Rodin: dessins

Sculpteur, Rodin a aussi appliqué son génie au dessin  avec une audace juvénile.

Rodin dessinateur ? C’est presque un scoop, tellement sa célébrité en tant que sculpteur occulte le reste de sa personnalité. À partir de la fin des années 1880, Rodin réalise, de façon indépendante de ses sculptures, des dessins qu’il exécute d’après le modèle vivant, un nouveau mode pour lui de création, auquel il va consacrer, au cours des années 1890 mais surtout au-delà, une part croissante de son activité.

 La présence du modèle éprouvée de longue date par l’artiste comme une nécessité pour le modelage de ses figures s’impose désormais à lui, de la même manière, pour le dessin. Bannir toute pose figée, saisir par le dessin les« mouvements naturels », en user et les enrichir aboutissent à un nouveau mode de traitement de la figure.

Le « dessin instantané » à la base du travail de Rodin

Rodin expérimente ces possibilités pendant plus de deux décennies: « dessin instantané », découpages et assemblages de certaines de ces figures, etc.  Sans quitter des yeux ses modèles qu’il ne veut pas astreindre aux exercices d’une pose classique, Rodin dessine rapidement sans jamais poser son regard sur la feuille de papier. Ce premier jet acquis, Rodin reprend son oeuvre, parfois la corrige d’un coup de crayon rouge, mais le plus souvent, c’est en la calquant qu’il la rectifie.

Réalisés par la copie ou par le calque à partir des « dessins instantanés », les dessins aquarellés proposent une recherche de synthèse des formes auxquelles la couleur confère non seulement une forte unité mais aussi, souvent, la complexité d’une oeuvre picturale. Les techniques de Rodin se développent sous l’impulsion du trait et par l’usage particulier de la couleur en un « puissant moyen de transgression de l’image traditionnelle, de sa lisibilité jusqu’à la dissolution de la forme » (Dominique Viéville, directeur du musée Rodin).

Sur les 4300 dessins conservés par le musée Rodin, une sélection de 300 dessins de cette période après 1890 est exposée sur place jusqu’au 1er avril 2012. Le parcours proposé souligne ainsi  l’évolution de Rodin, depuis le naturalisme du dessin  jusqu’à  l’indépendance du trait et de la couleur.

Clémentine Gaspard, novembre 2011