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Signes de Biélorussie

L'exposition "Signes de la Biélorussie", qui se tient du 2 au 27 mai 2002 au centre Pompidou à Paris, est consacré aux recherches du graphiste Pascal Colrat (photo ci-dessus) menées en Biélorussie dans le cadre du programme "A la Carte" de l'Association française d'action artistique (AFAA) / ministère des Affaires étrangères.
Michel Wlassikoff, directeur de la revue Signes, est le commissaire du projet. Romain Lacroix a assuré le commissariat pour le Centre Pompidou.

Par Thierry LeBoité

Une expo au centre Beaubourg
Précisons tout d'abord que cette exposition s'inscrit dans la lignée de l'expo de mai 2001 "Signes de la jeune création graphique". En effet, le Département du développement culturel du Centre Pompidou a souhaité créer un rendez-vous annuel consacré à la création graphique contemporaine. Concrètement, il s'agira d'un cycle alternant, d'une année sur l'autre, exposition collective, exposition monographique et présentation des travaux d'étudiants des grandes écoles d'art européennes.

Un témoignage sur un pays méconnu
Pascal Colrat et Michel Wlassikoff (photo ci-contre) se sont rendus en Biélorussie par trois fois (juillet et octobre 2001, janvier 2002) accueillis par l'ambassade de France.

Michel Wlassikoff précise le contexte : "Cette exposition est particulière au sens où elle traite d'un pays très mal connu, la Biélorussie --ancienne république de l'URSS, indépendante depuis 1991--, qui est pour ainsi dire terra incognita et pour lequel se pose la question du visible et de l'invisible. En particulier le problème de la représentation d'un phénomène inouï qui est la contamination due à la catastrophe de Tchernobyl et qui perdure. Quant à l'aspect carcéral de l'environnement urbain, il reflète à la fois la structure soviétique débarrassée de toute chair, l'état d'esprit d'une caste dirigeante liée aux pires affaires du monde et les sentiments d'un peuple échappant de manière improbable à la mondialisation.

"Ni Pascal, ni moi ne connaissions le pays et nous avons découvert cette situation terrible des séquelles de Tchernobyl et du climat politique délétère du pays.
Nous avons dérivé dans Minsk (la capitale) en marchant sans but précis, et rencontré toutes sortes de gens et de situations : maison des Komsomols (jeunesses communistes), musée consacré au plus grand sculpteur soviétique vide de visiteurs mais rempli de fantômes, un restaurant où d'un seul coup a lieu un défilé de mode, une discussion avec un député de l'opposition qui dès 6 h du matin prenait des médicaments pour prévenir les effets du Césium, les enfants contaminés hospitalisés...

"La Biélorussie est un pays où des principes fondamentaux sont bafoués : la liberté d'expression, le droit des personnes.
Ainsi, parmi les images réalisées, certaines le sont en collaboration avec Act Up, Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme et Reporters sans frontières, toutes particulièrement vigilantes à ce qui se passe actuellement en Biélorussie."

Un système photo / graphique
Pascal Colrat a réalisé sur place plus de trois mille photographies. En collaboration avec Michel Wlassikoff, il en a tiré un livre (voir plus bas) et une exposition.
Au Centre Pompidou, les photos sont montrées sous forme d'un "chemin de fer" géant suivant un principe de déroulé livresque. Cela représente 133 mètres d'impression numérique continue (en 7 morceaux) avec les traits de coupe et le nom des fichiers. Cet accrochage volontairement dépouillé se fait l'écho de la mise en page du livre.

Ce qui est proposé peut se définir comme un système graphique fondé d'une part sur des paires d'images qui se répondent l'une l'autre sous la forme de confrontations, de collages, de montages, et d'autre part sur l'ensemble des images qui mettent en place un discours implicite, dénué d'ailleurs de tout pathos.
Michel Wlassikoff explique : "Il s'agit de graphisme au sens où on est dans un entre-deux entre le montage de l'image animée et la photo "pure" ou le dessin. La démarche de Pascal Colrat est celle d'un auteur qui interroge la signification des images et la portée des signes ce qui est l'essence même du graphisme".

