Oracles du design

Le pouvoir prophétique du design, révélateur de nos aspirations.

Connaissez-vous les missions du CNAP (Centre National des Arts Plastiques) ? Probablement pas si vous n’êtes pas un professionnel de la culture. Cet établissement public soutient la création dans les arts visuels notamment au travers de bourses et financements de projets.

Le CNAP gère aussi une collection nationale, le fonds national d’art contemporain, qu’il enrichit régulièrement par des acquisitions et qui rassemble aujourd’hui des pièces majeures dans le champ des arts décoratifs, du design et depuis peu du design graphique. Cette collection n’a malheureusement pas de lieu de mostration permanent et n’est visible que lors de rares expositions temporaires. D’où l’idée de ce partenariat avec la Gaîté Lyrique à Paris pour présenter cette collection au public jusqu’au 16 août 2015. Mais pas n’importe quelle présentation ! Plutôt une vision personnelle et singulière, portée par Lidewij Edelkoort, chasseuse de tendances design et ex-membre de la commission d’achat du CNAP.

« Mon métier étant de capter les tendances qui nous entourent, explique Lidewij Edelkoort,  j’ai utilisé ma méthode de travail pour sélectionner les pièces et mettre en relation certaines matières, certaines expressions, certains regards. Je considère les tendances du design comme de grands sujets de réflexion sur notre société. Il y a des tendances de différents volumes et amplitudes, certains courants sont apparus dans les années 80 et reviennent aujourd’hui. » Dix thématiques structurent ainsi cette exposition, regroupées sous le titre un peu provocateur d’Oracles du design.

Comme pour Hello de H5 (dont le court Logorama figure d’ailleurs  parmi ces Oracles du design), on commence la visite dans le noir, avec « Oracles noirs », des objets noirs à forte valeur symbolique « qui possèdent le statut d’oracles ». Suivent Simple, Curieux, Gonflé, Mutant, Abstrait, Naïf, Nomade, Organique, Archaïque en un long plateau occupant le sous-sol de la Gaîté Lyrique. Et on finit dans la petite salle adjacente avec Humble dont le minimalisme et la mise en scène tout en blanc font penser à une chapelle gothique.

Les grands noms du design se succèdent, de Philippe Starck à Javier Mariscal en passant par Matali Crasset, Konstantin Grcic, les frères Bouroullec et Campana, etc. Quelques créateurs émergents y figurent également, comme les 5.5 designers  ou le très jeune studio Formafantasma. Un foisonnement d’objets (225 au total), non seulement superbes individuellement, mais qui se répondent en des dialogues au-delà de la perception immédiate. « Wow » est bien le mot qui convient pour résumer la visite à cet exceptionnel éloge du design et de sa capacité à structurer notre environnement.

Paul Schmitt, mai 2015