
La signalétique de Mains d’œuvres est bien faite : on trouve facilement, dans le dédale de couloirs de l’ancien centre sportif de l’entreprise Valeo, le grand studio de deValence, résident du lieu depuis 2002. Normal puisqu’ils en sont les auteurs… N’allez pas voir un regain de nostalgie dans le choix de leur nom, mais une simplicité qui les caractérise. Efficace, mémorisable, mais surtout logique puisqu’ils sont tous deux diplômés des Beaux Arts de Valence. "Monté à Paris" pour un stage au sein du studio Labomatic, Gaël Etienne décroche son premier contrat en 1999 à Magic "Revue Pop Moderne", dont il a signé la direction artistique avec Alex Dimos sous le nom deValence de 2001 à 2005. Ce dernier a choisi de poursuivre son cursus aux Arts Décoratifs de Paris, avec entre autres enseignants Rudi Meyer qui reste un maître à penser pour cet amoureux de la mise en pages. Le studio est officiellement né en octobre 2001 et signe, depuis, essentiellement des travaux d’édition. J’avais l’envie de faire des livres particuliers, explique Alex. Plutôt que d’énumérer leur impressionnante liste de réalisations, des catalogues d’expositions ou livres de Thomas Hirschhorn, Cindy Sherman, au magazine Déclic pour le Palais de la Découverte… ce qui surprend chez deValence, c’est l’incroyable réseau qu’ils sont déjà parvenus à tisser malgré leur jeune âge - Alex a 28 ans et Gaël 32. D'ailleurs, pour mieux introduire leur travail lors de leurs conférences, ils ont conçu un organigramme de leur "communauté de pensée", faite de rencontres plus que d’opportunités. Leur présence au sein de Mains d’œuvres, à Saint-Ouen, loin du microcosme des studios parisiens offre déjà une idée de leur champ d’intervention - l’univers culturel - et de la manière dont ils travaillent. C’est de la proximité avec les musiciens et les artistes qu’ils puisent leurs influences. Quelles influences ? C’est un boulot où tu es censé te nourrir de tout…, sous entendu pas uniquement des compilations sur le design graphique. On découvre tout de même dans leur bibliothèque le magazine britannique Eye ou la revue hollandaise Dot Dot Dot. Amateurs de vieilles polices, du mythique Paul Rand, de bon vin rouge et de New Order, ce duo rivalise petit à petit avec les plus grands et crée souvent la surprise. C’est à eux que l’on doit par exemple le superbe catalogue et la signalétique de l’exposition Dada au Centre Georges Pompidou. Pour cette création, ils ont conçu une police propre au projet, la Dodo Grotesk, réalisée d’après des spécimens du début du XXe siècle. Si plusieurs caractères sont visibles sur leur site, il s’agit de leur premier alphabet véritablement finalisé, avec quatre graisses qui sera prochainement diffusée chez Optimo à l’automne. Ce projet révèle une certaine maturité, à l’image de leur envie de partager leur vision du graphisme, sans frontière, ni famille. Nous n'avons pas l’impression de faire partie d’une communauté de graphistes, avec des revendications… Nous souhaitons faire des rencontres sans forcément passer par les "structures", les "réseaux" et les manifestations habituels…
De cette envie est née F7, association Loi 1901 créée en 2003 avec Véronique Marrier, Amélie Boutry et Aurélie Chaffel. Nous nous sommes toujours demandé comment les graphistes que nous admirions travaillaient avec leurs clients, expliquent-ils. Les trois premières rencontres de F7 n'ont pas consisté en un one man show, mais en une véritable confrontation entre graphiste et clients, le tout animé par un modérateur. Plusieurs rencontres ont déjà eu lieuà Main d’œuvres, au Palais de Tokyo et au Centre Culturel Suisse. Gratuites, très suivies par les étudiants, elles se proposent d’informer pas éduquer le public sur le mode de travail de certains graphistes. Mais les conférences ont se sont également développées sous d’autres formes, permettant ainsi la rencontre entre un graphiste et ses anciens étudiants. Elles aspirent à la découverte, mais ne riment pas avec branchitude, sans tomber dans le jeunisme. Pour preuve, la diversité des invités, de Rick Bas Backer, à Philippe Millot en passant par H5, Rudi Meyer, Optimo, Experimental Jetset, Norm ou encore Stefan Sagmeister. De ces échanges avec quelques grandes figures du design graphique, les deValence ont gardé l'envie de surprendre, de créer sur toutes surfaces, avec des partis pris que l’on essaie de tenir. Leur première carte de visite s’intitulait d'ailleurs "On n’est pas des mecs cools", pour insister sur leur vision du graphisme et décourager les éventuels clients friands de "fraîcheur". À travers leurs créations, ils racontent des histoires pour des partenaires aussi variés que le Palais de Tokyo, Kenzo ou un label de musique bruxellois. Malgré une reconnaissance certaine aujourd’hui, ils ne prétendent pas accéder au titre de DA dont ils identifient mal le contour : ça me manquerait de ne plus faire de mises en pages. Et même quand il s’agit de travailler sur le livre de Cindy Sherman, deValence revendique une certaine liberté. On a choisi de mettre en scène ses photos, sans légende, avec un traitement différent pour chaque série. Si vous souhaitez mieux les connaître, ne manquez pas leur exposition à Valence en octobre prochain. En attendant, n’hésitez pas à demander Design caractériel, leur catalogue de fontes ou à jouer sur Typosaurus Rex, l’application de leur site Web qui permet d’utiliser leurs caractères.
Enfin, si vous souhaitez faire la promotion de deValence tout en disposant d’un carnet de note original, vous pouvez en recevoir un exemplaire gratuitement, sur simple demande, en échange d’un timbre. Vous ferez peut-être partie de cette communauté de pensée qui leur est si chère.