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Mission Impossible 5: Rogue Nation

Tom Cruise repousse une fois de plus les limites des cascades physiques avec des effets visuels plus discrets que jamais.

La campagne de publicité du film aux États-Unis ne s’y est pas trompée. Première question : « Pourquoi les cascades du film ont l’air tellement vrai ? ». Réponse : « Parce qu’elles le sont ! ». De fait, la saga Mission Impossible a imposé un concept unique que les spectateurs ont à présent bien assimilé : les cascades sont réelles, et c’est bien Tom Cruise qui les exécute. Il est d’ailleurs le seul à le faire parmi les stars de son envergure. Cet engagement physique constitue désormais sa marque de fabrique, bien établie depuis sa cascade à plusieurs centaines de mètres de hauteur à l'extérieur de la tour Burj Khalifa à Dubaï dans Mission Impossible 4: Protocole Fantôme.

Avec Tom Cruise, le spectateur sait qu’il n’aura pas de cascades réalisées par ordinateur, ni de fond vert systématique. Ce qu’on voit à l’écran est vrai, même si des effets visuels interviennent en postproduction sur l’environnement : effacer les câbles qui assurent l’acteur, prolonger la hauteur de tel endroit, resserrer l’espace entre deux éléments, etc. Du fait de la discrétion des effets visuels, ces scènes d’action acquièrent une authenticité remarquable, quasiment unique dans le genre.

Mission Impossible: Rogue Nation perpétue cette tradition avec pas moins de 1200 effets visuels au programme. Un chiffre digne d’un Star Wars, mais le spectateur sera bien en peine de les repérer à l’écran… La majeure partie du travail a été réalisée par Double Negative à Londres sous la supervision de David Vickery (Fast & Furious 6).

Tom Cruise s’accroche à un avion
Dans la scène d’ouverture, Ethan Hunt (Tom Cruise) saute sur l’aile d’un avion cargo militaire A400M, mais il ne réussit pas à entrer dans l’appareil avant son décollage. Il se retrouve alors accroché par ses seules mains au fuselage tandis que l’avion s’élève dans les airs. Là où toute autre production aurait réalisé la scène sur fond vert, l’action été filmée avec le vrai Tom Cruise sur un véritable avion en vol… Une première dans le genre. Pour commencer, une structure en acier a été soudée dans l’appareil face à la porte. Deux sangles ont été attachées sur ce support et fixées, de l’autre côté de la porte, sur le harnais que Cruise portait sous son costume. Elles n’étaient là qu’à titre de sécurité. L’acteur se tenait vraiment à mains nues afin de renforcer le réalisme de la scène.

En postproduction, Double Negative a effacé les sangles de sécurité, puis modifié le tracé des pistes pour les faire correspondre à l’action qui avait précédé. Le studio a également ajouté le hangar au toit végétalisé à partir duquel Ethan Hunt est supposé sauter sur l’Airbus. Cette scène avait été filmée quelques semaines plus tôt, non pas sur un toit, mais sur un coin de pelouse dans le studio. Tom Cruise a ensuite été extrait de l’image, puis intégré sur le toit d’un hangar créé en 3D par Double Negative. Ce hangar a ensuite été incrusté dans un plan du vrai Airbus en train de manœuvrer vers les pistes, de sorte que le bord du toit se retrouvait en surplomb de l’aile pendant quelques secondes.

La séquence se termine par l’éjection brutale d’Ethan Hunt de l’avion en vol. L’acteur a été filmé en studio, propulsé en arrière par un câble fixé sur un harnais. Ensuite, le décor de la soute a été intégré autour de lui dans un effet caractéristique de l’esprit de la saga : la cascade physique est réelle, mais l’endroit où elle survient a été changé en postproduction.

Tom Cruise en plongée
Comme si la séquence du passager clandestin n’était pas suffisante, Tom Cruise s’est lancé dans un autre défi personnel tout aussi physique : tourner la séquence sous-marine d’apnée la plus longue jamais filmée. L’action intervient dans une scène qui fait partie des figures obligées de la saga : l’infiltration à hauts risques d’un local ultrasécurisé. Cette fois, il s’agit de placer une carte informatique dans un terminal robotisé immergé. Pour l’équipe, le souci n’était pas tant que l’acteur parvienne à tourner cette séquence très physique, mais que le plongeur-caméraman réussisse à le cadrer en continu.

