Grapus, Alain Le Quernec, Claude Baillargeon, Wild Plakken, Klaus Staeck, etc.

1970-1990 : l’âge d’or du graphisme militant.

Célébrer la révolution dans ce chef d’œuvre de classicisme et d’ordre que sont les Invalides. C’est ce que propose la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine) avec « Internationales graphiques », une exposition de 170 affiches et autres documents politiques de 1970 à 1990 à voir au musée national des Invalides jusqu’au 29 mai 2016.

La BDIC n’en est pas à son coup d’essai : elle avait déjà puisé dans ses collections pour organiser « Affiche-Action ! », une rétrospective de l’affiche politique dans la rue de la Révolution à nos jours. Elle récidive donc avec ce focus sur le rôle des graphistes dans cette période où beaucoup croyaient encore à la Révolution à venir.

On y (re)trouve les principaux artistes qui ont alors mis leur talent au service de leur engagement politique. Le collectif français Grapus, bien sûr, actif précisément pendant cette période 1970-1990. Leurs affiches alternent entre revendications directement exprimées et envolées lyriques, titres bien posés et accroches rageuses en lettres manuscrites. Le breton Alain Le Quernec est évidemment de la partie, ainsi qu’un graphiste français moins connu mais tout aussi engagé, Claude Baillargeon. A eux trois, ils auront beaucoup fait pour renouveler la communication du Parti Communiste dans les années 80.

Autres pays, préoccupations similaires. Le collectif Wild Plakken (Lies Ros, Rob Schröder, Frank Beekers), équivalent néerlandais de Grapus, privilégie montages photos et collages pour dénoncer aussi bien l’apartheid en Afrique du Sud que les répressions en Amérique latine (Chili, El Salvador), et promouvoir les mouvements d’émancipation féministes ou homosexuels aux Pays-Bas. Et le graphiste allemand Klaus Staeck a de son côté fondé sa propre maison d’édition pour publier les affiches qu’on ne lui commandait pas !

« Internationales graphiques » évite volontairement les années 60 et donc mai 68, sujet trop rebattu aux yeux des commissaires, mais contextualise néanmoins cette période faste du graphisme politique que sont les années 70. La forte influence du graphisme polonais après-guerre est mise en évidence à travers les rôles de professeur d’Henryk Tomaszewski à Varsovie et de pionnier de Roman Cieslewicz en France, ainsi que la place que prend le rendez-vous incontournable de la Biennale de Varsovie.

La chute du communisme au tournant des années 80-90, l’avènement du numérique à partir des années 90 ont porté un coup fatal à cette forme de graphisme. Les murs se sont largement vidés d’affiches engagées, et en France Pierre di Sciullo etDugudus/Régis Léger(qui signe l’affiche de l’exposition) sont parmi les rares à perpétuer cette tradition d’engagement militant, et plutôt sur le plan sociétal que politique. Une époque se termine, d’autres formes de militantisme graphique seront à inventer.

Paul Schmitt, février 2016


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