L'oeuvre dessiné,une rêverie à ciel ouvert...

Sur les murs blancs du quatrième étage du Centre Georges Pompidou, les sages cadres gris de l’artiste Vija Celmins flottent, suspendent le temps et les éléments. Etendues d’eaux infinies, déserts minéraux et constellations magiques sont les préoccupations phares de l’artiste qui fait de la mine de plomb et du fusain de véritables contrefaçons de la photographie, en sublimant l’anodine nature qui apparaît ici comme une œuvre d’art autonome.

Originaire de Lettonie, Vija Celmins brasse son passé et les événements qui s’y rattachent dans des dessins qui séduiront les plus sceptiques, tant l’accent est mis sur l’impalpable, le fugace de la réalité terrestre. En effet, dés 1967, le dessin à la mine de plomb et au fusain prend le premier rôle dans l’œuvre de cette artiste, dont les influences antérieures étaient celles de l’expressionnisme abstrait. Les vestiges d’une réelle figuration sont cependant représentés au sein de cette première rétrospective, par six dessins (coupures de journaux, dirigeable, revolver…) traduisant les obsessions de Vija Celmins, telles que les catastrophes atomiques et les guerres en tous genres (Hiroshima, Bikini; Zeppelin 1968,). Mais c’est bel et bien les paysages infinis qui retiendront, captureront le visiteur, dans leur indéfinissable fidélité au réel, afin de lui insuffler le sentiment d’être, tour à tour, entouré d’eau, égaré dans un désert, propulsé dans l’espace et les méandres de ses galaxies.
Moon surfaces et Oceans(1969) font parties de ces œuvres qui débordent de leur cadre, donnant l’impression qu’elles pourraient proliférer sur le mur entier sur lequel elles sont retenues prisonnières. Parfois le doute s’installe, faisant se rapprocher, puis reculer le regardeur, lorsque devant ses yeux, le dessin s’octroie le droit de bouger, créant flous, superpositions de deux vues et moirages. Outre la virtuosité et la délicatesse du geste, c’est dans la subtilité des contrastes que Vija Celmins dupe le visiteur, en jouant sur la densité d’un « ciel » noir habité d’étoiles surnaturelles, s’assombrissant toujours un peu plus le long de la déambulation. L’œil cherche l’élément perturbateur qui pourrait avoir laissé derrière lui la maladresse ou l’imperfection, mais rien n’y fait.
L’artiste poursuit sa mélodie teintée d’une douce tristesse, en noir et blanc, accumulant avec dextérité les séries d’océans et de déserts (principalement celui de Death Valley, en Californie) où la plus petite des pierres a, elle aussi, droit à son heure de gloire. Elle se tourne ensuite à la fin de son œuvre, vers des compositions de galaxies transformant les étoiles en de fragiles taches blanches, petites giclées d’univers sur l’infini fusain tout puissant. Viennent enfin des espaces moins démesurés : les toiles d’araignée (Web # 4, 1998 et Web # 9, 2006) qui rappellent le travail attentif de Giusepe Penone, lorsque celui-ci se penche avec respect sur les nervures d’une feuille. Romantisme et mélancolie se conjuguent cette fois d’une manière plus posée, laissant transparaître comme un assagissement dans l’œuvre de cette artiste qui n’a été jusque là présentée aux regards des français qu’en 1995, à la Fondation Cartier. Entre profondeur et hypnotisme, l’œuvre de Vija Celmins se regarde de la même manière que l’on marche sur la mousse verte d’une forêt, en la ressentant et la respirant.

Agathe Hoffmann - 11/2006

Jusqu'au 8 janvier 2007.
Centre Georges Pompidou,
75191 Paris cedex 04, galerie du musée niveau 4
Tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 21h