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L'autoédition, solution pour dessinateurs et illustrateurs?

Témoignage de Stéphanie Leduc, auteure de bande dessinée et adepte de l'autoédition.

Le 19 décembre 2014, j’ai atteint l’objectif de ma campagne de financement sur la plateforme de socio-financement belge Sandawe (la seule plateforme spécialisée uniquement en bande dessinée), ce qui m’a permis d’autoéditer ma bande dessinée Dryade 1 — Les envoûteurs.

Avec l’aide de 219 investisseurs, j’ai obtenu 13 670 euros sur un objectif de 8 000 euros. Les frais reliés à toutes les étapes, qu’il s’agisse de la création, la fabrication, la promotion, le coût des contreparties et de la gestion du site, ont été financés entièrement par la campagne participative. Ainsi, le tirage prévu de 300 exemplaires a été augmenté, en fonction des sommes supplémentaires recueillies, à 1 000 exemplaires. Le livre a été publié le 30 avril 2015.

Aujourd’hui, en 2017, ce livre génère une bonne partie de mes revenus. Oui, vous avez bien lu : j’ai recueilli moi-même les sous nécessaires pour la publication d’une bande dessinée autoéditée et je gagne ma vie avec mon art !

Détail important, il s’agit d’une bande dessinée « pour adultes ». Je suis bien consciente qu’avec un livre de comptines le résultat n’aurait pas été le même…

L’autoédition, est-ce viable ?
En théorie, oui. En pratique, ça dépend. Supposons, dans l’édition traditionnelle, qu’un livre coûtant 20 cacahouètes est imprimé à 10 000 exemplaires. L’écrivain touchera 10 % des ventes, donc deux cacahouètes par livre. Si (et je dis bien si) tous les livres sont vendus, l’auteur obtiendra 20 000 cacahouètes.

Supposons maintenant qu’un écrivain commande l’impression de 1 000 exemplaires de son livre dont le prix est également de 20 cacahouètes. Si chaque livre coûte cinq cacahouètes à imprimer, cet auteur-entrepreneur touchera 15 cacahouètes par livre vendu. Considérant qu’au Québec il est plus facile de vendre 1 000 copies que d’en vendre 10 000, combien touchera l’auteur-entrepreneur ? Réponse : un revenu quasi identique à celui de l’écrivain qui a réussi, dans l’édition traditionnelle, à écouler 10 000 exemplaires.

Voilà pour la théorie. Dans la pratique, s’éditer soi-même implique beaucoup de travail, car il faut porter plusieurs chapeaux. J’en dénombre cinq : celui d’auteur bien sûr, aussi ceux d’animateur et promoteur sur les réseaux sociaux, d’éditeur, de distributeur et de vendeur.

La promotion
Dans le milieu de l’édition traditionnelle, il revient le plus souvent à l’auteur de se charger de la promotion de son œuvre, à la sortie de son livre. Avec l’autoédition, la promotion prend une nouvelle dimension, car elle débute avant la sortie de l’ouvrage.

L’auteur-entrepreneur doit attirer l’attention sur son travail dans les réseaux sociaux, partager une partie de son œuvre pour permettre à ceux qui ne le connaissent pas de le découvrir, et susciter le désir d’en découvrir davantage.

Personnellement, j’ai une prédilection pour Facebook et Instagram. Twitter est aussi très populaire sans oublier YouTube, Tumblr et autres. Je recommande aussi fortement d’entretenir un site internet « .com » et d’éditer une infolettre.

Le but de la promotion est de construire un élément capital dans un modèle d’affaires : une communauté, des abonnés à une infolettre, sur Facebook, Instagram ou Twitter, etc., qui suivent le travail de l’écrivain à la trace. Même si un auteur ne souhaite pas réaliser une campagne de financement, même s’il paie de sa poche la réalisation et l’impression de son livre, il doit s’assurer qu’un certain nombre de lecteurs attendront la sortie de son ouvrage avec impatience.

Le financement
Personnellement, je conseille de mener une campagne de financement sur une plateforme en ligne, car cela représente un précieux vecteur publicitaire.

