
Français ayant grandi à Paris et Lyon surtout, Matthieu Grospiron est issu de l'Ecole Emile Cohl à Lyon où il découvre la 3D à ses débuts. Il démarre au studio Label 35 en 1988, travaille pour les studios 3D de l'époque (Ex Machina, Fantôme, Vidéosystem), fait un passage en Corée puis au Vietnam où il forme la première équipe d'infographistes 3D en 1994 pour le compte de la BBC. De 1998 à 2001, , il travaille en Californie chez ILM (La Menace Fantôme) et PDI (Shrek) avant de revenir en France superviser le lighting sur le film Immortel d'Enki Bilal. Depuis 2004, il est reparti en Californie cette fois chez DreamWorks.
Pixelcreation : Quel est ton role exact dans Over The Hedge, taille de ton équipe et du département ?
Matthieu Grospiron : De manière générale et a fortiori pour Over the Hedge, je suis ce qu’on appelle un lighting artist. Mon job est d’éclairer les plans du film qui me sont alloués.
Dans ce boulot il y a deux aspects principaux qui sont très liés l’un à l’autre. L’un est technique et demande beaucoup d’application : faire en sorte que l’image soit techniquement irréprochable. C’est à dire qu’il n’y ait pas d’aliasing, que chaque élément de l’image soit parfaitement rendu, que la qualité des ombres et de la lumière soit la plus propre possible. Il faut donc maîtriser un certains nombres de paramètres pour rendre cela possible, tout en maintenant cette succession de processus dans une durée acceptable par la production. Le deuxième aspect est évidemment esthétique et mon rôle est alors d'enjoliver les choses. De faire en sorte que telle créature ait une bonne tête ou de tirer le meilleur parti de tel décor. Ce processus peut être rapide ou au contraire très long, pour différentes raisons comme l’inspiration suscitée par la scène ou une avalanche de difficultés techniques qui vous ralentissent.
Le travail plastique ne s’arrête naturellement pas à l’éclairage du plan lui-même mais continue jusqu’à la parfaite intégration du plan dans la succession de plans qu’est la séquence.
La taille d’une équipe d’éclairage varie entre 6 et 8 personnes. Il y avait 7 équipes, 2 à Redwood City dans les locaux de PDI et 5 à Glendale. Au moment le plus actif de l’éclairage, le département devait compter une soixantaine de personnes. Pour Over the Hedge j’ai eu la chance d’avoir à travailler dans 3 équipes différentes au sein desquelles j’ai pu expérimenter différents environnements et différentes méthodes.
Pixelcreation : Sur quelles scènes exactement as-tu travaillé ?
Matthieu Grospiron : Comme j’ai eu à travailler dans 3 équipes différentes et que chaque équipe est en quelque sorte "spécialisée" sur tel ou tel type d’environnement j’ai donc travaillé sur 3 types d’environnements de part et d’autre de the hedge (la haie en français – ndlr). A savoir dans la forêt, dans la rue et à l’intérieur de la maison d’un des personnages humains.
Pixelcreation : Quels étaient les principaux challenges artistiques dans ce film pour toi ?
Matthieu Grospiron : Dans ce genre d’environnement associé a la volonté de réalisme de Dreamworks, les principaux challenges étaient évidemment la forêt et ses nombreux arbres et bosquets, la qualité de la fourrure des animaux et aussi l’intérieur de la maison où le bounce-lighting était utilise intensément.
Comme on le disait juste avant, les aspects technique et artistique sont très liés. Et une décision technique peut avoir des répercussions sur l’image au même titre qu’une décision artistique a des conséquences et un coût technique.
Du coup le challenge technique pose par la présence de fourrure et d’une forêt assez dense a une influence sur les les choix et possibilités artistiques. Un troisième aspect de notre métier se fait alors jour : il faut gérer la meilleure qualité possible à l'intérieur des contraintes économiques.
Pixelcreation : Quelles ont été les principales innovations techniques (ou autres) apportées par le travail sur ce film ?
Matthieu Grospiron : Hormis l’utilisation intensive de la méthode volumétrique HVD pour le calcul des ombres et même si les logiciels sont en perpétuelle évolution, il n’y pas eu de grande percée technologique sur Over The Hedge, nous utilisons des systèmes et méthodes qui ont été rodés sur Madagascar et Shrek
Par contre ce qui est intéressant d’observer c’est le transfert de technologie qui s’opère entre PDI et Dreamworks. PDI ayant écrit LIGHT le logiciel d’éclairage, nous sommes à Dreamworks des utilisateurs moins expérimentés que nos amis de PDI. Cela donne quelquefois des situations cocasses, mais c’est intéressant parce que n’ayant pas le même historique il y a une espèce de spontanéité qui existe quant à la manière d’utiliser le logiciel. Cela donne de nouvelles méthodes et crée une synergie entre nos deux studios
Pixelcreation : Qu'as-tu le plus apprécié sur ce projet ?
Matthieu Grospiron : Je pense que le film est bien réalisé : le résultat est consistant et c’est la meilleure chose qui puisse arriver à un projet sur lequel on donne beaucoup de temps et d’énergie. Egalement le fait d’avoir travaillé dans différentes équipes et de pouvoir y apprendre différentes approches a été un des points positifs de cette expérience.
Pixelcreation : Sur quoi travailles-tu maintenant, quel est ton prochain challenge?
Matthieu Grospiron: En ce moment et jusqu’en octobre je travaille sur une coopération Aardman / Dreamworks, Flushed Away (sortie en France à déterminer – ndlr). C’est très différent parce que le film se déroule dans les égouts londoniens, pas beaucoup de végétation et que nos héros sont des rats tendance pâte a modeler, pas beaucoup de fourrure non plus. Par contre il y a une grande créativité venant des production designers et donc une foule de détails à éclairer. C’est un très beau projet également.