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Pollen

Un superbe film Disneynature servi par une technique de pointe.

Les films de nature regorgent évidemment de beauté plastique : c’est leur raison d’être, même si leurs réalisateurs travaillent aussi l’histoire et le scénario. Et pour concilier les deux, face à des sujets/acteurs (animaux et plantes) difficiles à filmer, il faut utiliser le meilleur de la technique disponible. Voire innover en inventant de nouveaux dispositifs. Pollen ne fait pas exception à la règle.

L’idée est venue en 2005 au réalisateur Louie Schwartzberg de faire un film sur les fleurs, le rôle si important qu’elles ont joué dans l’évolution de notre planète, leur diversité et leur astuce à attirer les pollinisateurs pour se reproduire. Un schéma menacé par le Syndrome d’effondrement des colonies qui frappe les abeilles depuis quelques années et qui a motivé encore plus Louie Schwartzberg pour faire son film : « Par un heureux hasard, la création de Disneynature et le développement du film se sont faits en même temps. J’ai fait une bande-annonce avec de nombreux ralentis que j’ai filmés moi-même, et je leur ai montré sur un écran de cinéma. Deux semaines plus tard, les contrats étaient signés. » Pollen  est ainsi le deuxième film produit par le label Disneynature. Créé en 2008 et dirigé par Jean-François Camilleri, Disneynature est un label de production des studios Walt Disney basé à Paris, qui a pour vocation de produire chaque année un grand film sur les merveilles de la nature. A ce titre, Disneynature a également distribué les remarquables Océans (Jacques Perrin, 2010) et Un jour sur Terre (Alastair Fogerhill, 2009).

« L’histoire de Pollen est beaucoup plus travaillée que celle d’autres documentaires, explique Louie Schwartzberg, car nous ne faisons pas qu’observer le comportement animalier. Nous essayons vraiment de raconter une histoire sur les relations et les interdépendances plante-animal. » Le tournage s’est déroulé en 2008 et 2009 en Amérique du Nord, depuis la jungle au Panama et au Costa Rica jusqu’aux prairies et champs du Midwest, en passant par le désert mexicain.

Ralentis et accélérés
Filmer dans la nature les plantes et les pollinisateurs est une entreprise très compliquée qui demande de la patience, de l’adresse, et d’être au bon endroit au bon moment. Si la plupart des films sont tournés en 24 images par seconde, filmer les plantes et les pollinisateurs demande souvent d’accélérer ou de ralentir le temps en modifiant le nombre d’images par seconde. Techniquement, la floraison d’une fleur se tourne en accéléré, pour montrer en quelques secondes le déroulement d’un évènement qui a peut-être duré toute une journée. Pour des pollinisateurs comme les abeilles, les chauves-souris et les colibris qui ne restent qu’un instant fugace au-dessus des fleurs, le procédé est inversé pour montrer au ralenti une action qui a peut-être duré quelques dixièmes de secondes. Le tournage a nécessité l’utilisation de plusieurs caméras (parfois cinq en même temps) capables de filmer en  accéléré  et au ralenti.

Un colibri filmé à 1000 images par seconde

Pour les pollinisateurs les plus rapides, deux caméras numériques à grande vitesse ont été utilisées, une Red One et une Phantom HD (qui a été conçue par l’armée américaine) capable de restituer 1 500 images par seconde. Les abeilles en train de polliniser les fleurs de tomates par exemple ont été filmés à 1000 images par seconde. Idem pour les colibris qui peuvent effectuer jusqu’à 90 battements d’ailes par seconde : leurs mouvements sont ainsi ralentis 40 fois par la caméra pour montrer ces battements d’ailes.
L’utilisation de caméras numériques présentait un double avantage : non seulement le caméraman voyait immédiatement ce qu’il venait de filmer mais en plus, il pouvait tourner en continu, sauvegardant sur une carte mémoire les instants enregistrés de l’activité des pollinisateurs.

Filmer de loin… ou de très près
Pour filmer au Panama les alentours d’une cascade de 25 mètres de haut appelée El Macho, Keith Brust installait chaque matin deux caméras numériques SLR à grande vitesse. Fixées sur des rails, elles glissaient silencieusement sur le sol de la forêt comme des robots miniatures, offrant à Louie Schwartzberg des plans de toute beauté. Une deuxième équipe dirigée par le caméraman WL Jackson a fourni des images aériennes du « point de vue »des pollinisateurs, correspondant à ce que peuvent voir les oiseaux et les abeilles lorsqu’ils volent vers une fleur. Sanglé dans un harnais et manipulant une caméra enchâssée dans un gyroscope, Jackson passait ses journées à glisser du haut de la canopée, suspendu à un câble d’un centimètre de diamètre.
Et pour filmer les abeilles à l’intérieur de la ruche ? « J’utilise les mêmes cadres alvéolés amovibles que dans une ruche d’apiculteur. Je les place dans une boîte spéciale avec des portes en verre qui me permettent de filmer les abeilles comme si j’étais dans la ruche » explique le directeur de la photographie Keith Brust.
Les innovations et modifications du matériel existant apportées par Keith Brust comprennent l’utilisation d’un « objectif sténopé » composé d’un objectif macro derrière un objectif grand angle « fisheye ». Ceci permet au caméraman de filmer un insecte à quelques millimètres de distance tout en ayant une image nette de l’arrière plan avec une vue grand angle et de la profondeur de champ. Selon Keith Brust, « déplacer l’objectif sténopé sur la surface d’une feuille crée un effet semblable à celui d’une image filmée depuis un avion qui survole un champ.»

Quelques VFX quand même
Pour certaines scènes difficilement filmables, Louie Schwartzberg a eu recours aux VFX, avec le concours du studio londonien  Cinesite. La séquence de fertilisation des tomates par exemple, où on voit les grains de pollen tomber du pistil jusque dans les ovaires et se transformer en graines était impossible à filmer : elle a été reconstituée par Cinesite, mais en faisant comme si c’était une sonde endoscopique qui filmait, avec une distorsion aux bords de l’image, et en rajoutant du bruit à l’image pour qu’elle n’ait pas l’air trop propre.
Le logiciel de gestion de foules Massive, développé originellement pour le Seigneur des Anneaux, a été utilisé pour certaine vues aériennes des papillons monarques volant au-dessus du Midwest. Là, Cinesite a dupliqué des images photo des papillons, ce ne sont donc pas des modèles 3D.

Le mot de la fin ? « Avec Pollen, nous souhaitons sensibiliser le public sur la protection des pollinisateurs. Nous espérons qu’ils tomberont amoureux de cette relation merveilleuse et auront envie de la protéger. » On ne saurait mieux dire que Louie Schwartzberg.

Paul Schmitt, mars 2011

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