L'oeuvre surprenante d'un artiste oublié

Récemment installée au cœur du site des Capellans, la Collection de François Desnoyer - l’un des trois espaces d’expositions des Collections de Saint-Cyprien - propose au visiteur de découvrir l’œuvre d’un artiste oublié de l’histoire de l’art, dont la renommée retrouve ici enfin son aura : Charles Lapicque. Traditionnellement classé dans la catégorie des peintres coloristes, cet artiste livre ici l’autre facette de son œuvre, celle d’un graphiste avant-gardiste proche du mouvement Cobra…


C’est à la suite d’une visite chez les héritiers de Charles Lapicque que Sébastien Planas - directeur des Collections de Saint-Cyprien - s’est penché sur l’œuvre graphique méconnue de cet artiste. Séduit, Planas a su déceler en Lapicque une personnalité affirmée, nécessitant une exposition, certes posthume, mais en forme de véritable dédicace. « Lapicque a été, à tort, intégré à une masse de noms d’artistes aujourd’hui désuets, ne permettant pas de faire connaître son œuvre, pourtant riche et représentative d’un art figuratif à démêler. Il m’a semblé judicieux de le remettre sur le devant de la scène, à nouveau sous l’angle de la découverte », justifie-t-il.
Bien que Charles Lapicque se soit d’abord consacré à la peinture non-figurative, parce qu’issu de la nouvelle école de Paris, il s’est aussi tourné vers le dessin de manière méthodique, dans un style qui résonne avec celui de Dubuffet, tout comme celui de Pierre Soulages. Contemporain de Picasso, cet artiste à l’œuvre picturale polymorphe, qui fut ingénieur spécialisé dans la distribution d’énergie électrique jusqu’en 1928, surprend par sa spontanéité et une stylistique étonnante. Ce sont les souvenirs du Lapicque jeune soldat, mobilisé dés 1917, qui habitent en premier lieu les dessins de l’artiste. A l’instar d’un Géricault fasciné par les chevaux et les mouvements qu’ils dessinent, Charles Lapicque donne ainsi naissance aux silhouettes élégantes, tantôt parfaitement totémiques, tantôt inspirée des musculatures équestres, que le visiteur peut désormais rencontrer à la Collection François Desnoyer. Dans ses dessins, le trait, la ligne et le geste se font mouvements libres, laissant transparaître les influences antérieures de peintres cubistes, comme ceux du fauvisme. Une douzaine de dessins sont donc rassemblés dans cette exposition, qui tient autant d’une découverte coup de cœur que d’un « commando » selon les propres mots de Sébastien Planas qui a souhaité laisser toute leur liberté aux œuvres de Lapicque, les accompagnant d’un contenu textuel limité parce que « ses œuvres parlent d’elles-mêmes et apparaissent comme les vestiges d’une sélection draconienne de l’artiste ». En effet, souvent déchirés lorsque Lapicque les décrétait mauvais, ces dessins se font rares dans les collections privées comme publiques, ce qui donne à cette exposition une valeur toute particulière.
Charles Lapicque, un artiste-graphiste pérenne ? Les travaux de Kader Benchamma, ainsi que ceux de Jean-François Moriceau et Petra Mrzyk sont là pour en témoigner, drainant en eux une histoire de la ligne et du contour. Charles Lapicque, l’esprit du trait, une rencontre improbable, à découvrir entre deux promenades automnales sur les plages de Saint-Cyprien…

Agathe Hoffmann - 11/2006
Du 25 novembre 2006 au 11 mars 2007.
Collections de Saint-Cyrpien
Tous les jours, de 10h à 12h et de 13h à 19h