La solution a consisté à filmer la cascade avec la nouvelle caméra numérique Alexa 65 qui capte au format 70mm. Comme l’image enregistrée est beaucoup plus grande que le format classique, Tom Cruise pouvait être filmé en plan très large, donc sans risque de « décadrage » accidentel, puis recadré de façon plus dynamique en postproduction en fonction de l’action. La résolution (6,5K) était telle que l’équipe pouvait zoomer jusqu’à presque 300% avant d’arriver au 2K, la résolution cinéma standard.

L’action a été tournée pendant plusieurs jours, puis Double Negative a effectué des transitions invisibles d’une prise à l’autre pour allonger encore le temps d’immersion à l’écran. Le bras robotisé a été ajouté en animation 3D, le choc sur le personnage étant réalisé à l’aide d’un câble qui tirait Tom Cruise violemment en arrière.

Courses poursuites à moto et en voitures
Autre scène choc du film, la course poursuite à moto BMW S1000RR qui oppose Ethan Hunt à plusieurs motards armés. On y voit le personnage slalomer à 150 km/h entre les autres véhicules. Là encore, c’est bien Tom Cruise, sans casque, qui rase les voitures et les camions de quelques centimètres. Le secret : l’action a été filmée sur une route quasiment déserte et la plupart des voitures ont été ajoutées sur son chemin… De fait, Double Negative a réalisé des dizaines de véhicules en animation 3D, puis les a intégrés dans les plans en synchronisant leur trajectoire avec celle de la moto du héros.

En revanche, la poursuite en voitures avec la BMW M3 a été réalisée quasiment sans effets visuels. Dans la scène où la voiture fait plusieurs tours sur elle-même en dérapant dans une ruelle, l’action était une fois de plus authentique : la BMW était montée sur un support mécanique mobile qui la faisait pivoter. Le dispositif a ensuite été effacé de l’image, le bas de la voiture remplacé pour sembler toucher le sol, et les motos et leur conducteur ajoutés en animation 3D ou bien filmés séparément. Même le saut vertigineux en marche arrière est réel : Dneg a simplement ajouté la structure au travers de laquelle la voiture jaillit.

La seule cascade mécanique purement virtuelle du film a été l’accident final dont la BMW est victime. L’équipe n’a tout simplement pas réussi à obtenir sur le tournage autant de tonneaux que le réalisateur le souhaitait. L’effet a donc été créé en 3D par Double Negative à l’aide d’un mélange d’animation key frame et de simulations dynamiques.

Danger à l’opéra
Clou dramatique du film, la séquence de l’opéra de Vienne est l’exemple type des effets visuels « invisibles » portés à leur plus haut niveau de perfection : impossible à l’écran de s’apercevoir que la plupart des plans résultent de l’assemblage complexe de plusieurs prises de vues différentes. Pour commencer, la grande salle du vrai opéra a été filmée – vide – par Double Negative à l’aide de plusieurs caméras équipées de focales fish-eye. Ceci permettait d’obtenir une image à 360° de l’environnement vierge. Ensuite, un groupe de 50 figurants a été filmé successivement dans tous les sièges de la salle à partir de huit caméras différentes. Ces prises de vues du public ont ensuite été assemblées sur ordinateur pour obtenir une salle pleine à l’écran, quel que soit l’angle de caméra. De son côté, la représentation sur scène a été filmée à Londres dans un décor de studio qui reproduisait la scène et les coulisses jusqu’à 20 mètres de haut. Ces images ont ensuite été combinées avec celles du public pour créer l’illusion d’un seul et même espace.

Plébiscite général
Une fois encore, le public a largement répondu présent à ce cinquième épisode, assurant la prolongation de la saga pour au moins un autre opus. De son côté, la critique a salué un film d’action original dont la force est de miser sur les images réelles plutôt que sur les extravagances virtuelles qui semblent être devenues la règle dans le genre. Une sorte d’anti Fast & Furious qui s’avère diablement rafraîchissant.

Alain BIELIK, août 2015
(Commentaires visuels : Paul Schmitt)
Spécialiste des effets spéciaux, Alain Bielik est le fondateur et rédacteur en chef de la revue S.F.X, bimestriel de référence publié depuis 24 ans. Il collabore également à plusieurs publications américaines, notamment sur Internet.


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