Goudemalion

Précurseur, manipulateur d'images, mégalomane et surtout immense créateur: Jean-Paul Goude.

En quarante ans d'activité, Jean-Paul Goude a profondément transformé notre imaginaire, au sens propre du terme, à travers le dessin, l’affiche, la photo,le cinéma, la vidéo ou l’événement. Il a au passage fait figure de précurseur, que ce soit en transformant les corps photographiés (largement avant Photoshop) ou en mêlant symboles religieux et figures populaires dans ses photos bien avant David LaChapelle. Son sens de l'événement (clips de Grace Jones, défilé du Bicentenaire, etc.) en a fait aussi un maître du « performance art » en cette fin de XXème siècle.

Né en 1940, américain par sa mère, Jean-Paul Goude grandit à Saint Mandé (94) et débute après avoir fait les Arts Décos comme illustrateur pour la presse de mode et la publicité. La frise de "minets" qu'il réalise pour le magasin Brummel (Printemps hommes) en 1964 assoit sa réputation. en 1969, il entame sa collaboration comme directeur artistique du magazine américain Esquire, collaboration qui durera jusqu'à son retour définitif en France en 1982. Cette période newyorkaise est particulièrement féconde; il y définit sa méthode de « French correction » consistant à allonger et déformer photographiquement les corps et l'appliquera en particulier à sa muse et compagne, le mannequin et chanteuse Grace Jones qu'il met en scène de nombreuses fois en photo comme en film, pour des clips musicaux comme pour de la publicité.

Les années 80 à Paris le voient signer une série de campagnes publicitaires qui marquent les esprits: films pour Citroën en 1985 (Grace Jones crachant une CX de sa bouche), parfums Chanel (Vanessa Paradis jouant l'oiseau en cage), Perrier en 1990 (l'actrice rugissant face au lion) et la saga des Kodakettes "voleurs de couleurs" de 1986 à 1992. Point d'orgue de la décennie et apothéose personnelle de Jean-Paul Goude: le défilé du Bicentenaire de la Révolution française le 14 juillet 1989. Un événement à la gloire des Droits de l'homme que Jean-Paul Goude transforme en célébration grandiose d'un univers multi-ethnique.

Il continue son travail de directeur artistique dans les années 90 et 2000, avec en particulier les campagnes - toujours en cours - d'affiches pour les Galeries Lafayette où il met en scène Laetitia Casta ainsi que d'autres mannequins.

Amoureux des femmes du monde, Jean-Paul Goude a eu des enfants avec deux de ses compagnes: l'américaine noire Grace Jones et la coréenne Karen. Toutes lui ont servi de muses, et le sociologue Edgar Morin a forgé pour lui le terme de « Goudemalion » qui sert de titre à l'exposition: « Le Pygmalion légendaire était un roi de Chypre qui sculpta une statue à laquelle Aphrodite donna vie, puis épousa cette créature. Goudemalion, lui, sculpte une statue à partir de la femme qu’il épouse. Mais il en fait plus qu’une statue de chair douée d’âme, il en fait un être mythique où se transfigure la substance vivante en créature de rêve et de légende. Ainsi Goude transforme et transfigure ses fantasmes,qui tournent autour du même trou noir de la Beauté féminine : il les transfigure en mythe ». 

L’univers de Jean-Paul Goude est un mélange d’influences multiculturelles, de souvenirs d’enfance, de rencontres, le tout saupoudré d’une dose d’humour et d’ironie:  « Mon travail tourne autour de la beauté. L’attirance que j’éprouve pour les mandarins mystérieux et les princesses africaines remonte à un désir inassouvi à la fois enfantin et refoulé de voyages dans des contrées lointaines. »

Jean-Paul Goude avait mis en scène son univers en 2012 au musée des Arts Décoratifs à Paris, le voilà qui a la bonne idéede le transposer (installations en moins, mais un montage filmé de son travail en plus) au Théâtre de la Photographie et de l'Image à Nice, jusqu'au 25 mai 2014.

Article et photos de l'exposition: Paul Schmitt, décembre 2011, mise à jour mars 2014