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Till et LĂ©opold Rabus

Rigueur et fermeté

Les œuvres de Till et Léopold Rabus - frères suisses originaires de Neuchâtel - se dressent comme une évidence entre un humour grinçant et un portrait acide de la société occidentale. Comparables aux représentations photoréalistes d’Edward Hopper, pour l’un, et aux corps démembrés et suppliciés de Bacon pour l’autre, leurs toiles malmènent méthodiquement la peinture, laissant transparaître des influences fondamentales tel que Goya ou même Ingres. Découverts à l’occasion de la Fiac 2005, les œuvres de ces deux artistes surprennent tant par leur interpellation directe et injonctive que par la maîtrise nouvelle de la technique picturale. Présentés aux Collections de Saint-Cyprien, les frères Rabus s’offrent enfin aux yeux du spectateur, laissant présager un succès incontournable.


Bien que les frères Rabus ne soient pas siamois, il leur semble difficile de s’imaginer faire cavalier seul, même s’ils ne travaillent pas à quatre mains. En effet, c’est véritablement une entreprise familiale que forment ces deux artistes peintres, laissant libre court à leurs imaginaires respectifs dans le même atelier. Till et Léopold, deux personnalités bien distinctes mais reliées par la même volonté de faire grincer les dents du pathétique politiquement correct.
Le premier, sorte de descendant spirituel de Chuck Close place le réel comme arrière-plan de ses compositions, sur lesquelles viennent s’appliquer les faces drolatiques et décalées des héros de cartoon américain. Sortes de « copier-coller » empruntant les codes du Pop art de Roy Lichtenstein, les compositions de Till Rabus font douter celui qui les regarde, laissant une impression étrange, propre à la fois au rire et aux larmes. L’autre versant de son œuvre fait appel aux photographies anonymes. Ainsi glane-t-il les clichés vacanciers de ceux qui acceptent de livrer leur image sur l’immensité qu’est Internet. Réinvesties, détournées ces photographies deviennent celles du peintre, qu’il métamorphose cyniquement en de vigoureuses satires. Les clichés étant bien souvent ceux de populations occidentales, parties à l’assaut de contrées lointaines plus pauvres qu’exotiques la plupart du temps, Till Rabus instaure un décalage dénonciateur, en affublant le visage des touristes des codes ethniques du peuple visité, comme dans Carol et moi (2005).
De l’autre côté de l’exposition, Léopold invite le spectateur à s’enfoncer dans les méandres d’un monde truffé de références irréelles, visibles dans les travaux de Jérôme Bosch, lui aussi tendrement torturé. Les cheveux lissés, attachés, de petites figures féminines s’imposent au premier regard, rappelant les beautés peintes par les préraphaélites, que Léopold ne renie aucunement de son panel de références. Accroupies et frêles, ces petites femmes semblent sortir tout droit d’un monde où tout flotte, lévite, sur un fond délibérément nu et blanc. Gisent ça et là, des crânes humains, des insectes virevoltants, des mobiliers bancals dignes d’Alice au Pays des merveilles, qui préservent à chaque toile une autonomie onirique. Egon Schiele semble s’être introduit dans les entrailles de ces corps, tant la teinte de leur chair est violacée et bosselée. Au détour de l’exposition, le visiteur ne serait pas non plus à l’abri de rencontrer Balthus et ses saynètes décadentes, où fesses et jambes rebondissent les unes contre les autres (Ectoplasmes et médiums se serrant la main, 2006). Cependant, Léopold n’oublie pas, comme son acolyte de frère, de glisser au premier ou au second degré, une touche d’humour propre aux Monty Python, qui auraient pu imaginer ces hilarantes effigies de lapins, dont le regard s’apparente à celui des poissons rouges.
Rigueur et fermeté est une excellente surprise qui prouve non seulement que la peinture n’est toujours pas morte, comme bons nombres d’intellectuels et d’artistes aimeraient à le penser, mais surtout que la scène artistique contemporaine continue à donner naissance à des artistes aussi fins analystes de la société que virtuoses du pinceaux.
Vincent Corpet et Marc Desgrandschamps, nouvelles icônes de la peinture contemporaine, n’ont qu’à bien se tenir...

Agathe Hoffmann - 11/2006


Jusqu'au 21 janvier 2007.
Collections de Saint-Cyrpien
Tous les jours, de 10h Ă  12h et de 13h Ă  19h
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