Wolinski

Luttes de pouvoir, attirance pour les femmes, absurdité du monde : Wolinski croque tout avec jubilation et inquiétude mélangées.

Qu’eut pensé le Wolinski de 1968 d’une rétrospective à la BnF ? Le dessinateur de la "Bande à Charlie",  emblématique de la contre-culture, institutionnalisé à la « Bibliothèque nationale » ? Bon, Daniel Cohn-Bendit est bien devenu un écologiste tendance social-démocrate, et Georges Wolinski lui-même ne s’est jamais enfermé dans une idéologie. Il a toujours su garder de la distance par rapport à une époque où la liberté, certes chérie, n’est pas toujours un antidote à la soif de pouvoir qui semble nous gouverner, sur base de désir sexuel à assouvir.

Le dessin, et l’humour avec, sont là pour tenir en respect les menaces de ce bas monde : solitude, connerie humaine,  mort. Et pour surmonter cette ambigüité fondamentale : la recherche du bonheur passe par la « recherche du pouvoir sur les autres pour assouvir ses propres désirs » comme l’analyse le psychiatre Serge Tisseron. Finalement, seule la compagnie des femmes (et en particulier de son épouse Maryse) semble rassurante pour Georges Wolinski.

L’exposition à la BnF François Mitterrand, jusqu’au 2 septembre 2012, retrace fidèlement les étapes de la vie de Georges Wolinski. A commencer par ses premiers dessins des années 1960, denses voire touffus à la façon d’un Dubout ou d’un Crumb. Cavanna, dont il a rejoint l’équipe à Hara-Kiri en 1961, aidera Wolinski à simplifier ses dessins, à inventer ces personnages filiformes qui deviendront sa marque de fabrique. 

Le gros de l’exposition est consacré à ses dessins de presse des années 70, pour des titres comme Charlie Hebdo, Le Nouvel Observateur, La Gueule ouverte, l’Humanité, Charlie Mensuel (dont il est également directeur jusqu'en 1982). Ainsi qu’aux affiches de théâtre, mettant souvent en scène ses propres personnages (Je ne pense qu’à ça, le Roi des Cons).

Après 50 ans de carrière, Wolinski est toujours actif et dessine encore pour trois journaux (Charlie Hebdo, Paris Match, Le Journal du dimanche), dans  un style plus pictural, en petits « tableaux » très colorés. Il  a néanmoins pris date en faisant don de son fonds à la BnF en 2011 pour en faire un centre fédérateur pour la conservation et la promotion du dessin de presse. Plus de10 000 dessins, des centaines d’affiches, des cartes publicitaires, des carnets de croquis, des dessins encadrés : de quoi alimenter moult rétrospectives à la suite de celle-ci…

Paul Schmitt, juillet 2012