En complétant ma campagne sur la plateforme belge Sandawe, j’ai appris à connaître mon lectorat. J’ai pu éprouver mes idées auprès du public avant la sortie de ma bande dessinée. Le contact en temps réel avec les lecteurs est très inspirant. Sans cet échange, Dryade 1 — Les envoûteurs ne serait pas le même livre.
L’édition

Une fois le financement obtenu, j’ai terminé la réalisation du premier tome de la série Dryade tout en informant mes investisseurs — j’animais régulièrement ma page de projet sur Sandawe. L’album achevé, j’ai changé mon chapeau d’auteur pour celui d’éditeur : j’ai fait corriger les textes, monté les pages avec le logiciel InDesign, obtenu un numéro ISBN. Puis j’ai contacté des imprimeurs pour obtenir des estimés, j’ai discuté des prix, choisi un papier, etc.

Les imprimeurs, habitués aux auteurs qui s’autoéditent, offrent un service de microédition très pratique. À noter, les coûts de la microédition d’un roman sont moins dispendieux que pour la bande dessinée. Faites-leur confiance, ils vous faciliteront la tâche !

La distribution et la vente
Après avoir livré les exemplaires de ma bande dessinée à mes investisseurs, je devais vendre au grand public et particulièrement au Québec où je vis. À cette étape, j’ai choisi de diversifier mes points de vente : en ligne, en librairie, sur le terrain dans les conventions et les festivals tels que les Comic con de Montréal, Québec et Ottawa, les festivals BD de Montréal, Québec et Gatineau, le Toronto Comic Art Festival, le festival BD de Prévost, l’Otakuthon de Montréal, le Fantasticon de Montréal et j’en passe ! Je recommande d’aller autant que possible sur le terrain pour rencontrer les lecteurs et ajouter de nouveau abonnés à une infolettre.

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas tenter la vente de votre livre en format numérique sur Amazon ou ailleurs ? (Dryade est disponible sur la plateforme numérique de distribution comiXology, qui appartient à Amazon.) Ça ne coûte rien et ça peut aussi être une forme de publicité.

Dans mon cas, la chaîne de boutiques Séduction a accepté de distribuer mon livre, ainsi que Renaud-Bray et d’autres libraires à Montréal. J’ai rencontré les acheteurs des différents commerces et effectué un suivi.

Beaucoup d’auteurs se perdent sur la voie de l’entreprenariat. Je confirme : ça m’a sortie de ma zone de confort. Mais cet apprentissage a été capital. J’ai pu prouver que mon modèle d’affaires est viable.

Et le droit d’auteur dans tout ça ?
L’autoédition est une entreprise exigeante. J’ai parfois le goût de me reposer un peu. Voilà pourquoi je ne tourne pas le dos à l’éditeur traditionnel… mais pas à n’importe quel prix. Je poserai mes conditions.

Tout d’abord, je ne cèderai pas mes droits. Et je n’accorderai pas de licence pour la totalité de mes droits d’auteur sans contreparties suffisantes, surtout si j’ai moi-même l’intention d’assurer l’exploitation de mon œuvre.

Aussi, le partenariat entre un auteur et un éditeur est une relation d’affaires et dans « relation d’affaires », le mot le plus important est « relation ». Si je n’ai pas un bon contact avec l’éditeur, s’il ne répond qu’à un courriel sur trois et si, dans ses réponses, il ignore certaines de mes questions, je ne signerai pas avec lui. Même si l’on m’offre le meilleur des contrats, aucun contrat ne pourra me prémunir d’un individu qui n’est pas fiable. Tandis qu’avec un interlocuteur raisonnable et ouvert, il y a toujours moyen de s’arranger.

Et enfin, dans une négociation, il est important d’être prêt à dire non. Si l’un des parties veut signer à tout prix, l’entente sera désavantageuse pour quelqu’un.

Article reproduit avec l'aimable autorisation de Sandawe

Pour vous procurer le livre : www.stephanieleduc.com