Thomas Lélu

Personnalité polymorphe et accessible, Thomas Lélu enchaîne les pirouettes verbales et exploite sans limite le comique de situations dans ses photographies où il analyse et s’amuse des rues, comme sur un simple panneau dépouillé, tel qu’il est actuellement présenté à la galerie Dominique Fiat.

Dresser le portrait de Thomas Lélu relève d’une chasse au trésor. En effet, bien qu’ancien étudiant de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, graphiste, directeur artistique, écrivain et artiste, il transgresse les statuts établis pour mieux en élargir le champ d’action. Auteur de plusieurs romans (Je m’appelle Jeanne Mas, Perdu de vue, aux éditions Léo Scheer) et d’un manuel burlesque qui a contribué à faire de son nom une certaine référence dans la sphère du graphisme et de la photographie controversée (Manuel de la photo ratée, éditions Léo Scheer), Thomas Lélu se livre dans cette exposition à une nouvelle joute verbale avec un interlocuteur inexistant ou absent.

Considérée comme sa première véritable exposition en galerie (« et peut être la dernière ! » insiste l’artiste) It doesn’t exist présente les graffitis basés sur des institutions artistiques détournées en  « jeux de mots vains », selon les humeurs de Lélu. Dégoulinent alors des lettres noires aux formes arrondies, bien loin de l’argot et du verlan de ses romans, associant de façon gratuite des noms consacrés avec des identités peu glorieuses « Ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait l’individu, son réseau, les personnes qui l’entourent et contribuent à son essor. » précise Thomas Lélu, enfoncé dans le fauteuil de la galerie Dominique Fiat. Conscient de concevoir des blagues linguistiques uniquement accessibles à ceux pour qui les galeries Emmanuel Perrotin ou Yvon Lambert font sens, il s’atèle à faire parler les gens, et s’amuse de l’agacement qu’il est susceptible de provoquer. « Je m’amuse du sérieux des autres, l’ennui et le sérieux me font peur. » renchérit-il.

 

Entre dérision et audace : un homme qui en cache d’autres.

Si les panneaux de Thomas Lélu braillent d’affligeants jeux de mots, ils n’en restent pas moins interrogateurs et divisent clairement le public. Ainsi, certains ne verront dans ses œuvres que la référence populaire de Tintin au Congo, remplacée aujourd’hui par Paris Hilton, tremplin parallèle d’expression de Karen Kilimnik, peintre qui reprend les personnalités publiques, de différentes époques. Tandis que d’autres poufferont intimement entre eux à la vue du rapprochement observé entre galerie institutionnelle et starlette américaine. « Je veux faire parler les gens en les confrontant à un langage burlesque intellectuel. Mes jeux de mots sont primaires et c’est tout simplement ce que je cherche : un processus artistique fluide, sans détours. » poursuit l’artiste.
Ami et confrère de Pierre Bismuth et de Cyprien Gaillard, il se revendique de cette trempe d’artistes fonctionnant sans complexes avec un certain systématisme désinvolte mais honnête.

It doesn’t exist – expression répétée en néon blanc au sein de l’exposition - fait ainsi référence à la réflexion susurrée par son ami, le critique d’art Jean-Max Colard, aux abords d’une œuvre insipide, ne méritant pas d’exister.
Absurdité et esprit farceur s’entrecroisent dans l’exposition de ce jeune artiste surprenant, aussi espiègle que Claude Closky et fervent admirateur de Claude Lévêque.
La distance entre humour et poésie est ici réduite et close par une résolution de l’artiste lui-même : « Demain, j’arrête les jeux de mots. »

 

Agathe Hoffmann - 02/2007

Jusqu'au 24 Février.
Galerie Dominique Fiat
16, rue des Coutures Saint-Gervais
Paris 3ème.
Du mardi au samedi de 11h à 19h.