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Illustrateur scolaire

Comment être engagé ?

Klut Mouchet, DA des éditions Hatier.D'abord graphiste indépendant, Klut Mouchet travaille ensuite dans un studio d'édition, puis dans la publicité. Après un passage chez Nathan, où il est maquettiste puis responsable des "beaux livres", il assure aujourd'hui, depuis 15 ans, la direction artistique des éditions Hatier. "Je fais beaucoup de propositions, aussi bien pour les maquettes que pour les couvertures. Je suis là pour proposer sans arrêt des solutions qui vont surprendre. Il faut toujours en faire un peu plus, quitte à revenir en arrière. Ce qui est agréable dans cette maison, c'est qu'il y a une forte demande sur le graphisme qui est considéré comme important". © DR

Rappelez-vous. Vous dessiniez des bonhommes dans les marges de vos cahiers d'école, vous coloriiez amoureusement vos cartes de géo. Un peu plus tard, vous détourniez quelques images de vos livres d'histoire et vous transformiez vos manuels de langues en planches de BD… Aujourd'hui, vous êtes professionnel et tout peut recommencer.

Pour les illustrateurs, l'édition est avec la presse, l'une des principales sources de revenus. Si pour la plupart d'entre-nous, édition rime en priorité avec albums de jeunesse, il faut savoir que le secteur scolaire et parascolaire représente un réel débouché pour un illustrateur.

Nous avons demandé à Klut Mouchet, directeur artistique des éditions Hatier de nous expliquer ses attentes et sa vision du métier.
(Hatier est l'une des grosses maisons d'édition scolaire avec Hachette et Nathan. Viennent ensuite Bordas et Magnard).

Thierry Le Boité - mis en ligne août 2004 (propos recueillis en octobre 2003).

 

 

"Les cinq frères chinois", illustration de Laurent Audouin.Légende © DR

Les besoins en illustration scolaire
Le primaire est le secteur le plus demandeur. Il y a un besoin d'illustrations, d'abord pour les manuels de lecture, sorte de petits livrets qui fonctionnent comme les livres jeunesse, pour les ouvrages d'histoire/géo, pour les livres de mathématiques dans lesquels les illustrations servent à mettre en valeur les exercices, "une tâche assez laborieuse, mais une excellente école" précise Klut Mouchet. Il y a aussi les cahiers d'activités en parascolaire.

En collège et lycée, le besoin d'image se fait sentir pour les livres de langues, dans lesquels les inévitables saynètes dialoguées sont présentées sous forme de bandes dessinées sur une page, "toujours avec des personnages et souvent dans un style de ligne claire qui se grave bien ". L'autre grande catégorie, ce sont les couvertures, commandes pour lesquelles l'expression personnelle est plus libre, et qui ne sont pas toujours confiées aux mêmes illustrateurs.

 

"Les Liaisons dangereuses", illustration de Jong Romano et manuel d'espagnol, illustration de François-Xavier de Boissoudy. © DR

Le profil recherché
"Klut Mouchet voit défiler beaucoup d'illustrateurs. La très grande majorité d'entre-eux sont passés par une formation spécialisée : "Ceux qui sortent des Arts Décoratifs de Strasbourg ont reçu une formation en illustration qui est très adaptée à nos besoins : c'est un dessin très concret, avec beaucoup de personnages. À Émile Cohl à Lyon, ils ont beaucoup insisté sur la technique de l'acrylique, ce qui convient bien aux couvertures. Quant à l'ENSAD de Paris, c'est un enseignement plus intellectuel, très ouvert, donc très prometteur, avec un profil d'auteur."

Alors, quelle est la meilleure formation ? Tout dépend de la commande et puis il s'agit avant tout d'une rencontre personnelle, difficile à mettre en équation. Sachez juste que Klut Mouchet avoue ressentir un coup de cœur professionnel, en moyenne, une fois sur vingt…


La commande
Dans l'édition, en général, on ne travaille pas dans l'urgence, les commandes se passent à l'avance "Nous ne sommes pas la presse, on a le temps. Et on se donne la possibilité de recommencer si ça n'est pas satisfaisant. " Klut Mouchet commence par traduire le concept éditorial auprès de l'illustrateur : "Je donne des indications de base, des listes de mots, éventuellement un petit crayonné". Puis, l'illustrateur envoie un crayonné par fax et après le feu vert du directeur artistique, il finalise la commande.


Mais tout n'est pas fini pour autant. Il y a souvent des corrections exigées par l'éditeur. "Il arrive, par exemple, qu'une couverture soit unanimement jugée triste. Dans ce cas, il faut accepter de modifier son travail" explique Klut Mouchet qui assume sans état d'âme ce rôle délicat de correcteur : "Je suis très clair. Je ne dis pas au graphiste : c'est dommage mais on m'a demandé de te dire cela, mais : la maison pense - et je suis d'accord - que cela serait beaucoup mieux si...". Et puis, dans ce cas, l'illustrateur est rémunéré en fonction du travail supplémentaire demandé.

