Vogue

Souvenirs, souvenirs : étiquettes, pochettes et autres documents iconographiques nous font revivre les disques Vogue,  emblématiques de la France des années pop.

Variétés, Yé-yé, pop, mais aussi jazz, rock et même musique classique : les disques Vogue ont suivi toute l’évolution de la musique et des goûts du public français des années 50 aux années 80.

Fondé en 1947 par trois amateurs de jazz, Léon Cabat, Charles Delaunay - fils des peintres Sonia et Robert Delaunay - et Albert Ferreri, le label Vogue est d’abord consacré aux artistes de jazz. Sidney Bechet en sera la première vedette. Le catalogue s’étoffe rapidement : Dizzy Gillespie, Gerry Mulligan, Claude Luter, Martial Solal, parmi beaucoup d’autres. A la fin des années 50, les répertoires s’émancipent pour se tourner vers la chanson française, la musique classique ou des répertoires instrumentaux avec l’accordéon d’Aimable.

A l’orée des années 60, la déferlante yé-yé débarque en France. Vogue, bien inspirée, sort les premiers disques de Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Jacques Dutronc... puis celui d’Antoine avec les Problèmes, qui deviendront les Charlots. Parallèlement à ce courant, le label défend des artistes d’un tout autre univers de la chanson française comme Pierre Perret, Marc Ogeret ou Colette Renard. Vogue s’ouvre également aux répertoires internationaux, avec par exemple Frank Sinatra, Dionne Warwick, Dean Martin, Adriano Celentano ou plus tard des groupes aussi réputés que les Kinks ou les Doors. Au cours des années 70, un nouveau son rock investit le studio Vogue avec le Système Crapoutchik et les Martin Circus, et son spectre sonore explore des registres aussi variés que la collection du Musée de l’Homme (collectes d’ethno-musicologie), le théâtre enregistré, la Motown (Stevie Wonder, Kool and the Gang, Lionel Richie), Abba ou Frédéric François. Vogue distribue au milieu des années 80 encore quelques grands noms des nouveaux courants de la musique afro-américaine, le rap et le hip-hop (Grandmaster Flash, Sugar Hill Gang…) ou de la New  Wave (Depeche Mode avec le label Mute).

Mais Vogue est restée une entreprise à dimension quasi familiale dont les usines sont implantées en banlieue parisienne à Villetaneuse depuis 1956. Vogue, qui a diffusé les premiers disques microsillons en France, a su suivre l’évolution des différents supports : 78 tours dans les années 50, Vinyle (17, 25, 30 cm) dès les années 60 et K7 audio dans les années 70. L’avènement du CD dans les années 80 sonnera hélas la fin de la maison de disques qui n’aura pas les ressources financières pour adapter son appareil de production au nouveau support optique. Son catalogue fait maintenant partie de Sony Music.

L’association Zebrock et son directeur Edgard Garcia ont eu l’idée d’une double exposition pour faire revivre cette histoire à la fois artistique et technologique, mais avant tout humaine. L’exposition « La Maison Vogue, 1947-1987 : une histoire du disque en France, à Villetaneuse », se déroule à la mairie de Villetaneuse jusqu’au 15 octobre 2011.

Et la BnF François Mitterrand expose jusqu’au 13 novembre 2011 dans sa galerie Julien Cain des reproductions de pochettes de disques, d’affiches, de catalogues, de photographies rares ou inédites. Et aussi des archives sonores et  audiovisuelles : interviews d’artistes et du personnel de Vogue, et extraits de scopitones, ces petits films ancêtres du clip vidéo et diffusés dans les juke box à images des années 60. L’accès est libre : nostalgiques ou plus simplement curieux, ne pas hésiter à faire le détour !

Clémentine Gaspard, septembre 2011

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