateurs en juillet 2009. Le premier jour a été consacré au story-board. Ça nous a pris six mois. Le storyboard correspond au film tel qu’il sera monté. C’est très précis. C’est plus qu’un outil de réflexion : c’est la construction du film en entier. Toute la mise en scène est dedans. Techniquement, à partir du scénario, je dessinais les personnages comme des patates et Jean-Christophe revoyait mes idées de plans. Le story-board a été complètement réalisé à quatre mains. En le faisant, on s’est rendu compte que le film reposait énormément sur la relation entre Hassan et Maki, le petit esclave.
Jean-Christophe Lie: « La colorisation du story-board a également été fondamentale pour se faire une idée de ce qui allait se passer avant de se lancer dans la création des décors. Pour les scènes de désert par exemple, on a tout de suite décrété qu’il n’y aurait pas de nuages pour donner une sensation de vide. Le minimalisme était de rigueur. »

Style visuel et personnages
Rémi Bezançon : « En termes d’esthétique générale, on voulait une première partie qui se passe en Afrique, sur la Méditerranée puis à Marseille, donc très colorée,très ensoleillée, avec des couleurs vives, un ciel bleu. Pour la seconde partie, l’arrivée à Paris, on souhaitait une tonalité beaucoup plus sombre, plombée, dure et sans ombre ; qui rappelle les descriptions de Victor Hugo ou de Dickens au XIXe siècle et qui soit en accord avec le propos du film : une girafe enfermée dans un zoo. On souhaitait que les personnages de la cour de Charles X soient très colorés, limite criards et que le peuple derrière soit dans des tons beaucoup plus neutres. Il y a une petite influence Chomet avec lequel  Jean-Christophe a travaillé et un côté Miyazaki pour tout ce qui touche aux enfants. Le roi Charles X pourrait figurer dans un film de Sylvain Chomet car il est plus dans la caricature alors que Maki ou Hassan sont plus empreints de l’univers d’Hayao Miyazaki. »
Jean-Christophe Lie : « Je n’envisageais pas de raconter cette histoire, qui mêle humour et drame, autrement que de manière réaliste. J’ai voulu donner une image sauvage et rebelle à Maki en lui dessinant des cheveux hirsutes. Mais c’est difficile de garder ces détails à l’étape de l’animation. Pour autant, certains personnages sont traités de façon plus caricaturale. C’est le cas de Charles X, qui passe pour un roi peu intelligent, et de sa Cour. On a créé un effet de miroir burlesque entre eux et la girafe enfermée derrière ses grilles, afin de se demander qui sont les animaux dans les scènes parisiennes du film.
Ce film a été entièrement fait à quatre mains. C’est moi qui ai effectué le travail de recherche des personnages. Je les ai créés et faits évoluer au fur et à mesure du storyboard. Cela est assez rare. Pendant ce temps, Rémi définissait certains cadres, créait les magnifiques ellipses, réfléchissait au placement de gros plans, recherchait de la documentation »
Laurent Kircher, animateur: « Début septembre 2009, Jean-Christophe Lie m’a expliqué qu’il envisageait de construire les personnages à partir de formes géométriques très simples qui s’emboîtent afin de pouvoir les animer assez facilement dans l’espace. Dès lors, on a mis en place des croquis appelés «turn around». Il s’agit d’une planche représentant  chaque personnage sous quatre vues différentes : de profil, de face, de trois-quarts et de dos. Cela a permis de préparer le terrain et de faciliter la tâche des animateurs qui rejoindraient le film. Ensuite, Jean- Christophe Lie m’a demandé de designer les personnages des pirates, sachant que tous les autres l’avaient déjà été par ses soins et Bolhem Bouchiba, un autre animateur. Je suis parti dans mon imaginaire en m'inspirant de gravures d’époque datant de 1830. »

La fabrication du film
Malgré le choix d'une animation 2D traditionnelle, Zarafa a été un film cher à réaliser, en particulier parce qu'on ne réutilise pas les mêmes décors tout au long de l'histoire. De plus, ni le CNC ni la région Ile-de-France n'ont contribué à son budget de 8,6M€ malgré le choix de « localiser »  un maximum de travail dans les studios de Prima Linea à Paris, Angoulême et Bruxelles. Au final 70% de l'animation a été réalisée sur place, le reste (intervalles, personnages secondaires, plus la colorisation) a été confié à sept studios en Lettonie, Chine et Philippines. Avec les galères qu'on peut imaginer pour faire respecter qualité et délais de livraison; le studio philippin en particulier semble avoir beaucoup déçu les réalisateurs...
Les dessins originaux étaient envoyés par FedEx aux studios sous-traitants, Jean-Christophe Lie estimant que le dessin papier était plus facile à traiter pour les intervallistes qu'un scan où il faut recaler les dessins les uns par rapport aux autres. Adeline Bonacchi, assistante réalisatrice, récupérait ensuite les fichiers de personnages colorisés à Angoulême ou se faisait le compositing des scènes.