 

"Flocon d'argent", illustration de Bernard Granjean.

Les rémunérations
Justemement, parlons un peu d'argent… Chez Hatier, pour la couverture d'un manuel, le tarif est de 600 à 1 000 euros, pour celle d'un Classique Collège de 300 à 400 euros, même tarif pour une planche de BD simple (6 cases avec des personnages) pour un manuel de langue. Il est clair que tout cela ne conduit pas l'enrichissement rapide. Pour Klut Mouchet le métier, "passionnant au demeurant", reste dur et exige de travailler beaucoup car "Les dessins sont fait un par un. On peut gagner correctement sa vie si on va vite et si on est auteur". Mais ceci est une autre histoire.


Comment faire bonne impression ?

D'abord, motivez-vous. C'est dur mais il y a de l'espoir. Voici pourquoi.
Même si, dans les salons, les éditeurs adoptent volontiers une attitude distante et des mines désabusées face aux illustrateurs désireux de montrer leurs travaux, la vérité c'est "qu'ils meurent d'envie de découvrir de nouveaux talents et d'être surpris" dixit Klut Mouchet.

Le directeur artistique des éditions Hatier reçoit, quant à lui, une personne par jour en moyenne : "Cela représente un réel investissement de temps mais que c'est la seule manière de se renouveler. Pour un travail donné, on a rarement l'illustrateur idéal". D'où l'envie de rencontrer de nouvelles têtes. De plus, les collaborateurs réguliers ne sont pas toujours disponibles et puis, il y a régulièrement des commandes modestes, idéales pour "tester" un nouveau venu…

 

Conseils pour le book
1/ Le talent n'est pas proportionnel à la taille du book et vous ne démarchez pas pour une commande d'affiches… Pour l'édition, le format A3 est suffisant, les dessins se font en général dans ce format.

2/ Que mettre dans son book ? Ce qui est bien (si, si), c'est-à-dire "original, généreux, spontané, riche". L'objectif est de montrer les différentes facettes de son talent, y compris des croquis de nu, des carnets de voyage, voire quelques travaux anciens "que l'on aime bien" et terminer par le genre de commande que l'on souhaiterait recevoir. Cela permet à votre interlocuteur d'appréhender votre parcours personnel.


3/ Conseil de base très important : illustrer des textes très connus (des classiques). Un bon moyen pour juger de l'apport de l'illustrateur.


4/ Pour les personnages, il faut dessiner des séries. Par exemple, des personnages à différents moments de la journée ou dans des attitudes variées. Le but est de montrer que l'on est capable de raconter une histoire et de "tenir un style".


5/ Montrer aussi des "petits Mickeys", des petits dessins au trait de la taille d'une case de BD avec un personnage et un bout de décor, ainsi qu'une série d'objets (maison, camion, vélo…).


Conseils pour le rendez-vous
6/
Il est indispensable de connaître le catalogue de l'éditeur que l'on va voir. Exemple de confusion courante : prendre un éditeur scolaire (Hatier) pour un éditeur de récits Jeunesse. Si un illustrateur veut montrer un livre qu'il a écrit et illustré, il faut commencer par frapper à la bonne porte.


7/ "J'ai fait ce faire-part pour le mariage de la cousine de la belle-sœur d'un ami d'enfance qui habite à Vierzon…". Pendant le rendez-vous, ne pas trop parler et ne pas commenter inutilement sa production. Si votre interlocuteur est silencieux, il est peut-être en train de se demander à quoi il pourrait vous employer, et ce n'est pas le moment de l'importuner avec des anecdotes sans intérêt.


8/ Si vous montrez des illustrations parues, ne jouez pas trop à l'artiste incompris face aux brutes d'imprimeurs. En particulier, ne pas montrer systématiquement les deux versions, originales et imprimées, des illustrations. Si la version imprimée n'est pas très bonne, c'est aussi, d'une certaine manière, un constat d'échec pour l'illustrateur qui n'a pa su anticiper les contraintes techniques, car un dessin doit être pensé en fonction du système d'impression.


9/ Accepter les critiques. Pour certains professionnels, dont Klut Mouchet, un rendez-vous est aussi l'occasion d'un échange personnel : "Les illustrateurs sont parfois isolés et ont du mal à se faire une idée de leur propre travail. Même si certains sont parfois décontenancés du tour que prend la conversation, je pense qu'ils sont extrêmement demandeurs de critiques et que certaines remarques peuvent leur être bénifiques".

 

"Moitié de poulet", illustration de Anne-Lise Boutin.

Après le rendez-vous
10/ Après un premier contact, il faut relancer. C'est la seule méthode. Comment ? Pas de coup de téléphone intempestif qui souvent dérange, mais, bien plus malin, en envoyant régulièrement des photocopies couleur de ces derniers travaux. Klut Mouchet avoue : "On finit par avoir envie de travailler avec ceux qui insistent, ne serait-ce que pour s'en débarrasser (sourires)".
Bonne chance et tenez-nous au courant… à propos du mariage de la cousine.