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Massin

Successeur de Pierre Faucheux et de Jacques Darche, tous deux typographes avant-gardistes, Massin joue des lettres et de leurs formes. Dés les années 1950, il donne au livre une vraie valeur d'objet esthétique en expérimentant un graphisme dédié à l'alphabet tout entier. A l'occasion de l'inauguration de son espace d'exposition, l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs présente les travaux phares de ce graphiste, typographe, journaliste et éditeur.

Tout commence en 1948, Massin entre au « Club français du livre », pour y insuffler une nouvelle vision du graphisme éditorial. Considérant le livre dans sa globalité, Massin repense toute la ligne graphique, en réalisant des couvertures où lettres et ponctuation s'affirment à travers un style dynamique à ce jour peu répandu, si ce n'est au sein d'oeuvres de graphistes polonais tels que Roman Cieslewicz. Chez Massin, les bouches hurlent les phrases, celles-ci se déformant sous la pression des lettres. Disproportionnées, tordues, les syllabes se répondent entre elles, apparaissant pour la première fois vivantes, comme ce fut le cas dans les travaux dadaïstes de Raoul Hausmann ou de Kurt Schwitters. Massin ose les aberrations formelles et enchaîne les entorses aux règles sévères de la typographie d'hier. Didones et garaldes s'emboitent les unes dans les autres, à l'image du logotype qu'il réalise pour les Musées de France, où le « m » semble se blottir contre le « f ».
Cette tendre histoire de caractères, d'empattements et de chasse résume ainsi l'oeuvre de Massin.

 

La part de poésie de Massin

Ami et collaborateur de Raymond Queneau, il réalise en 1961 la couverture colorée de Pierrot mon ami, qui témoigne elle aussi d'un style affirmé. Constituées de pointillés assimilables à une trame, les lettres du titre se répétent sur la première de couverture, multicolores et lumineux, à l'image de petites ampoules clignotantes.
La couverture des Fleurs du Mal reflète tout particulièrement la créativité protéïforme de Massin, celui-ci n'hésite pas à grossir et appliquer l'écriture personnelle de Baudelaire, donnant ainsi l'impression au lecteur de détenir entre ses doigts une pièce originale du poète. L'ampleur et la présence accordée aux livres apparaît bien ici comme le principal souci de Massin. Il s'agit pour lui d'offrir bien plus qu'une résistance aux manipulations.

« Soudain le paquet du Club arrive. Je déballe. Je regarde n'importe quel volume. Il forme un bloc solide, un objet de l'âme. » dira Cocteau, en 1950, dans une lettre à Massin. Fasciné dès l'enfance par le pouvoir des lettres, Massin décline infatiguablement les alphabets, qu'il conçoit à partir d'objets incongrus comme des bouches d'incendies au rouge flamboyant équipées de tuyaux noirs qu'il courbe et contraint à rendre signe linguistique.

A l'heure où le graphisme actuel pénètre tous les milieux de la communication, en s'inspirant allégrement des précédentes stylistiques dites rétro ou encore vintage, il serait sage de reconnaître dans l'oeuvre de Massin une véritable contemporanéïté, où se confondent harmonieusement les silhouettes et les lettres.

Agathe Hoffmann - 02/2007
Jusqu'au 7 avril 2007 (fermeture exceptionnelle le 27 mars).
Galerie de l'ENSAD,
Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs

31, rue d'Ulm
Paris 5ème.
Du mardi au samedi, de 14h à 18h. Entrée libre.
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