Animation, Layout et décors
Yoshimichi Tamura, directeur d’animation: « J’ai commencé à superviser les animateurs dès avril 2010. Pour l’équipe française, il a été possible d’attribuer certains personnages principaux suivant les affinités artistiques des animateurs; certains sont plus cartoons, d’autres préfèrent animer des personnages féminins ou des animaux. Ces derniers ont été pratiquement tous réalisés par deux animateurs : une Australienne, qui a notamment donné un côté très féminin à Zarafa, et un Irlandais, dont la patte plus cartoon a su croquer la personnalité très antagoniste du chien de garde de Moreno. Quant à Zarafa, il fallait respecter la morphologie et la mouvance d’une girafe, analyser comment animer quatre pattes et un long cou, déterminer les éléments qui devaient bouger par rapport à son squelette. Le héros Maki, lui aussi était complexe. C’est un gamin, c’est aussi un esclave et ildoit penser comme un Africain, pas comme un Européen,même s’il parle français. Tous ces éléments influaient sur sa mouvance, sur son langage corporel. »
Jean-Luc Serrano, chef layout: « L’équipe layout, qui a assuré la mise en place et au propre de chaque plan, a commencé avec trois personnes fin avril 2010 puis s’est étoffée. Au plus fort de l’activité nous avons été neuf. Pour quatre d’entre eux, fraîchement sortis de l’école Piveault de Nantes, il s’agissait de leur premier travail salarié ! En tant que superviseur,ma tâche consistait à préparer les 1195 plans du film séquence par séquence. Cette étape s’appelle le «workbook». Elle consiste à adapter le story-board aux techniques d’animation. Côté décors, le désert a été facile à traiter mais le bateau de la pirate Bouboulina a été bien plus ardu. C’est incroyable ce qu’il y a comme cordages sur un bateau! En termes de temps de travail, certaines séquences du film ne durent qu’une douzaine de plans mais demandent la même énergie que celles qui comptent cinquante ou soixante-dix plans. C’est le cas du Jardin des Plantes, un décor complexe comparé au désert. »
Igor David, chef des décors: « La fabrication des décors s’est faite dans le studio de Prima Linea Productions implanté à Angoulême. Une équipe de 6 décorateurs a travaillé pendant 7 mois environ sous ma responsabilité. Il fallait respecter la «réalité» historique pour bien ancrer le récit dans le XIXème siècle. Par ailleurs, j’ai adoré travailler sur le Paris de la fin des années 1820. J’ai cherché à reconstituer l’ambiance si particulière qui y régnait. J’ai eu envie de faire un vrai travail sur la lumière et la profondeur de champ au cours de mes 14 mois de travail sur Zarafa. Chaque lieu, chaque action et chaque  rebondissement imposent une manière de traiter la lumière et la profondeur de champ. Le traitement de la lumière donne une épaisseur au décor qui devient un personnage à part entière. Le temps de travail dévolu à une séquence pouvait osciller entre une semaine et deux mois. Tout dépendait de la complexité de la scène. On a parfois eu quelques hésitations et fait quelques découvertes aussi dans le travail des textures des décors. Elles sont réalisées sur papier, scannées puis intégrées à l’image. Donc, pour avoir le rendu attendu et optimal, j’ai dû multiplier les essais. »

Le mot de la fin par Rémi Bezançon:

«Un film d'animation, c'est encore plus un travail collectif qu'un film "live". Sinon, c'est selon moi le même métier: on met des plans bout à bout pour raconter une histoire. D'ailleurs, on voit de plus en plus de passages, d'aller-retours entre les deux. Je ne suis pas une exception: Brad Bird est récemment passé de l'animation (un Oscar avec Ratatouille) au live (Mission Impossible 4), et Andrew Stanton (oscarisé avec Wall-E) suit cette année avec John Carter (ndlr: sortie en mars 2012)»

Paul Schmitt, février 2012

Galeries à voir sur les mêmes sujets:

Films auxquels Jean-Christophe Lie a participé:

>> Peur du Noir

>> Nocturna, la nuit magique

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