Pour Pascal Colrat, ce parti-pris était nécessaire pour tenter de rendre compte d'un pays complexe qui ne peut s'appréhender en une seule lecture : "Les images fonctionnent par confrontation : par exemple une photo de rue avec les balayeurs et en face cette statue de jeune femme aux seins nus et en short moulant.
Les combinaisons sont parfois évidentes comme Staline sur son trône couleur marron et cette photo de balayette de toilettes. Parfois, il y a des combinaisons plus complexes et même plus personnelles, voire poétiques.
Pour résumer, ces combinaisons sont d'ordre politique, symbolique, métaphorique, poétique et j'ai essayé de mixer l'ensemble pour que l'on ait du relief."

Choix techniques
Pascal Colrat a principalement utilisé un Coolpix 990 à 3 mégapixels de Nikon (photo). Cet appareil numérique permet de désaxer la visée et de cadrer sans porter l'appareil à l'oeil, tout cela en fait un outil très discret particulièrement adapté à un pays où la photo est quasiment impossible.
La majorité des photos ont été prises dans des conditions de reportage très léger, à l'insu des autorités. Certains rares portraits posés ont été réalisé dans un "studio" improvisé dans une chambre d'hôtel où les sujets posent devant un drap blanc tendu.
Les photos étaient ensuite récupérées sur un iBook.
Le traitement après la prise de vue se limite, dans certains cas et pour isoler le sujet de son environnement, à un détourage sur Photoshop. [> Sommaire]


A propos du numérique
Pour Pascal Colrat, il y a dans le numérique une zone que l'on ne peut pas contrôler, une "zone merveilleuse pleine de surprises". Pour lui, ce travail aurait été beaucoup plus difficile à mener à bien sans les avantages du numérique : "Cette technique apporte une souplesse, une mobilité et une discrétion incroyable. Il est vrai que cela amène aussi une texture particulière. Philippe Lakits, un ami et graphiste me disait à ce propos : "le pixel, c'est la nouvelle trame". Je trouve cette formule formidablement juste.
Certains graphistes sont véritablement obsédés par la résolution, cela me paraît procéder d'une bêtise incroyable. Je ne comprends pas pourquoi tout devrait être en haute définition, les choses peuvent être en moyenne ou même basse définition. Tant mieux si certains appareils vont jusqu'à 6 millions de pixels, mais dans certains cas, ce qui compte vraiment c'est de faire avant tout des images intelligentes."

Pour un graphisme "éclairant"
Pascal Colrat souhaite élargir le champ d'intervention du graphiste. Il explique : "Il y a eu une génération de graphistes qui était très concernés par le politique et personnellement, j'ai été influencé par tous les membres de Grapus, Pierre Bernard, Alain Le Quernec (affiche ci-contre) (> voir notre dossier/galerie), Gérard Paris-Clavel pour lesquels j'ai beaucoup de respect et qui m'ont "nourri". Il faut probablement trouver de nouvelles façons de pratiquer un graphisme "engagé".
Cela dit, loin de moi l'idée qu'il faille que tous les graphistes s'engagent dans des luttes. Un objet correctement dessiné avec sensibilité va faire naître quelque chose, va éveiller une sensibilité esthétique. Parvenir au beau, au sensible, c'est déjà un acte politique, faire une couverture de livre intelligente c'est déjà formidable. Ce qui compte c'est la générosité qu'il y a dans le geste. Dessiner une chaise, une bouteille d'eau, faire la pochette d'un disque ou une affiche pour un concert, tout cela doit aider à comprendre un peu le monde, bref il faut que cela éclaire. Et l'outil utilisé passe alors au second plan. C'est vraiment le résultat qui compte."

Signes de la Biélorussie : le livre

"Signes de la Biélorussie" est d'abord un livre édité par les Éditions Textuel. Il contient environ deux cents créations originales de Pascal Colrat.
Les textes de Michel Wlassikoff accompagnent les créations de Pascal Colrat dans le cadre de cet ouvrage et également au sein de l'exposition. Ils forment le contrepoint de cette recherche visuelle ; Ils parlent de la Biélorussie, des conséquences de Tchernobyl, mais également des limites du spectacle des images et de l'importance du langage graphique pour révéler la réalité.
Format : 17 x 23 cm, 240 pages. Imprimé sur papier Magno Pearl de Sappi Fine Paper Europe. prix : 39 €

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