Une solution à base d'Acrobat pour partager des modèles 3D

Et de trois! Après deux annonces respectivement pour les photographes (Lightroom) et les vidéastes (Production Studio, voir article en rubrique 3D & Vidéo), voici la troisième annonce d'Adobe pour janvier 2006, cette fois-ci pour les designers et bureaux d'études industriels.

Les entreprises et les ingénieurs intéressent Adobe : ce n'est pas nouveau, la société s'est même restructurée il y a un an avec une nouvelle division « entreprises » pour mieux attaquer ce marché prometteur et plus vaste que le monde des créatifs. Fer de lance de cette offensive : le format PDF et son logiciel auteur Acrobat. Et de fait, si le PDF a d'abord été conçu pour les arts graphiques, comme un format pour faciliter l'impression, il est devenu avec Internet le principal vecteur d'échange de fichiers texte ou image toutes applications confondues. Adobe exploite logiquement ce succès pour s'implanter sur de nouveaux marchés. Objectif : faire du PDF « the » format pour le travail collaboratif et pour la révision de projets à distance. Le logiciel client Reader a donc été doté en version 7 de capacités d'annotation étendues d'abord pour texte et images 2D (y compris pour les plans issus d'AutoCAD, le logiciel de CAO 2D d'Autodesk) et depuis ce mois-ci pour les fichiers vidéo préalablement encapsulés dans un fichier PDF avec Adobe Production Studio. Voici venu le tour des fichiers 3D.

La 3D dans le PDF

La marche à suivre est simple : vous importez dans Acrobat 3D le fichier natif 3D. Celui-ci est lu et converti dans le format U3D (voir plus bas pour les détails) en gardant la structure produit, les métadonnées, les textures voire des animations simples (translation, rotation). On peut alors « éditer » cette vue du produit en y associant des coupes, des illustrations (plan 2D par exemple), en rajoutant des animations (assemblage/désassemblage), des lumières, des matières (textures). Par contre, les cotes, tolérances et autres informations métier ne sont pas récupérées : ce fichier ne peut servir de modèle contractuel entre fournisseur et client. Acrobat reconnaît et convertit tous les formats 3D courants en design et modélisation : Catia, (v4 et v5), Solidworks, PTC, mais aussi 3 DS Max, etc. Le résultat est alors exporté en fichier PDF (version 1.6) au(x) destinataires(s) qui, avec le viewer actuel Reader 7 (pas besoin de changer de version), l'ouvrent et peuvent profiter des fonctions d'annotation pour vous renvoyer leurs commentaires. Rappelons que ces commentaires ne sont importables dans cette version d'Acrobat 7 que dans un document Microsoft Office ou AutoCAD, mais pas dans un logiciel 3D lui-même.

Si votre logiciel de modélisation ne fait pas partie de la liste reconnue par Acrobat 3D, il y a néanmoins une solution de secours : Acrobat 3D capture directement les instructions OpenGL d'affichage du modèle sur écran; la structure hiérarchique du produit et les métadonnées ne sont pas conservées dans ce cas, mais les outils d'Acrobat 3D pour éditer coupes, etc. sont toujours utilisables.
Autre avantage du format U3D : le fichier PDF à envoyer est beaucoup plus léger que le format 3D original, avec un ratio de 1 à 10 (Adobe espère améliorer à l'avenir ce ratio de 1 à 100). Acrobat 3D peut aussi insérer ces modèles 3D au même format U3D dans des documents Microsoft Office : Word, Excel, Powerpoint. L'objet est visible en 3D, mais les informations annexes contenues dans le PDF disparaissent.
Acrobat 3D est disponible dès février 2006 en 4 langues (dont le français) pour 1169 € HT pour Windows 2000 et XP ainsi que plusieurs OS Unix (mais pas Linux ou Mac OS). La mise à jour depuis Acrobat 7 coûte 639 € HT (819 € HT depuis la v6).

U3D, nouveau format universel?

Acrobat 3D est la réponse d'Adobe au format 3D XML lancé cet été par Dassault Systèmes dans le même but : fournir une information produit en 3D à des tiers non équipés en logiciels 3D pour que ceux-ci puissent soit commenter le projet (revue de projet à distance) soit l'utiliser eux-mêmes à des fins de communication par exemple.
Pour cela, Adobe a adopté dès novembre 2004 pour la future version 7 d'Acrobat le format Universal 3D (U3D) défini par Intel et le consortium 3D Industry Forum. Et début 2005, Adobe a également pris sous licence la technologie de conversion de fichiers 3D de Right Hemisphere. Cette dernière société édite en effet Deep Exploration, un logiciel capable de lire plus de 120 formats 3D pour les traduire en d'autres formats et notamment en U3D.

Adobe conforte ainsi le rôle de « couteau suisse » d'Acrobat en élargissant coup par coup ses capacités de communication. Prochain défi : rapprocher, voire unifier les technologies Flash et PDF en une seule. Avec le rachat de Macromedia par Adobe, l'affaire est en bonne voie mais il faudra probablement attendre fin 2006 ou même 2007 pour en voir le résultat.

Paul Schmitt