ATAME, L'exposition

Petits bouts de femmes plantureuses, dodues et aguicheuses à souhait, les poupées de Miss Van sont les balises des rues de la ville de Toulouse, ville d’origine de la street artist. Peints sur les murs de quartiers hétéroclites, ses derniers personnages féminins se mettent cette fois à nu au sein de la galerie Magda Danysz. Immersion dans un boudoir contemporain.

 

Rose, comme sa ville

Miss Van, Vanessa de son prénom, commence à peindre dans les rues de Toulouse en 1993, à l’âge de 18 ans. Ce qui fut au départ une posture alternative aux modes d’expression et d’exposition de l’art est aujourd’hui une démarche affinée avec pour blason de petites figurines féminines aux formes à la fois infantiles et sensuelles. Ses Poupées ont en effet en commun, bien qu’elles soient toutes différentes, un univers mélancolique et espiègle, avec toujours une pointe de coquetterie. Influencée par la figuration libre, les pin-up des années 1950 (dont elle réactualise le déhanché), Marc Ryden ou encore Junko Mizuno, Miss Van a d’abord développé ses poupées dans une optique d’exutoire, pour se démarquer de sa sœur jumelle. Aujourd’hui, c’est davantage l’impact de ses figures qui lui importe. "J'ai envie qu'elles troublent, qu'elles interpellent, qu'elles suscitent des fantasmes. J'aimerais qu’elles puissent décrocher les gens de leurs pensées, leur faire oublier leur quotidien," s’explique-t-elle.
 

Poupées d’hier et d’aujourd’hui

Si Miss Van s’est tournée vers l’espace urbain pour s’exprimer, c’est dans une optique certes provocatrice propre à l’univers du graffiti mais aussi parce que la censure n’y sévit que peu. Au départ enfantines et malicieuses, les Poupées ont muri avec leur auteure, devenant aujourd’hui plus femmes et sexuées. Accompagnée peu à peu par des animaux, qui s’avèrent représenter la part masculine, chacune raconte son histoire. Les Poupées exposées à la galerie Magda Danysz sont le fruit d’une nouvelle étape dans le travail de l’artiste. Plus pudiques, dissimulées derrière leur opulente chevelure, elles ne laissent voir au spectateur que leur petite bouche d’inspiration japonaise (une cerise) et voilent leur regard d’un halo de charbon. Rappelant le personnage de Peau d’Âne, certaines poupées se coiffent d’oreilles de chat ou de renard, métaphores accentuées du caractère envoutant et manipulateur de la femme. La référence mythologique et religieuse se traduit dans l’utilisation du format de l’ogive et à travers la posture d’icône de certaines Poupées. La part sexuelle est elle aussi plus présente, l’artiste disposant ses Poupées poignets liés et regards bandés. Miss Van et ses comparses toulousaines, Fafi, Kat et Plume s’amusent ainsi à jouer sur la limite de l’érotisme et de la suggestion à travers des représentations féminines aux fesses rebondies et aux seins débordants.

 
Preuve que le graffiti peut entrer dans le temple du système d’exposition, le travail de Miss Van est un univers mêlé de rêverie et de tentation, où la caricature de la femme en objet de convoitise délabre les préjugés du monde du street art.

 

Agathe Hoffmann - Novembre 2007.

Jusqu'au 29 décembre.
Miss Van, ATAME

Galerie Magda Danysz
, 78, rue Amelot, Paris 11ème.
Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 19h, le samedi de 14h à 19h.