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Camping

la finesse ludique

Le nom est provocateur. Pas de cette provocation gratuite ou d’effet de mode. L’approche de ce duo de jeunes graphistes parisiens est plus fine, à l’image de leur complicité : "Camping évoque un espace abstrait où nous serions libres de nous installer où et comme on le voudrait", explique David Valy. Deux visions, deux tempéraments qui cohabitent avec un nom trait-d’union après quelques années de pratique sous leurs identités respectives. Avant d’ajouter : "Ça serait drôle qu’on nous retrouve sous le nom Camping après nous avoir croisés ailleurs." Drôle, un mot qui revient souvent chez David, moins chez Annelise, sa compagne.

Le discours est pourtant maîtrisé, savamment orchestré. Fraîchement diplômé des Arts Décoratifs de Paris en 2001, David Valy aimait déjà provoquer, étonner, s’exprimer de manière peu conventionnelle, bref communiquer avec les moyens dont il disposait à l’époque : il est à l’origine du petit journal Pochon, livré dans un sac plastique comme son nom l’indique, a joué les producteurs d'affiches "réfléchissantes", imprimées en sérigraphie le jour, collées la nuit même. Par la suite, David a assisté Philippe Apeloig sur la communication du Musée du Louvre. Le temps d'asseoir de solides bases typographiques, de se former à la réalité professionnelle et aux techniques de fabrication, qu’il aime désormais contrôler pour en connaître toutes les étapes. Un virus partagé par Annelise qui a travaillé avec des imprimeurs d'art et au sein d’ateliers de sérigraphie à Paris. On comprend mieux, à la vue de leur book, le travail opéré sur le choix du papier, les formats, la couleur, les reliures. Des jeux de fabrication, qui, en plus de leur travail visuel, sont un peu devenus leur marque de fabrique, sans jamais se répéter à l’identique et en respectant les budgets - même les plus serrés. Souvent la "touche Camping" est elle aussi mise en avant comme le fait d’avoir recours aux badges, aux couleurs fluo, aux tons directs, aux pliages enfantins de vieux objets publicitaires archivés dans des boîtes avec amour : David collectionne les Marabouts Flash, "Ces véritables petites bibles pour apprendre, en bichromie baveuse, la vie sous tous ses aspects les plus techniques" et Annelise collectionne "Les jeux de memory compliqués et les emporte pièces pour gâteaux impossibles".
En pratique, Camping raconte des histoires très simples pour servir des concepts qui, eux, peuvent être complexes comme l’identité graphique de la galerie Anne Sophie Duval, grande dame de l'antiquité Paris rive-gauche, basée sur le quadrillage enfantin d'un petit carnet de note. D’autres plus ludiques, mais non moins élaborées, comme la création du catalogue de l'exposition Archipeinture, élaboré sous la forme d'un jeu de cartes à assembler en châteaux aléatoires (et hommage au couple Eames) : des histoires de papier et de formes, sentimentales, vêtues de couleurs fraîches, volontiers excentriques... Le duo est aussi à l’origine des vitrines et de l’habillage des cinq étages des Galeries Lafayette Maison avec des insectes et animaux géants (une fourmi de dix-huit mètres...) greffés aux objets et meubles du magasin)
"J’avoue que, de temps en temps, les imprimeurs nous prennent pour des ovnis", reconnaît David. Mais depuis leurs débuts, les membres de Camping travaillent en étroite et amicale collaboration avec quelques-uns pour qui aiment à partager leurs envies d'encres. Leurs clients semblent séduits par l’originalité et la justesse de leur réponse. Car derrière ce jeu se cache une exigence : réflexion et qualité d’impression (le duo travaille avec l'imprimeur digital Franck Bordas dont ils ont signé l’identité visuelle du nouveau studio numérique, rue Louise Weiss).
Le duo semble tout faire pour ne pas donner une image snob de la profession. Pourtant, et ce n’est pas incompatible, depuis quatre ans, David et Annelise ont travaillé avec quelques-unes des plus importantes institutions culturelles, comme la Maison Européenne de la Photographie pour laquelle ils ont conçu les programmes n°26,27,28 et 29, pour le Tram (Le réseau d’art contemporain Paris/Ile-de-France), ou encore pour leur ancienne école - l’Ensad - pour qui ils ont imaginé, en 2004, la maquette du tome 1 de L'Histoire de l'Ensad (avec une couverture-poster façon moleskine !). Camping compte aussi parmi ses clients la maison de disques Barclay, qui leur a confié la communication de l’album hommage Monsieur Gainsbourg revisited.
Quel que soit le secteur, la relation avec leurs clients se déroule sans heurts car basée sur l’échange et le respect des règles, d'un jeu simple d'expériences humaines : "Les coûts, les moyens, les délais… Tout est validé dans les moindres détails", expliquent-ils, soucieux d'éviter la moindre ambiguïté. Et c’est indéniablement lié à l’esprit qui règne dans leur studio-appartement du 14e arrondissement où ils ont planté leur tente, leur premier camp.
En les rencontrant, on se dit que le métier de graphiste est simple, ludique et toujours passionnant. Camping se veut un studio de graphisme avec cette volonté de rester à taille humaine. Attachés à une certaine éthique de travail, ses deux animateurs gardent comme objectifs prioritaires la résolution des problématiques de la forme, du choix esthétique et de la qualité. Leurs réponses sont malignes, volontairement simples et le duo est sympathique : Logos, Pathos et Ethos réunis !

Guillaume Frauly - 10/2006

Camping, 22bis rue Deparcieux, Paris 14e.
                                                                                                                       



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