Affiche polonaise 1952-2018

Après le Japon, le Mois du graphisme d’Echirolles continue son exploration des grands pays graphiques. A l’honneur en 2018 : la Pologne. Splendide !

Des centaines d’affiches réparties en 4 grandes expositions à travers Echirolles : le Centre du graphisme et Michel Bouvet, commissaire de ce Mois du graphisme 2018, mettent en vedette le graphisme polonais comme jamais en France. L’exposition principale, "Affiche polonaise 1952-2018" au Centre du graphisme jusqu’au 31 janvier 2019, donne à voir les plus grands affichistes de cette « école polonaise » depuis l’après-guerre jusqu’à nos jours en un raccourci prodigieux. Plus une exposition complémentaire "Merci  Henryk"  aux Moulins de Villancourt qui rassemble des oeuvres des nombreux élèves polonais et étrangers ayant suivi dans les années 60 et 70 les cours d'Henryk Tomaszewski à l’école des Beaux-Arts de Varsovie.

L’école polonaise du graphisme prend forme dans les années 50 pour soutenir les activités culturelles d’une Pologne passée sous influence soviétique. Une première génération de créateurs se fait vite remarquer, y compris à l’international comme en témoigne la biennale d’affiches de Varsovie créée en 1956. Le grand graphiste Henryk Tomaszewski (1914-2005), Jan Lenica, Roman Cieślewicz, Franciszek Starowieyski, Jan Młodożeniec, Waldemar Świerzy et d’autres encore, inventent une communication visuelle remarquable par ses qualités artistiques, son humour corrosif et une maîtrise étonnante du second degré. Ils savent s’accommoder de la censure communiste, elle-même hésitante entre nécessités politiques et désir de promotion de la culture polonaise. Et inventent un style, une « patte » toujours reconnaissable aujourd’hui : un traité illustratif qui mélange surréalisme et influences du Bauhaus pour l’image, et préfère le trait et la calligraphie à la typographie rigoureuse. Henryk Tomaszewski est également un enseignant remarquable, formant à l’Académie des Beaux-arts de Varsovie dans les années 60-70 une seconde génération de graphistes polonais tels Lech Majewski et Piotr Mlodozeniec, plus quelques éminents graphistes français venus spécialement suivre son enseignement : Michel Quarez, Alain Le Quernec, et aussi Gérard Paris-Clavel et Pierre Bernard qui fonderont à leurt retour le mythique collectif Grapus (1970-1990). Juste retour des choses, une partie de cette école polonaise vient s’établir en France avec notamment Roman Cieslewicz en 1963 et Michal Batory en 1987.

« L’Affiche polonaise 1952-2018 » ne s’arrête pas là : la troisième salle nous fait découvrir la nouvelle génération graphique polonaise, celle qui a grandi dans la liberté depuis 1989, dont font partie Sebastian Kubica, Maja Wollna, Agata Dudek, etc. Sans oublier Jan Bajtlik, auteur de l’affiche de ce Mois du graphisme 2018 et déjà participant du concours d’affiches "Célébrer la ville" en 2016 à Paris. Ces jeunes créateurs s’inscrivent remarquablement dans la tradition de cette école polonaise tout en en faisant évoluer les codes : plus de photos, plus de typographie, une composition parfois plus carrée. Et toujours autant de talent et de créativité !

Paul Schmitt, décembre 2018