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Rodrigo Sanchez

"Recherchons un directeur artistique pour concevoir, chaque semaine, la couverture d'un magazine culturel basée sur l'annonce d'un événement : film, expo, spectacle, livre… Le directeur artistique aura carte blanche."

Alléchant non ? Eh bien, si cette annonce n'a jamais paru, le poste, lui, existe bel et bien, et l'heureux bénéficiaire s'appelle Rodrigo Sanchez (photo). Ce madrilène, né en 1965, s'occupe en effet de la direction artistique des suppléments du quotidien El Mundo et en particulier de Metrópoli, le supplément culturel qui paraît chaque vendredi.


Propos recueillis par Thierry Le Boité, dans la foulée de la conférence organisée par Les Rencontres de Lure, le 12 juin 2003 à Paris. (Merci à Nicolas Taffin)

Du journalisme au graphisme

Rodrigo Sanchez a d'abord suivi une formation de journalisme à l'université Complutense de Madrid. C'est là qu'il découvre le graphisme : " Au début, cela ne m'intéressait pas. Le déclic s'est fait avec un professeur qui était le directeur artistique d'un journal de Madrid (ABC) et avec qui j'ai découvert le design de presse. Un jour, un poste s'est libéré dans son journal et il m'a proposé de venir travailler avec lui. Tout en poursuivant mes études, j'écrivais quelques articles pour le journal et j'étais surtout maquettiste."

C'est finalement cette voie qu'il choisit : "L'année suivante, on m'a proposé un poste dans un journal économique (Cinco Dias), en triplant mon salaire.
Là, j'ai commencé à maquetter de manière plus professionnelle et avec plus d'ambition."
Puis, il travaille successivement pour plusieurs revues (Cambio 16, Mercado) et touche un temps au design. En 1990, il a la chance de travailler au journal El Sol dont la nouvelle maquette est conçue par Roger Black et Eduardo Danilo (> voir leur site). "Ces deux designers ont vraiment ouvert de nouvelles portes en Espagne avec une approche tout à fait originale. Ce fut pour moi un tournant et je leur dois beaucoup pour ma formation mentale et intellectuelle. C'est avec eux que j'ai compris ce qu'était vraiment le design graphique. J'ai pris conscience de l'importance de la typographie. Je me suis rendu compte, par exemple, qu'à côté des notions comme la taille d'un titre et le positionnement d'un article, il fallait aussi réfléchir aux rapports de cet article avec le reste de la page et le reste du journal."

En 1992, lorsque El Sol disparait, Rodrigo rejoint le quotidien El Mundo où Carmelo Caderot, le directeur artistique actuel l'a appelé. Rodrigo explique : "Carmelo, contrairement à ce qui s'observait pour les autres journaux, a choisi un design "classique" pour le quotidien mais, par contre, a mis beaucoup l'accent sur les suppléments du journal."
Aujourd'hui, c'est justement de ces suppléments que s'occupe Rodrigo Sanchez. Il a conçu celui destiné aux jeunes La Luna, le supplément style et mode M, les suppléments hebdomadaires Magazine, La Revista, et Metrópoli, le supplément culturel.

Metrópoli

" La première tâche a été de gérer un nom aussi long : Me-tró-po-li. " explique Rodrigo en détachant les syllabes, "Au début, j'ai proposé un titre composé dans une typo égyptienne très fine. Mais, comme cela a été jugé trop différent du reste des publications, nous avons opté pour une version plus grasse et légèrement plus haute. Dans un premier temps, on jouait beaucoup avec les lettres du titre, par exemple, en alternant les couleurs : noir, rouge, noir, rouge…"
Et quelques numéros plus tard… " En fait, le vrai tournant dans le design du magazine s'est produit à l'occasion de la sortie du film Trainspotting. Pour cette couverture, le titre est composé de touches d'un clavier de vieille machine à écrire. Cela nous a plu et nous nous sommes dit qu'il serait intéressant de poursuivre ce jeu graphique à partir du titre de la revue. "

Dans cette aventure, Rodrigo bénéficie du fait qu'il n'y a pas de responsable direct pour Metrópoli au sein de la rédaction. "Nous avons sorti ce numéro sur lequel le titre avait changé de typographie et personne n'a été offusqué. À partir de là, nous avons continué dans cette voie, si bien qu'aujourd'hui nous ne pourrions plus revenir en arrière. La revue est associée à ce partis-pris graphique. D'ailleurs, à plusieurs reprises, il y a eu quelques tentatives de retour à une maquette "classique" mais les lecteurs ont réagi assez fortement. Même si, de temps en temps, nous revenons au titre de base afin de maintenir une continuité et qu'objectivement, dans certains cas, c'est la typo la mieux adaptée. "

En habile tacticien, le directeur artistique s'est donc mis lui-même dans cette position, qu'enviraient bien des professionnels, de devoir vraiment surprendre ses lecteurs chaque semaine : "Il faut produire un objet fort. La couverture du supplément est devenue un spectacle hebdomadaire pour nos lecteurs qui se demandent ce que nous allons faire. "
Aujourd'hui, même si en interne Rodrigo ne fait pas toujours l'unanimité, la situation est "stabilisée". La couverture est un élément indissociable de l'identité de la revue. Et puis, les prix et les récompenses obtenus ici (en Espagne), ou là (aux États-Unis) ont achevé de convaincre les responsables du journal qu'un graphisme original possédait quelques vertus.
(> Voir plus bas le détail des récompenses).


