Daido Moriyama

Un langage visuel étonnant, toujours en mouvement : Daido Moriyama est un très grand de la photo japonaise.

Daido Moriyama doit sa célébrité à ses photographies en noir et blanc très contrastées. Scènes de rue, mais aussi goût de la théâtralisation et érotisme habitent ses images d’avant-garde. Des photographies qu’il continue de prendre au gré de ses promenades, son appareil compact au bout du bras, capturant ses sujets sur le vif, en mouvement, sans regarder dans son viseur.

Né en 1938, graphiste de formation, Daido Moriyama s’est révélé dans les années 1960 par ses portraits photographiques « cliniques » du Japon d’après-guerre. Transgressives et pulsionnelles, ses photographies reflètent la contestation et la prise de conscience japonaise de l’époque. Voyageant loin des néons des centres ville, Daido Moriyama a montré, parfois crûment, un Japon délaissé par le progrès économique en des photos noir et blanc avec un grain marqué. Inspiré en particulier par le Hokkaido (l’île au nord du Japon), il y est retourné à maintes reprises, jusqu’en 2010 pour en rapporter des images en couleur cette fois. Un travail sur 4 décennies qu’on a pu voir à la galerie Polka à Paris fin 2012.

Son talent ne s’arrête pas là. Dès les années 1980, Daido Moriyama a joué avec le corps féminin dans sa série Tights. Ses photos de jambes et cuisses en bas à résilles jouent avec les formes du corps. Le motif géométrique de la résille domine le galbe de la cuisse, transformant une photo d’inspiration érotique en peinture abstraite. Daido Moriyama y affirme un sens de la composition très graphique. La galerie Michael Hoppen à Londres exposait ainsi fin 2012 Tights and Lips, une sélection de photos où des plans serrés de lèvres (Lips) font un contrepoint aux portraits de corps féminins enserrés par la résille (Tights).

Depuis les années 2000, Daido Moriyama a mis l’accent sur la photographie couleur : « Le noir et blanc exprime mon monde intérieur, détaille les émotions et les sensations que j’ai quotidiennement quand je marche sans but dans les rues de Tokyo ou d’autres villes. La couleur exprime ce que je rencontre, sans aucun filtre, et j’aime saisir cet instant pour ce qu’il représente pour moi. Les premières sont riches en contraste, dures et reflètent pleinement ma nature solitaire. Les secondes sont polies, sages, comme je me présente au monde. »

Sillonnant son quartier de Shinjuku à Tokyo, Daido Moriyama prend presque uniquement des photographies en couleur avant de les convertir en noir et blanc. Et fait de même en 2014 et 2015 en parcourant villes asiatiques, américaines (Los Angeles)  ou européennes (Arles). Avec « Daido Tokyo » à la Fondation Cartier, jusqu’au 5 juin 2016, on a ainsi droit aux deux facettes du maître : 86 photos couleur de Shinjuku, et un diaporama spécialement réalisé pour l’occasion, Dog and Mesh Tights, 291 photos noir et blanc qui défilent en 25 minutes pour former une carte impressionniste du monde. Un travail fascinant, subtile alchimie entre esthétique de l’instantané et une vision très graphique.

Clémentine Gaspard, septembre 2012 & avril 2016