Busy Going Crazy

Alternant, depuis 2004, collections particulières et expositions thématiques, la Fondation Antoine de Galbert, mieux connue sous le nom de Maison Rouge, nous convie cette fois à Busy going crazy, un délicieux voyage entre le mouvement Dada, le Surréalisme et l’art contemporain le plus innovant, un événement permis par le prêt de la collection de Sylvio Perlstein, époustouflante de diversité.

Une curieuse injonction de 1957 nous accueille dés les premiers pas dans l’antre de la Maison Rouge. Attendez/passez piétons nous souffle Vassilikos Takis, par son signal visuel dérobé dirait-on, à la DDE. Ce véritable feu rouge qui s’impose à nous, témoigne de la rigueur certaine exercée par Sylvio Perlstein, qui lui a permis sa vie durant de réunir les œuvres d’artistes fort différents et souvent méconnus à l’époque. La question de l’ordre et de la surveillance se voit suivie de celle du regard, ainsi chercherons-nous indéfiniment à retrouver notre reflet dans cet impétueux miroir peint par Bertrand Lavier. La duperie va-t-elle accompagner le spectateur durant toute la découverte de cette collection ? Rebecca Horn rassure, en nous important au cœur de son dispositif mécanico-éléctrique, The Prussian Bride Machine n°2,(1988), devant lequel seules la poésie et la perplexité peuvent habiter le spectateur. Entre les onze talons aiguilles décrivant des cercles infinis et de minuscules mains plongeant et jetant de l’encre au plafond comme une offrande colorée de bleu, celui-ci est sollicité de toute sa hauteur, à travers son propre déplacement autour de l’œuvre.
Les espaces intimes se succèdent, parmi lesquels un véritable boudoir à la forme circulaire en référence à la forme d’une lentille optique, veillant sur des centaines de photographies argentiques produites par les plus intrigants et fascinants artistes des années vingt et trente. Ainsi, au cœur de la salle  Camera Work, Max Ernst, Man Ray, Hans Bellmer, Marcel Duchamp chuchotent-ils entre eux, au travers de tirages inédits. Le visiteur ne pourra passer à côté du célèbre Violon d’Ingres crée en 1924, par Man Ray et de notre si chère Joconde parodiée, LHOOQ, par Duchamp… Tant d’oeuvres imprimées par d’innombrables ouvrages, mais si rares à rencontrer lors d’expositions. Non loin de là, trônent d’autres trésors : l’Introuvable (1937), soit la monolunette de Marcel Marliën, dédiée à un cyclope myope ; mais aussi les histoires d’œufs de Marcel Broodthaers - où les coquilles grimpent les une sur les autres pour toujours se multiplier. La salle Chambre avec vue nous propulse vers d’autres petites merveilles artistiques, parmi lesquelles un Panorama de Jan Dibbets qui fait face à l’un des incroyables croquis en volume de Christo, intégrant un drap blanc froissé, que l’artiste utilise comme une véritable feuille. Gordon Matta-Clark est également présent avec l’un de ses découpages architecturaux où la lumière inonde l’espace, se muant en un cousin de Georges Rousse… Arrivé au cœur de Ponctuation mécanique, voilà soudain le son sous la forme de cliquetis et autres clic-clacs apaisants générés par les travaux de Pol Bury, entre autres.
L’humour est par ailleurs incarné par William Wegman et Stephen Kaltenbach, qui s’amuse d’une histoire qui n’est pas encore écrite par le biais d’une boite en métal, cylindrique et énigmatique sur laquelle vient s’inscrire Open after WW III,( World War III, ndlr.) en espérant de n’avoir jamais à l’ouvrir…
L’exposition prends corps, à la vue des tirages photographiques d’artistes tels que Janaina Tschäpe, Sala de Espera, (2001), et s’abstrait quand le visiteur s’introduit dans ce que le Maison Rouge qualifie de terrain de jeu, une large salle où le minimalisme possède ses icônes : Fred Sandbach, Dan Flavin, Robert Morris… Enfin, dans les limbes de la Fondation Antoine de Galbert, le voyeurisme, la dérision et parfois l’horreur se sont réunis pour diffuser leurs complaintes ou leurs indignation qui s’incarnent parfaitement dans l’œuvre de Miguel Rio Branco, avec un Dog Man – Man Dog, (1979), où l’humanité vient fondre sur les pavés d’une société qui oublie qui elle est.
Busy going crazy, une simple exposition ? Non, une aventure, une confession, un éclat de rire, mais surtout la rencontre avec un collectionneur qui n’a, semble-t-il, jamais négligé la moindre facette de l’histoire de l’Art et de l’Humanité.

Agathe Hoffmann - 10/2006

 

Jusqu'au 14 janvier 2007.
Maison Rouge
, Fondation Antoine de Galbert
10 bd de la Bastille
Paris 12e.
du mercredi au dimanche, de 11h à 19h.
nocturne le jeudi jusqu'à 21h.