Style

Difficile de caractériser le style de Rodrigo Sanchez dont le credo est justement d'être surtout là où on ne l'attend pas. Il conçoit ses images en faisant appel à une rhétorique qui joue sur tous les registres : l'excès, la rareté, l'oubli ou l'omni-présence, avec un seul objectif : surprendre : " Si on travaille sur une couverture dont le thème est le "point noir", le réflexe est de mettre un point noir sur la couverture. Moi, j'imagine une couverture toute noire, parce que le point a tellement grossi qu'il a envahi toute la page, ou un point si petit qu'on ne le voit pas, ou même pas de point du tout. "

Pour lui l'important est de prendre systématiquement le contre-pied de ce que l'on attendrait par rapport à un sujet. Il aime plus que tout détourner un thème par le trop ou le trop peu. Semaine après semaine, il décline les exercices de style : fait des couvertures "à la manière de", comme par exemple, celle qui reprend la maquette de la revue américaine Wired, se paye une couverture en forme de jeu de l'oie (vraiment jouable), ou d'un labyrinthe que certains lecteurs parcourent consciencieusement avant de l'envoyer à la rédaction.

D'autres fois, c'est sa fille qui est mise à contribution pour un numéro sur le cinéma des enfants. Il aime se donner des principes minimalistes de construction : n'utiliser que des O et des 1. Il revendique, non sans fierté, quelques premières mondiales, une couverture dont le texte est composé en langage des signes. Ou encore se sert de la date du numéro pour en faire le texte de la couverture.
Et puis, il y a tous les jeux purement typographiques que l'on retrouve dans les numéros d'été consacrés aux 100 meilleurs restaurants de Madrid ou aux plus belles excursions autour de la capitale espagnole : " Ce que j'aime par dessus tout, c'est le travail de la lettre : prendre le titre l'allonger, le raccourcir… Je sais que je trouverai toujours une solution, car on peut tout faire avec la typo. "

Méthodes

Concrètement, pour concevoir la couverture de Metrópoli qui sort le vendredi, Rodrigo reçoit le sujet en milieu de semaine pour le numéro de la semaine suivante et doit livrer les éléments le mardi au plus tard. Parfois le sujet de couverture change à la dernière minute et il faut donc fabriquer une nouvelle couverture le lundi. Le travail s'effectue avec Photoshop et Xpress. Parfois, Rodrigo fait appel à un illustrateur ou commande une photographie spécialement pour la couverture. Mais, le plus souvent il se base sur le matériel de promotion existant.

Rodrigo teste son travail auprès de quelques personnes au sein du journal dont, bien sûr, Carmelot, le DA du journal. Il leur soumet toujours plusieurs versions qu'il juge "possible".
Et chaque semaine, le compte à rebours recommence : " Le rythme hebdomadaire me convient bien. Un mensuel obligerait à devenir raffiné mais sûrement au détriment de l'invention. Cette pression hebdomadaire fait partie de l'expérience. Dans l'urgence, on produit sans doute mieux que lorsque l'on dispose de beaucoup de temps. "

Pas d'angoisse de la couverture blanche donc, pas de lassitude non plus. À 38 ans, Rodrigo, qui a décliné plusieurs offres alléchantes pour ne pas renoncer à sa liberté, n'a qu'une ambition professionnelle : continuer chaque semaine à créer une couverture " que ne ferait jamais la concurrence si elle était en train de réaliser la même revue. "

Remerciements

Rodrigo a tenu à exprimer ses remerciements éternels à Carmelo Caderot "por haberme dado la oportunidad de trabajar a su lado, por su cariño, su generosidad y su ejemplo profesional y personal. Y la importancia de poder trabajar en una compañia (Unidad Editorial) que permita a sus trabajadores dar lo mejor de sí mismos, el poder trabajar casi con total libertad y aprovechar al máximo el talento de sus empleados.
"pour m'avoir donné l'occasion de travailler à ses côtés, pour son affection, sa générosité et son exemple professionnel et personnel. Et l'importance de pouvoir travailler dans une société (Unidad Editorial) qui permet à ses employés de donner le meilleur d'eux-mêmes, de travailler presque en totale liberté et de tirer le maximum de leurs talents".

                                                                                                                                                                                                                             



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