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8 juillet 2008

Festival d’Annecy 2008 : impressions

Sita sings the blues, Cristal du long métrage d\'Annecy 2008Le Festival s’est distingué cette année encore en décernant son Cristal du long métrage d’animation à un film indépendant américian, Sita sings the blues. Produit, réalisé, écrit, dessiné, colorisé, monté par Nina Paley (”a one-woman Pixar” , Pixar à elle toute seule, comme la décrit la presse américaine), le film raconte librement une épopée indienne, le Ramayana, en le mêlant à l’histoire intime de la narratrice Nina. On espère le voir bientot programmé en salles en France, et pas seulement dans les festivals…

En attendant, notre ami Pierre Berger nous a fait parvenir ses impressions ci-dessous sur cette édition 2008  du Festival International du Film d’Animation.

“Quelques commentaires sur le Festival d’animation et le Mifa (marché international du film d’animation) :

1. Annecy : plus beau, moins cher, mature.
Au premier abord, ce que j’ai vu sur les stands du Mifa et les projections auxquelles j’ai assisté  me confirment dans mes impressions : les technologies de l’informatique graphique sont matures, et le progrès ne se fait plus que dans l’amélioration du rapport qualité/prix : matériels moins chers, traitements plus rapides, coûts de réalisation plus bas. Cela était encore confirmé par la conférence que j’ai suivie, sur « comment faire de bons longs métrages avec un petit budget » . Heureusement, ce manque d’innovations de vraie rupture est compensé par une montée de la qualité artistique (utilisation plus fine et plus contestataire de la couleur, scénarios moins simplistes). Un des intervenant sur le long métrage a d’ailleurs eu cette belle phrase : c’est sur les films à petit budget que je peux être le plus audacieux, car alors je n’ai pas à tenir compte de l’avis de mes sponsors et producteurs.

2. Rupture : la Mocap sans marqueurs
Un fait, à première vue secondaire, retient cependant l’attention : on peut maintenant faire de la « mocap » sans marques sur le corps ni le visage.
La mocap, ou « motion capture » est la saisie des mouvements d’une personne, de son corps entier ou seulement de son visage (pour les expressions). Jusqu’à récemment, cela exigeait de fixer ou au moins de dessiner des marqueurs sur les parties du corps concernées. Il en résulte des coûts particuliers d’équipement et de préparation des acteurs, des contraintes sur leurs mouvement et des limites de précision sur la saisie.
Que cette acquisition de données soit possible avec une simple caméra constitue une vraie rupture. D’autant plus qu’elle confirme une tendance plus profonde : la reconnaissance des formes fait des progrès significatifs.  Or la « vision », très à la mode il y a une vingtaine d’années, avait jusqu’à présent déçu dans les applications pratiques.
Si l’on sait efficacement suivre les mouvements du corps, et de là les états émotifs, avec un matériel léger, les conséquences sont considérables et pas seulement pour le cinéma d’animation ! On peut imaginer qu’en chat genre MSN, ou dans les jeux multi joueurs, on pourrait à la fois conserver son anonymat et faire converser des avatars expressifs. Plus besoin non plus de la WII pour jouer au tennis dans son appartement, la webcam (peut-être de meilleure résolution) suffira.

3. Une nouvelle manière d’ « être au monde »
Cela rejoint alors la communication cérébrale directe montrée par exemple par l’Inria à Laval Virtual pour nous conduire vers des manières radicalement nouvelles « d’être au monde ».
Les conséquences pratiques sont considérables  pour la vie sociale. Les caméras de télésurveillance pourront interpréter les expressions et les intentions. Et bien entendu, reconnaître automatiquement les personnes.
Si l’on rapproche cela du fait que les compagnies aériennes renoncent maintenant au billet traditionnel sur papier et que le billet électronique suffit, on va vers un monde où l’on pourra circuler totalement sans « papiers » ni cartes de crédit, ni clés pour ouvrir les portes, ni badges de congrès,  ni même chips sous-cutanés. On sera en permanence reconnu par les machines.

4. 1984, version 3.X
Cela ouvre des perspectives agréables. Fini le stress des clés perdues ou de la carte grise laissée à la maison, par exemple C’est aussi, évidemment, inquiétant pour la protection de la vie privée. Localisés par GPS au centimètre près et nos faits, gestes et expressions analysés en tenant compte de l’intégralité de nos dossiers professionnels, familiaux, judiciaires et médicaux. Je pense au juge demandant au prévenu « Monsieur, pourquoi aviez vous un air aussi furtif en sortant de la Fnac Forum le 5 juin à 17h48 ? ».
On se rassurait jusqu’à maintenant en pensant que, même si tout était saisi, les individus seraient protégés par la masse même des données et la quantité de personnel qu’il serait nécessaire de mobiliser pour s’en servir.  Mais Google prouve tous les jours qu’il est aujourd’hui facile de trouver une aiguille dans une botte de foin. Même si l’aiguille n’est qu’un mot, et la botte de foin constituée de milliards de documents. On aurait dit autrefois « que les bons se rassurent et que les méchants tremblent »… mais qui de nous n’est un peu « méchant » par un côté ou un autre ?”
Pierre Berger

Pierre Berger est vice-président de l’ACM Siggraph France (http://www.paris.siggraph.org), et préside aussi le groupe des Algoristes, groupe d’artistes utilisant un algorithme informatisé pour réaliser leurs oeuvres : http://les-algoristes.org/

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