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Candida Höfer

Le Louvre comme vous ne le verrez jamais

Qui n’a jamais prononcé entre ses dents, lors d’un jour d’affluence, le vœu de voir le Musée du Louvre déserté ? C’est en quelque sorte ce qu’a exaucé l’artiste Candida Höfer, à travers d’imposants cibachromes, où les salles habituellement engorgées d’adeptes de l’art, se transforment cette fois, en espaces inquiétants, délibérément privés de présence humaine.
Le monumental, la perspective de Piero Della Francesca, et la lumière naturelle s’allient pour accoucher de compositions photographiques perpétuant l’enseignement de l’école de Düsseldorf, berceau d’une nouvelle approche de la photographie, dévouée au dogme de la lumière naturelle, à l’objectivité maximale, ainsi qu’à une mise en scène laissée au soin de l’instantané. Fondée par le couple réunissant Bernd et Hilla Becher, cette école, née en 1976, fut médiatisée grâce aux séries en noir et blanc de bâtiments industriels, d’usines, et d’ateliers aux allures d’apocalypse lunaire. Les tirages de Candida Höfer s’introduisent, eux, au sein de lieux dédiés à la connaissance : bibliothèques, églises, opéras. A la manière de Thomas Ruff, lorsqu’il s’immisce dans les salles à manger populaires, la photographe se fait témoin, confidente d’une ambiance où elle s’est invitée. Candida Höfer va bien au-delà de ce qui pourrait s’apparenter à un visuel tout droit issu du guide du Musée du Louvre. Certes, on remarque qu’elle a pris soin d’attendre l’évacuation du public, mais elle choisit aussi de tout livrer de l’espace d’exposition, ne cherchant pas à dissimuler les dispositifs d’éclairage ou d’alarme, comme l’aurait certainement fait le maquettiste du fameux guide. Vidé de ses habitants passagers, le musée se retrouve face à lui-même, à son histoire, semblant s’interroger sur son propre corps : l’architecture. Cette dernière devient alors le sujet des compositions, jouant des effets de miroirs générés par la symétrie quasi parfaite des cadrages de l’artiste allemande. Lieu de culture, d’érudition et d’abandon à l’art, le Musée du Louvre dévoile ici ses entrailles sous la forme impressionnante d’un tube, aspirant celui qui ose y plonger le regard. La solitude envahit le regardant, le respect avec, laissant s’imprimer en lui le sentiment de pénétrer dans un temple. Les colonnes antiques viennent embrasser les voûtes, les sculptures s’alignent créant une haie d’honneur. Rien ne vient perturber la mise en scène de ce théâtre instantané. Hymne aux espaces d’exposition ou angoisse d’une culture qu’on pourrait délaisser ?
Et si l’œuvre de Candida Höfer nous parlait tout simplement du rôle même d’une exposition ? Les toiles de la Grande Galerie peuvent alors à nouveau se contempler, silencieuses, mutuellement, tel que l’on pourrait le voir sur la bande d’une caméra de surveillance. Ce fût d’ailleurs la démarche première de l’artiste, celle de photographier les lieux banals ou désaffectés afin d’en livrer la face cachée, la vie autonome d’un espace, d’un bâtiment. Bien sûr, on peut aussi se laisser aller à imaginer le Musée du Louvre tel un sanctuaire dans lequel légendes et autres fantômes s’amuseraient à errer. Mais l’artiste va plus loin, en exposant ses photographies au sein même du Louvre, dans sa partie médiévale la plus intime : la mise en abîme est complète. Candida Höfer offre ici l’occasion de redécouvrir un "écrin", la vedette quotidiennement dérobée au profit des toiles et autres vestiges de l’histoire de l’art, sous un autre jour que celui du contexte.
Nous oublions trop souvent que cet espace possède également le nom de « Palais » du Louvre…

Agathe Hoffmann - 10/2006
Jusqu'au 15 janvier 2007.
Musée du Louvre, aile Sully, fossés du Louvre médiéval, salle de la maquette, Paris 1er.
Tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.
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